En 2024, les effets du dérèglement climatique auront fortement impacté la quantité de raisin récolté, mais pas sa qualité. Sur le plan économique, la Bourgogne viticole se porte bien, et même nettement mieux que ses voisins, selon les plus récentes données du Bureau interprofessionnel, le BIVB.


2024 sera « une année de vigneron et de vinificateur », où le talent de travail dans les vignes et en cuverie fera toute la différence afin d'arriver à tirer la quintessence d’un millésime bien compliqué. Elle a en effet été marquée par de forts épisodes de gel et de grêle, ainsi que par une pluviométrie exceptionnelle, près de 40 % supérieure à la moyenne. « Nous avons rencontré des problèmes terribles de maladie, le mildiou en particulier, liés à l’extrême humidité », a appuyé François Labet, président délégué du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB) lors d’une conférence de presse ce 15 octobre.

Ces accidents météorologiques ont particulièrement touché les vignobles de l’Yonne, de l’Auxerrois et du Chablisien. Ils impactent fortement le volume récolté : -70 % autour d’Auxerre, -50 % sur les parcelles de Chablis et les rouges de Côte-d’Or, -25 % sur les blancs. Seule la côte chalonnaise semble relativement épargnée. « Nous pensions avoir touché le fond en matière de volume récolté lors de l’année 2021, OR nous devrions nous situer encore plus en-dessous cette année », avertit François Labet.

 

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Les chiffres ne sont pour l’heure que provisoires, basés sur des sondages réalisés auprès de plusieurs dizaines d’exploitations viticoles. Ils seront précisés à l’occasion de la vente des vins de Beaune, mi-novembre prochain. Pour mémoire, la récolte 2021 était de l’ordre de 950.000 hectolitres, contre une moyenne de 1,5 million d’hl.

Le dérèglement climatique fait sentir ses effets, et les variations annuelles sont désormais habituelles, et extrêmes. « C’est la nouvelle donne à partir de laquelle nous devons travailler », commente Laurent Delaunay, président du BIVB. « La solution, c’est l’entreposage, mais ces stocks doivent être financés, ce qui demeure compliqué dans le contexte d’augmentation des taux d’intérêt. »

 

Pour les blancs, une qualité proche de 2022

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François Labet, président délégué du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB) a fait état d'une prévision de production pour cette année encore inférieure au plancher historique de 2021. © Arnaud Morel


À défaut de quantité, le vin devrait être de belle qualité. Les vignes ont produit de petits raisins, bien concentrés, qui ont bénéficié de 15 jours très favorables entre la fin août et le début du mois de septembre. « Les vins blancs devraient se rapprocher du beau niveau obtenu en 2022. Pour les vins rouges, nous aurons un millésime riche et solide, présentant, à mon avis, des similarités avec le plus grand millésime de ce siècle, 2010 », a estimé François Labet.

Sur un marché mondial en pleine transformation et en régression, le Bourgogne se porte bien, avec même « une amélioration sensible depuis le début de l’année », note Laurent Delaunay. Grâce aux abondants millésimes 2022 et 2023, les stocks sont hauts, estimés à 2,9 millions d’hl. Les sorties de propriété  augmentent de 1,6 %, portées par un regain de vigueur du négoce bourguignon, qui a acheté un volume en hausse de 7,5 %, composé à 58 % de raisins et moûts. À l’inverse, les ventes en bouteille régressent de 1,9 %. Spécificité bourguignonne, ces ventes progressent dans la grande distribution (+2,9 % en volume, et+ 2,6 % en valeur sur les 8 derniers mois) alors qu’elles baissent globalement pour le vin (-5,3 % en volume, -6 % pour les AOC).

 

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Le constat s’avère similaire à l’export, où le Bourgogne croît (+3 % en volume, pour un chiffre d’affaires stable), dans un contexte plus général de reflux :  -6,9 % d’exportation d’AOC française sur le premier semestre. « La baisse de consommation du vin est mondiale, et particulièrement sensible sur les rouges. Il nous faut rester humbles, la Bourgogne est portée par un concours de circonstances favorables. D’abord parce que nous produisons majoritairement des vins blancs (61 % de la production, Ndlr). Quant à nos rouges, ils tirent leur épingle du jeu car ils correspondent à la demande portée sur des vins élégants et frais, rapidement buvables. Ce qui correspond à la définition précise de notre pinot noir », analyse le président du BIVB. L’embellie, cependant, est portée par les « petits vins », appellations régionales Bourgogne blanc, notamment du Chalonnais et Mâconnais, les AOC Chablis et Petit Chablis et les crémants de Bourgogne.

 

La Suède entre dans le top cinq de l’export

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Les ventes en bouteille ont diminué de près de 2 % depuis le début de l'année, à l'exception du canal de la grande distribution où elles ont progressé de près de 3 %. © BIVB


À l’étranger, sur les six premiers mois de l’année, il s’est écoulé sur les marchés 44,6 millions de bouteilles, pour 755 millions d’euros de valeur. Lu club du top 5 des débouchés internationaux accueille à sa table la Suède, qui déloge la Belgique de sa cinquième place. Aux Etats-Unis, les vins de Bourgogne enregistrent une hausse en volume de 3 % par rapport au dernier semestre 2023 (9,3 millions de bouteilles) pour un chiffre d’affaires de 153 millions d’euros (+8,2 %). Au Royaume-Uni, second marché en importance, les quantités baissent de 6,9 % (6 millions d'unités) mais le chiffre d’affaires se maintient (-1,2 %). Canada, Japon, et donc Suède complètent le tableau.

Petite curiosité du côté de la Chine, huitième marché d’export: les volumes de vente bondissent de 28,3 %, mais la valeur cumulée recule de 14,3 %. « C’est une bonne nouvelle, une promesse d’avenir car jusqu’à présent le marché chinois était très spéculatif », assure Laurent Delaunay. D’un marché « de luxe » concentré sur les bouteilles les plus chères, la Chine s’oriente petit à petit vers une demande plus mature, basée sur la consommation réelle des ménages.

 

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Un peu plus de 80.000 visiteurs sur un an pour les Cités des Climats

Près de 18 mois après leur ouverture, les trois Cités des Climats et Vins de Bourgogne de Beaune, Chablis et Mâcon cherchent encore leur rythme de croisière. Sur un an, elles ont accueilli entre 83.000 et 84.000 visiteurs payants, y compris lors de privatisation de ces lieux. Beaune concentre 83 % de ces visites. « Nous voulons atteindre les 90.000 visiteurs en 2024, et les 100.000 en 2025. Nous sommes confiants, notre scénographie est plébiscitée par le public », analyse Benoît de Charette, le président des Cités.

Pour séduire davantage de public, la terrasse du bâtiment beaunois sera aménagée dans les prochaines semaines, de sorte à pouvoir embrasser le paysage si particulier de la côte viticole. Le développement, à proximité, d’une halle de commerce centrée sur le vin et le renforcement des liaisons avec le centre de la ville figurent également parmi les projets de dynamisation de la fréquentation. Mais l’équilibre financier de l’établissement reste un horizon assez lointain, dans la mesure où il se situe autour des 135.000 visiteurs annuels.

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