La production de vins de Bourgogne fait le yoyo : après une année historiquement basse en 2021, place à un record absolu pour 2023. En cause, le dérèglement climatique qui impose à la profession de modifier ses habitudes. Quant aux ventes, elles sont globalement orientées à la baisse.
Vigneron, négociant et président du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), Laurent Delaunay n’en fait pas mystère. La viticulture, en Bourgogne comme ailleurs, entre dans des temps mouvementés qui imposent de profonds changements, tout au long des processus d’élaboration des vins comme de leur commercialisation.
Son interprofession observe « de plus en plus d’accidents » liés au dérèglement climatique. « Ils nous amènent à changer de vision. Les bonnes récoltes alternent avec les mauvaises, ce qui perturbe les marchés et impose de financer des stocks, chez les vignerons et les négociants. Dans un contexte de taux d’intérêt élevés - entre 4 et 5 % aujourd’hui, contre 1,5 % il y a quelques années - la rentabilité des exploitations est impactée », expose le président du BIVB.
En matière de yo-yo des quantités, 2023 se distingue comme exceptionnelle. L’année a fait battre à la Bourgogne un record absolu de production : 1,9 million d’hectolitres, soit environ 253 millions de bouteilles 75 cl, représentent une hausse de 9 % par rapport à 2022, déjà une excellente année, et un + 29 % en comparaison de la moyenne des 5 dernières. Surtout, ces 253 millions de bouteilles sont à mettre en rapport avec les 132,9 millions sorties en 2021, le millésime le plus bas en quantité depuis près de quatre décennies.
Le crémant en forme

Le Bourgogne blanc représente 59 % du volume 2023, et le rouge 27 %. « Une appellation se distingue particulièrement cette année : le crémant de Bourgogne, dont les quantités augmentent de 30 % », remarque François Labet, vice-président du BIVB. Fait notable, les deux-tiers du volume produit (en hausse de 8 %) l’est sous forme de vrac, mou et jus vendus au négoce, qui élève de plus en plus ses vins.
Si la production atteint les sommets, la demande marque quelque peu le pas, notamment sur le marché domestique français, et sur le principal canal de vente, à savoir la grande distribution. Les ventes s’orientent à la baisse de 34 % en volume, et 14 % en valeur par rapport à l’année dernière. Au niveau de la grande distribution, le recul s’établit à - 9 % en volume et - 2 % en chiffre d’affaires.
L’interprofession estime que cette décroissance reflète le changement des habitudes de consommation, davantage qu’une réaction à l’augmentation très significative des prix depuis 2021. « Les jeunes consommateurs boivent plus occasionnellement des vins, de meilleure qualité », avance Laurent Delaunay, qui s’appuie sur une étude conduite par le BIVB sur ce segment, encore en phase d’analyse. Le recul des ventes, entamé en 2022, tend cependant à ralentir, ce qui plaide pour une lecture en termes d'ajustement du marché, après le manque de disponibilité des vins cette année et la frénésie de consommation post-Covid.
La Grande-Bretagne, « divine surprise »
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Après de belles performances au premier semestre, l’export recule également en volume sur l'ensemble de l'année (- 6 %), mais avec un chiffre d’affaires stable, signe de l’augmentation des tarifs et de la montée en gamme des ventes. Les vins de Bourgogne ont écoulé à l’étranger plus de 87 millions de bouteilles en 2023, un niveau équivalent à la moyenne des 10 dernières années. En valeur, ils s’exportent pour 1,504 milliard d’euros (-0,3 %). Un tiers des volumes part en Europe, un autre en Amérique du Nord et 13 % en direction de l’Asie. Les Etats-Unis restent le premier marché à l’international, avec une légère hausse de 0,6 % en valeur et une diminution de 6 % en quantité.
« La divine surprise concerne le Royaume-Uni. Malgré le Brexit, il se maintient très bien (+0,7 % en valeur) et se conforte comme notre second marché d’exportation », note François Labet. Le Japon tient également son troisième rang, là aussi avec une quasi-stabilité du chiffre d’affaires (+ 1,4%) et un volume en baisse annuelle, de 11,4 %. L’inquiétude porte sur la Chine. Le repli y est marqué : -15,2 % en valeur et - 16,6 % en volume.
Rarement les professionnels du vin auront été aussi explicites quant aux conséquences du dérèglement climatique et de certaines habitudes culturales. « Le niveau de vie des sols est particulièrement bas en Bourgogne. Nous les avons épuisés, il faut maintenant les régénérer. C’est déterminant : un sol vivant permet de fixer le CO2 et davantage d’eau (20 à 30 % en plus) et les plants captent mieux les minéraux », détaille Laurent Delaunay. L’urgence est telle que l’interprofession a réduit considérablement ses actions de communication, de sorte à concentrer ses moyens sur un plan très ambitieux de diminution des émissions. « Il ne sert à rien de communiquer pour vendre des vins, si nous ne sommes plus capables de les produire », résume, sans filtre, le président du BIVB.
Le plan objectif climat de l’interprofession vise à réduire de 60 % les émissions d’équivalent carbone d’ici 2035. Pour y parvenir, elle déploie un outil numérique nommé Wine Pilot. Celui-ci permet à chaque vigneron de connaître son empreinte carbone et les méthodes à suivre pour la faire baisser. L’interprofession se dote aussi de capacités d’analyse statistique des progrès individuels enregistrés. Elle porte l'objectif de passer de 380.000 tonnes d’équivalents carbone aujourd’hui à 180.000 tonnes en 2035. « Le principal levier concerne le poids des colis, notamment celui de leur contenu. La question demeure complexe : nous disposons déjà de gammes de bouteilles plus légères, conformes à nos objectifs de réduction. Mais si une vraie politique de consigne se développe, nous aurons besoin, au contraire, de bouteilles plus solides afin de supporter le nettoyage et la remise en fonctionnement », explique Laurent Delaunay.
Quant au transport, second poste en matière d’émission, il devra être optimisé. « Il nous faudra aller plus loin, plus finement. Nous réfléchissons par exemple à une sorte d’application Blabla car, dans le but optimiser le covoiturage chez nos salariés », poursuit le président du BIVB.





















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