L’usine GE Vernova (ex-Alstom puis General Electric) de Champigneulles (Meurthe-et-Moselle), au nord de Nancy, réoriente sa production de moteurs électriques et de convertisseurs en direction du marché de la décarbonation des usines, en pleine effervescence. Le site de 380 personnes compense ainsi la conjoncture baissière dans le secteur maritime, avec notamment l’arrêt des commandes pour les brise-glace russes.


Adieu moteurs de propulsion des brise-glace russes, bonjour systèmes d’électrification pour décarboner l’industrie. La guerre en Ukraine, et la crise énergétique qui s’en est suivie, a induit un repositionnement stratégique de l’usine GE Vernova de Champigneulles (Meurthe-et-Moselle), au nord de Nancy. Le groupe américain de 75.000 personnes, né le 2 avril 2024 de la scission des activités du géant General Electric (GE), a été contraint de stopper certaines productions de son site lorrain dans le cadre des sanctions décrétées par l’Union européenne contre la Russie. Il voit cependant émerger de nouveaux marchés…

« Nous connaissons une baisse de nos activités traditionnelles liées à la navigation et aux secteurs pétrolier et gazier », confirme Jean-Christophe Demard, directeur de cette usine de production de moteurs électriques et de convertisseurs fondée en 1898. Le site historique, à Nancy en milieu urbain, avait été abandonné en 2001, au profit de nouveaux ateliers à Champigneulles : 22.000 m2 conçus en réponse au gigantisme des systèmes de propulsion des navires de croisière et autres brise-glace. L'entreprise appartenait alors à Alstom, jusqu'en 2011 et la cession par le groupe français à GE de sa division Converteam.

Le responsable de l’unité de 380 personnes et 40 intérimaires met en exergue « la plus importante baie de production industrielle du Grand Est », autour de laquelle l’usine de 100 mètres de large et 200 mètres de long a été bâtie. Le site continue de produire ses spectaculaires ensembles maritimes développés depuis vingt ans sur le modèle du Queen Mary II, en synergie avec les usines GE Vernova de Belfort et de Villebon-sur-Yvette, dans l’Essonne.
 

(1) SUPPLY CHAIN 2024


La moitié des carnets de commande de l’entité lorraine est d'ailleurs générée par des projets communs aux trois implantations. Il en résulte que GE Vernova ne raisonne pas en chiffre d’affaires pour son usine de Champigneulles considérée comme un « centre de coût . » La société évalue toutefois son activité à 120 millions d’euros par an.

« L’ADN de notre centre d’excellence pour les machines asynchrones consiste à faire de l’ingénierie avancée sur des préséries, puis de lancer une usine dédiée, comme cela a été par exemple le cas pour les moteurs d’éoliennes off-shore. Les prototypes des générateurs de 6 mégawatts Haliade-150 ont été fabriqués ici, avant l’entrée en service de l’usine de Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) en 2014 pour la production en série », illustre Jean-Christophe Demard. Cette orientation stratégique se lit dans la répartition des effectifs de Champigneulles : les deux-tiers travaillent en ingénierie et en recherche et développement, tandis que le tiers restant se consacre à l’assemblage de 150 machines par an, contre 800 il y a encore quelques années.

 

Bilan carbone abaissé de près des deux tiers

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Les dimensions de la baie de production industrielle ont été calculées pour l’assemblage de moteurs de bateaux. © Philippe Bohlinger


La transition des énergies fossiles vers les sources décarbonées ouvre de nouvelles perspectives. Pour s'imposer sur le marché de l’électrification, GE Vernova compte sur sa capacité à réaliser des moteurs sur-mesure devant le distinguer de ses compétiteurs mondiaux, avec en prime la possibilité de tester sur sa plateforme d’essais des machines d'une puissance jusqu’à 80 mégawatts.

« Nous produisons des systèmes d’électrification destinés à remplacer les turbines au gaz, mais aussi des multimoduleurs-convecteurs, équipements visant à stabiliser les réseaux électriques lorsque des industriels démarrent leurs installations les plus énergivores, comme un four à arc électrique. De même, le boom du carbone capture (captage et stockage souterrain du CONdlr) alimente nos carnets de commande. L’entraînement des compresseurs nécessite en effet des moteurs puissants », pointe le responsable du site.
 

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Tout en contribuant, à son échelle, à décarboner la planète, l’usine GE Vernova opère sa propre transition climatique.
Elle a diminué de 64,5 % ses émissions de dioxyde de carbone depuis 2015 pour les ramener à 602 tonnes équivalents CO2 en 2023. Et elle compte encore gagner 23 % supplémentaires d’ici 2030. Les premiers résultats ont été en grande partie obtenus grâce à l’emploi d’une résine sans solvants ni COV (composés organiques volatiles) d’imprégnation des stators. Ce procédé améliore les performances de cette pièce fixe du moteur électrique. Et les émanations de gaz liées à l’emploi des anciennes résines devaient être auparavant brûlées.
 

Qui est Jean-Christophe Demard ? 

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Jean-Christophe Demard, directeur du site de production de GE Vernova Champigneulles. © Philippe Bohlinger

Cet autodidacte a pris la direction du site GE Vernova de Champigneulles fin 2023. Jean-Christophe Demard a démarré sa carrière il y a 34 ans dans l’ancienne usine de Nancy, propriété à l’époque du groupe Alstom. Il occupait alors un poste de tourneur, des compétences qui lui servent encore aujourd’hui dans ses échanges avec les équipes opérationnelles. Sa formation complémentaire à l’Ecole nationale d’ingénieurs de Metz (Enim) lui a permis de gravir un à un les échelons au sein du site cédé en 2005 par Alstom au fonds d'investissement Barclays Private Equity puis racheté en 2011 par General Electric.

A sa tête, Jean-Christophe Demard en appelle à un allègement « du lourd sac à dos de contraintes règlementaires », évoquant notamment l’obligation de poser des ombrières photovoltaïques sur ses parkings, un investissement de 2,5 millions d’euros.

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