L’entreprise technologique de Haguenau (Bas-Rhin) installe à Strasbourg son procédé original de compression du gaz par voie thermochimique, proposant une alternative annoncée de meilleur rendement et plus environnementale que le mode mécanique répandu. Elle commence à le tester dans la station « multi-énergies » du distributeur alsacien historique de gaz R-GDS (Aster Energies), lui-même à l’affût de nouvelles solutions. L’expérimentation devrait ouvrir la voie à la construction d’une usine pour le passage au stade industriel des travaux d’Eifhytec, issus de la recherche franco-allemande.


C’est une avancée technologique de plus dans l’hydrogène : l’appel à la thermochimie pour la compression du gaz, au lieu de la mécanique. Elle émerge en Alsace. L’entreprise Eifhytec de Haguenau (Bas-Rhin) qui l’a mise au point s’associe au distributeur de gaz R-GDS pour la tester à échelle réelle dans la station que celui-ci dédie aux énergies du futur à Strasbourg, dans la zone économique de la Plaine des Bouchers. L’appareil innovant y est désormais installé et sa connexion au circuit de compression, marquant son entrée effective en action, est prévue en septembre prochain.

Son principe consiste à utiliser des alliages métalliques aux propriétés absorbantes de l’hydrogène à une pression basse, de sorte à restituer le gaz à une pression plus élevée grâce à un apport de chaleur. Le compresseur d’Eifhytec fonctionne à 200 bars et son débit n’est pas proportionnel à la pression d’entrée contrairement à son homologue mécanique, ce qui le rend intéressant en particulier à faible pression. Les deux entreprises en déduisent plusieurs avantages « pour des applications aussi bien dans la mobilité qu'en mode stationnaire dans l’industrie, conférant une viabilité économique au projet », argumente David Colomar, président d’Eifhytec. De plus, le procédé de montée en pression s’obtient par un apport de chaleur. Or celle-ci peut être de type fatale, à savoir la récupération d’excédent inutilisé venant d’un électrolyseur, d’un incinérateur ou d’une ligne industrielle, ce qui donne une dimension d’économie circulaire à la solution et contribue à son tour à la hausse de son rendement.

 

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Enfin, la thermochimie s’affranchit par nature de la présence de pièces mobiles mécaniques (les pistons), génératrices d’usures et de vibrations. « Elle n’émet ainsi pas de bruit dérangeant dans un environnement urbain », souligne Benoît Rinn, directeur de projets au sein de R-Hynoca, l’entité dédiée à l’hydrogène de R-GDS. 

La PME technologique et l’ETI de distribution estiment ainsi réunir des conditions économiques et environnementales pour imposer le procédé sur le marché. « Le compresseur forme l’un des maillons de la chaîne de l’hydrogène les plus problématiques, notamment du fait de la présence de pièces mobiles, ce dont s’affranchit la thermochimie », appuie David Colomar.

 

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Le projet prend place dans la station multi-énergies de R-GDS dans la zone d'activités de la Plaine des Bouchers à Strasbourg. Elle comprend déjà des points de recharge en hydrogène et en électricité pour poids lourds. © R-GDS


Reste à le prouver. Tel est l'objet de la poursuite de la collaboration à Strasbourg. Elle démarre avec un débit test de compression de 240 kilos par jour. « La station dispose d’une capacité de 800 kilos par jour, l’une des importantes d’Europe », précise Benoît Rinn.

Se définissant comme le « seul compressiste français », Eifhytec espère ainsi déclencher le déclic vers son passage en mode industriel. « La création d’une usine pour passer à la production en série forme notre objectif à moyen terme », confirme David Colomar. Depuis sa création en 2019 comme émanation de l’institut de recherche en énergie franco-allemand Eifer de Karlsruhe, la PME a peaufiné son procédé et trouvé de premiers clients pour des démonstrateurs. Son dirigeant indique avoir atteint un stade de maturité (TRL) de 7 à 8 sur une échelle de 9, « celui du démonstrateur validé en configuration opérationnelle chez un client, dernière étape avant la mise sur le marché. »

 

Un écosystème local de fournisseurs de composants

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Le site multi-énergies de 6.000 m2 va encore s'étoffer. © Castet /Buisson


Le dimensionnement et la localisation de la future usine restent à préciser, l’expérimentation en cours doit le permettre, mais elle est d’ores et déjà promise de proximité, en termes d’implantation et d’approvisionnement. « Les composants nécessaires à nos compresseurs (structures mécanosoudées, valves, tuyaux, capteurs…) proviennent en grande majorité d’un bassin régional réparti entre l’Alsace et la Franche-Comté, le rayon s’élargit dans certains cas au reste de la France, mais ne laisse quasiment pas de place à un sourcing extra-européen », expose David Colomar.

Née il y a six ans, la société prend donc son temps, à dessein. « Nous avons fait le choix d’un développement sur nos fonds propres (montant non communiqué, Ndlr) et nous avons le sentiment que la situation actuelle quant à l’appel à financements extérieurs nous donne raison », déclare le dirigeant. Eifhytec mise aussi sur les appels à projets et concours qu’elle remporte (Ademe, I-Lab de Bpifrance)… Son effectif se situe aujourd’hui à 15 salariés et il progresse. « Nous continuons à recruter », pointe David Colomar.

 

Cessions aquisitions

 

Pour R-GDS, l’installation du compresseur pilote marque une étape supplémentaire dans la constitution de sa station « multi-énergies » de la Plaine des Bouchers, son tremplin vers les nouvelles opportunités qui se dessinent pour le gaz dont il assure la distribution à Strasbourg et environs depuis plus d’un siècle... ainsi que vers d’autres sources. Le site de 6 000 m2 abrite également une installation d’alimentation en Bio-GNC (gaz naturel comprimé) par association avec l’opérateur spécialisé Proviridis, ainsi que deux pistes de recharge électrique rapide de poids lourds. « Nous explorons toutes les facettes, dans un environnement technologique très diversifié », souligne Trishna Kammili, directrice hydrogène et énergies renouvelables de R-GDS. L'énergéticien strasbourgeois a aussi travaillé sur la production innovante d’hydrogène, il a cheminant un temps avec le Champardennais Haffner Energy qui poursuit en autonomie ses travaux sur l’alimentation à partir de biomasse.

 

Aster Energies, nouvelle bannière

Les développements de R-GDS prennent place dans une organisation plus large, qui vient d’être regroupée sous l’appellation Aster Energies. L’ensemble ainsi formé de 300 salariés pour un chiffre d’affaires de 95 millions d’euros en 2024 comprend distribution de gaz et biométhane, maintenance et services énergétiques, énergies renouvelables, distribution d’énergie décarbonée pour la mobilité et réalisation de réseaux de chaleurs urbains (RCU) avec les entités R-CUA en Alsace et R-CUE ailleurs dans l’Est. Les différentes composantes d'Aster Energies participent à l’objectif commun affiché du groupement : « atteindre la neutralité carbone en 2050. »

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