Menacée d’un arrêt des circulations voyageurs dès le 14 décembre prochain, la ligne ferroviaire des Hirondelles, qui traverse le Haut-Jura de Dole à Saint-Claude, va bénéficier d’un investissement d’urgence de 12 millions d’euros de la part du conseil régional.Elle sera maintenue en activité. Mais jusqu’à quand, compte tenu de son besoin de travaux bien supérieur ?

Le « pacte de mobilité » occupera une large part des débats de la session plénière du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, qui se tient jeudi 16 et vendredi 17 octobre. Au coeur de ce plan, présenté ce mercredi par le nouveau président socialiste de la collectivité Jérôme Durain, figure la question épineuse des  « dessertes fines du territoire », ces petites lignes ferroviaires essentielles à la cohésion régionale mais particulièrement coûteuses à entretenir. Et celle qui alimente le débat depuis des décennies sort, au moins temporairement, sauvée de ce plan :  la ligne des Hirondelles (*), reliant sur 123 km Dole à Saint-Claude dans le Jura. 

« SNCF Réseau, qui opère la maintenance des lignes, nous a alertés, si rien n’était fait, de la menace d’un arrêt de circulation au 14 décembre prochain. J’ai choisi de prendre mes responsabilités et de proposer à l’assemblée un investissement de 12 millions d’euros pour maintenir la ligne en vie. Il s’agit d’un investissement presque conservatoire, qui devrait tenir quelques années, mais qui pourrait aussi se révéler un coup d’épée dans l’eau, si un imprévu survenait  », a déclaré Jérôme Durain.

BF

 

Des rails de 1905, des traverses de 1927

Face à l’état dégradé de l’infrastructure - des traverses datant de 1927, des rails de 1905 et plusieurs tunnels dans un état préoccupant  - Jérôme Durain appelle, comme l’avait fait sa prédécesseure Marie-Guite Dufay, à un engagement clair de l’État. « Il est le grand absent de l’équation. Je rappelle que le réseau ferré national est son patrimoine et qu’il porte la responsabilité du sous-investissement chronique dans la maintenance de ces lignes. Nous attendons qu’il nous présente sa vision pour l’avenir des infrastructures ferroviaires », martèle le chef de l'exécutif régional.

Jérôme Durain, nouveau président socialiste du Conseil régional Bourgogne-Franche-Comté, © Arnaud Morel
Jérôme Durain, nouveau président socialiste du Conseil régional Bourgogne-Franche-Comté, va proposer ces jours-ci un "investissement conservatoire" pour la ligen jurassienne. © Arnaud Morel

Si le soutien régional de 12 millions d’euros permet de maintenir le trafic, estimé à 900 voyageurs par semaine essentiellement des étudiants et des touristes, il reste très insuffisant pour garantir l’avenir de la ligne. SNCF Réseau estime le coût de sa réhabilitation, selon les scénarios, entre 35 et 150 millions d’euros. « Il y a autant d’ouvrages d’art sur cette ligne (NDR : 36 tunnels, 20 viaducs) que sur l’ensemble du réseau ferroviaire de la région Centre-Val de Loire », souligne Jérôme Durain.

Quatre autres dessertes fines font également l’objet de l’attention régionale. Clamecy–Corbigny (Nièvre) va bénéficier d’un crédit de 3,6 millions d’euros de la collectivité pour maintenir le trafic voyageurs, suspendu cet été, en complément des 300 000 euros engagés par l’État pour le fret. Un financement est aussi prévu sur la ligne Lure–Épinal, de la Haute-Saône aux Vosges, à hauteur de 900.000 euros environ, tandis que d’autres comme Paray-Gilly en Saône-et-Loire sont déjà intégrées au volet mobilités du contrat de plan État-Région et ne nécessitent pas d’engagement supplémentaire. « L’entretien de ces cinq lignes représente un mur d’investissement d’environ 500 millions d’euros sur les dix prochaines années. Seule, sans l’État, la Région ne pourra pas le franchir», prévient Jérôme Durain.

Versement mobilité régionale et rurale des entreprises de plus de 10 salariés

La compétence mobilité, décidément, pèse lourd dans le budget régional. Outre ces chantiers d’entretien, la collectivité finance la rénovation à mi-vie de 23 Autorails à Grande Capacité (AGC) livrés par Bombardier au début des années 2000. Ces motrices seront traitées contre la corrosion dans les ateliers spécialisés de Nevers (Nièvre) et Tergnier (Aisne). L’opération mobilise 98 millions d’euros de crédits régionaux.

Le pacte de mobilité comprend aussi un volet fiscal : la création d’un versement mobilité régionale et rurale (VMRR), fixé à 0,15 % de la masse salariale pour les entreprises de plus de dix salariés. Les recettes attendues, estimées à 26 millions d’euros en 2026, permettront de financer les politiques de transport. La Région prévoit d’en reverser 10 % aux communautés de communes compétentes en matière de mobilité, soit quelques dizaines de milliers d’euros par intercommunalité.

De quoi susciter le débat et d'ores et déjà l'opposition des milieux économiques. Le Medef et ses différentes entités de Bourgogne-Franche-Comté n'ont mis que quelques heures à réagir à l'annonce par un communiqué dénonçant   « un  impôt de trop qui touche à la fois les entreprises privées et les employeurs publics (...) un signal négatif pour l’emploi, l’investissement et le développement économique régional ». « Il n'a pas proposé d’alternative », remarque Jérôme Durain. De son côté, le conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) estime que cette contribution reste « proportionnée et absorbable » par l’économie locale.

(*) son nom provient d'une légende locale : les habitants de Morez (Jura) voyaient les ouvriers travailler sur les viaducs à flanc de montagne et avaient l'impression qu'ils « tutoyaient les hirondelles. »

preventalis

Commentez !

Combien font "3 plus 3" ?