Privé de visibilité sur les finances de l’État, le conseil régional choisit de maintenir ses politiques publiques tout en engageant un effort inédit d’économies. Entre dégradation maîtrisée des ratios financiers, recentrage sur les compétences obligatoires et investissements maintenus en faveur des mobilités et de l’éducation, l’exécutif de Bourgogne-Franche-Comté revendique un budget « pragmatique » et « stabilisateur ». Celui-ci sera soumis au vote de l'assemblée plénière ce jeudi 11 décembre.
Dans un contexte budgétaire national totalement brouillé, la Bourgogne–Franche-Comté a fait le choix de ne pas attendre. Ce 10 décembre, le président du conseil régional Jérôme Durain a présenté le budget primitif 2026 de la collectivité, qu’il revendique comme un acte de « stabilité » dans une période politique et financière incertaine. Le document sera soumis aux votes des conseillers régionaux dès ce jeudi 11 décembre.
En 2026, ce budget primitif, premier du genre depuis le changement de présidence, s’élèvera à 1,967 milliard d’euros, dont 1,535 milliard dédié au financement des politiques régionales. « Nous ne faisons pas d’esbrouffe : nous cherchons des économies partout où cela est possible, sans renoncer à nos politiques publiques », insiste le chef de l'exécutif régional.
Le texte se veut autant une déclaration de méthode qu’un exercice de responsabilité. Alors que l’État, toujours sans budget voté, pourrait réduire ses transferts, la « première épure » esquissée par le gouvernement entérinait déjà jusqu’à 55 millions d’euros de recettes en moins pour la Bourgogne-Franche-Comté. C’est sur cette hypothèse qu’est construit ce budget 2026.
La fragilité structurelle est rappelée par le vice-président aux finances, Nicolas Soret : « 90 % de nos recettes dépendent directement des dotations et compensations de l’État. Nous n’avons réellement la main, avec le pouvoir de taux, que sur 10 % de nos recettes. » Dans ces conditions, le maintien d’un budget dont les recettes de fonctionnement sont en hausse de 2,1 % par rapport à 2025 (1,495 milliard d’euros) relève de l’équilibrisme. Car dans le même temps, plusieurs postes de dépenses flambent : + 5 millions d’euros pour la masse salariale liée à l’effet de glissement vieillesse technicité (GVT), et surtout + 20 millions d’euros pour la convention TER, renchérie par l’ouverture à la concurrence sur le lot Bourgogne Ouest–Nivernais (ayant finalement abouti à confirmer la SNCF). À elle seule, cette restructuration ferroviaire impose 15 millions d’euros d’investissements supplémentaires.
Pour contenir l’ensemble, l’exécutif a engagé un travail de revue générale des dépenses. Les satellites de la Région – Agence Économique Régionale (AER), Comité Régional du Tourisme (CRT), Agence Régionale du Numérique et de l'intelligence artificielle (ARNia)– voient leurs budgets resserrés. Certaines interventions jugées non essentielles au regard des compétences régionales sont réduites : aides aux associations œuvrant dans le champ social (qui relève d’abord des départements), baisse des financements destinés à la formation de salariés, recentrage sur la formation des demandeurs d’emploi avec la fin programmée des PRIC (Pactes régionaux d’investissement dans les compétences, abondés par l’État).
« Il y a, forcément, des crève-cœur à toutes les lignes. Moins de moyens pour nos satellites signifie moins d’action, mais nous devons tenir notre trajectoire. A titre d'exemple, le Comité Régional du Tourisme devra limiter les campagnes promotionnelles, tandis que l’Agence Économique Régionale cessera de rédiger et d’envoyer quotidiennement des revues de presse à tous les présidents d’intercommunalités », assume Nicolas Soret.

Mobilités, lycées et formation professionnelle, piliers confirmés de l'intervention régionale
Cet effort n’empêche pas la Région de continuer à investir massivement. Les mobilités (570,6 millions d’euros), les lycées (86,1 millions d’euros, hors dépenses de personnel) et la formation professionnelle (116,8 millions d’euros) demeurent les trois piliers des dépenses de fonctionnement. La culture, assure Jérôme Durain, reste « sanctuarisée », à rebours d’autres régions tentées par des coupes dans ce secteur. Afin de financer l’équilibre général, un emprunt de 316 millions d’euros est inscrit. « Mais nous savons que ce montant ne sera pas intégralement mobilisé », rappelle Nicolas Soret. Par ailleurs, « notre taux d’exécution réel avoisine 90 % », précise le vice-président aux finances.
Avec ces arbitrages, l’épargne régionale nette se contracte et la capacité de désendettement passe de 6,2 ans à 6,6 ans en 2026. « Nous restons dans la bonne moitié des Régions françaises, loin de certaines qui dépassent les sept ou huit ans », souligne le vice-président. le seuil d'alerte communément admis pour les collectivités territoriales se situe à 12 ans.
De plus, la baisse récente des taux d’emprunt – entre 2,8 % et 3,2 %, contre 4 % il y a un an – offre une marge de respiration. ste désormais à voir si le budget de l’État viendra conforter – ou fragiliser – cet édifice construit à l’aveugle par la collectivité régionale, à son corps défendant.



































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