Le groupe né de la reprise de l’entreprise Les Zelles à La Bresse (Vosges) en 2021 va convertir sa production de menuiseries au PVC recyclé. Le positionnement sur l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis le démontage des fenêtres usagées jusqu’à la production de profilés de fenêtres, devrait permettre à Pando d’abaisser son impact environnemental tout en maîtrisant le prix de ses matières premières.


La conversion de la totalité de la production de menuiseries PVC au plastique recyclé : le Vosgien Pando annonce pour septembre 2025 l'entrée en vigueur de cette mesure qui doit baisser d’un tiers ses émissions de CO2. Le groupe né de la reprise en 2021 de la menuiserie Les Zelles à La Bresse (Vosges) par leurs salariés décline, via cet engagement, l'un des volets de son statut « d’entreprise à mission. » Celui-ci consiste à créer de la valeur pas uniquement sur l’axe financier, mais également sur les axes du développement durable, du vivre ensemble et de la dynamique territoriale.

« Le PVC demeure un dérivé du pétrole qui termine son parcours enfoui sous terre, dans des centres de stockage de déchets. Ce n’était plus acceptable », expose Laurent Demasles, président de Pando, un groupe en pleine croissance de 750 personnes au chiffre d’affaires consolidé de 185 millions d’euros en 2024.

 

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Revenir aux menuiseries en bois, arrêtées il y a quarante ans par Les Zelles, n’était toutefois pas une option. « La conversion de notre production de 200.000 menuiseries PVC par an à ce matériau aurait été une hérésie écologique. Sans compter que l’empreinte carbone d’une fenêtre en bois sera au final supérieure à celle d’un modèle en PVC recyclé », assure le dirigeant. Une fiche de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) doit confirmer prochainement cette affirmation, grâce à l’analyse du cycle de vie du produit.

Au total, 10 millions d’euros ont été injectés dans le nouveau projet. Tout d’abord, la filiale Pando Recyclage a expérimenté le procédé à La Bresse sur 10.000 anciennes menuiseries grâce à un investissement d’un million d’euros. Un autre million a été mobilisé par les structures insertion, partenaires du groupe. Elles ont aménagé huit ateliers de démontage répartis sur toute la France, afin de recycler le PVC, mais aussi le verre, les métaux ferreux et l’aluminium.

 

En association avec Benvic et Rehau

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Le PVC est récupéré par Pando sur des fenêtres usagées avant d’être broyé puis regénéré en granules de deux qualités, en couleur blanche et grise. © Philippe Bohlinger


Le projet revêt une dimension collective, dans la mesure où il associe plusieurs autres industriels. Ainsi, le spécialiste de la chimie des plastiques Benvic a injecté quant à lui 2 millions sur son site de Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d’Or) en vue de regénérer le PVC broyé en granules utilisables dans la production de nouvelles fenêtres. Enfin, le plasturgiste Rehau a investi 6 millions sur son site de Morhange (Moselle) dans le but de fournir les profilés en PVC recyclé attendus par son client vosgien.

Deux grands principes ont guidé le groupe dans sa démarche environnementale, rappelle Bernard Duhamel, directeur de Pando Recyclage. « Nous avions besoin d’un exutoire pour nos déchets de chantier et résidus de production. De plus, nous souhaitions maîtriser le prix de notre matière première PVC », détaille-t-il. Les Zelles dépose en moyenne 100.000 menuiseries chaque année, pour un volume produit de 200.000 unités, uniquement à destination des professionnels (artisans, bailleurs sociaux, etc.).

 

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En bout de chaîne, le procédé permet d’obtenir deux qualités de granules : blanche et grise. « Elles sont utilisées en coextrusion, autrement dit la matière recyclée est injectée dans la partie interne, non visible, de la menuiserie. Les granules gris ne peuvent représenter pas plus de 50 % de la composition d’une menuiserie neuve, car il y a un risque de remontée de matière au moment du soudage des profilés. Avec les blancs, nous pouvons en revanche atteindre jusqu’à 76 % de PVC recyclé dans une menuiserie », détaille Bernard Duhamel.

Afin d’optimiser sa boucle d’économie circulaire, le groupe doit encore compléter son maillage en centres de démantèlement en France et amener sa filiale de recyclage à l’équilibre financier. Le modèle économique de sa filiale est en effet déséquilibré par le process complexe et donc coûteux de valorisation du verre utilisé par Saint-Gobain pour la production de vitrages neufs. « Celle-ci nécessite un résidu d’une grande pureté, donc un démantèlement extrêmement rigoureux. Mais nous tenons à ce modèle plus durable, car des pénuries en silicium ne sont pas exclues d’ici 2050 », anticipe Laurent Demasles.

 

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Les ateliers vosgiens présentent une une capacité de production de 850 menuiseries PVC par jour. © Philippe Bohlinger

 

Pourquoi Pando mise-t-il aussi sur le bois ?

Pando a annoncé fin 2024 l’acquisition de trois sociétés représentant un total de 200 salariés : Menuiserie Jung (Bas-Rhin), Menuiserie Moreau (Indre) et France Volet (Aube). Ces entreprises familiales ont pour point commun d’être toutes positionnées sur les secteurs du bois et du bois-aluminium, que ce soit en menuiseries, murs-rideaux ou volets battants. Cette opération de croissance externe dans le matériau alternatif à celui des Zelles vise à pérenniser l’avenir du groupe dans un contexte où Laurent Demasles observe une progression de la menuiserie bois.

Le dirigeant de 52 ans ne fait pas mystère de sa volonté de décupler la production de ses trois récentes acquisitions. « Sur un marché d’un peu plus d’un million de fenêtres bois vendues en France en 2023 nous n’en produisons que 5.000 », relève-t-il.

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