A mi-chemin entre Metz et le Luxembourg, la nouvelle collectivité de 160.000 habitants en cours de construction autour de Thionville (Moselle) pourrait se chauffer à partir de l’énergie résiduelle des usines de la mythique vallée de l'acier de la Fensch. Alors qu’elles s’apprêtent à fusionner au 1er janvier 2026, les communautés d’agglomérations du Val de Fensch et de Portes de France-Thionville jettent les bases d’un réseau mobilisant 110 millions d’euros d’investissement. Elles souhaitent en premier lieu le raccorder au site ArcelorMittal.
Est-il possible d’alimenter un réseau de chaleur urbain à partir de l’énergie thermique rejetée par les usines de la célèbre vallée de la Fensch au nord de Metz, fief de l'acier popularisée par le chanteur Bernard Lavilliers ? En Moselle, les communautés d’agglomérations Portes de France-Thionville (CAPFT) et du Val de Fensch y croient dur…comme fer. Leurs élus sont entrés en négociation avec les industriels susceptibles de fournir les 220 gigawattheures par an requis pour créer un réseau d’une centaine de kilomètres. Le projet d’investissement de 110 millions d’euros vise à fournir de la chaleur décarbonée aux logements, hôpitaux et bâtiments publics de ce bassin de vie de 160.000 habitants.
Frappé par la crise de la sidérurgie dans les années 1970, le territoire retrouve en effet un dynamisme démographique sous l’impulsion du Luxembourg voisin, où se rendent quotidiennement 110.000 travailleurs frontaliers.
Pour Jean-Charles Louis, vice-président au développement économique de la CAPFT, les planètes sont alignées puisque « le Val de Fensch héberge un grand nombre d’usines, tandis que Thionville offre une densité de population propice à la création d’un réseau de chaleur urbain. » Dans la ville-centre, les ZAC Rive gauche et Rive droite, en cours d’aménagement, témoignent de ce renouveau, avec un potentiel de 2.200 logements.
Sur ce dossier, les deux communautés d’agglomérations, qui fusionneront au 1er janvier 2026, travaillent main dans la main depuis plusieurs années. Elles ont élaboré en 2019, avec le soutien de l’Ademe, un schéma directeur énergie qui a identifié l’opportunité de développer un réseau de chaleur alimenté en énergies renouvelables et/ou de récupération (EnR&R).
Les élus, accompagnés par le bureau d’études Itherm, ne sont pas de doux rêveurs. Ils appuient leur argumentaire sur un précédent concret, de grande dimension et déjà ancien : l'agglomération de Dunkerque (Nord) déploie le plus grand réseau de récupération de chaleur industrielle fatale en France. Totalisant aujourd’hui 51 km de long pour alimenter 10.876 équivalents logements, il a été mis en service en 1986. Deux hottes de captation de 23 et 8 mégawatts y récupèrent les calories des hauts-fourneaux du groupe sidérurgique ArcelorMittal. Couplées à trois unités de cogénération au gaz, elles permettent d’éviter le rejet de 20.000 tonnes de CO2 par an dans l’atmosphère.
Ancien directeur de service du site ArcelorMittal de Florange (Moselle), Jean-Charles Louis, rappelle que, contrairement à Dunkerque, « la filière liquide s’est éteinte dans la vallée de la Fensch à partir de 2012 avec la fermeture des derniers hauts-fourneaux, suivie de l’arrêt de la chaine d’agglomération et de la cokerie. »
En revanche, il insiste sur le fait que le géant de l’acier « a conservé sur le territoire la partie laminage, autrement dit la transformation des demi-produits sidérurgiques », des blocs d’acier de forme parallélépipédique également appelés brames. Or avant d’opérer leur transformation en tôles, il est nécessaire de porter le process indutriel à 1.200°C. De même, la seconde étape de laminage, dans l’usine à froid, nécessite un recuit des tôles à 800°C. « Il serait tout à fait envisageable de récupérer l’énergie thermique qui se dissipe lors de ces deux phases industrielles », analyse l’élu.
Labellisation « Zone industrielle bas carbone »

Le projet de réseau de chaleur, qui fonctionnerait à 72% à partir EnR&R, est toutefois dépendant de l’agenda des industriels de la vallée, à l’image de Saarstahl Rail à Hayange qui n’a pas encore tranché entre la modernisation ou le remplacement de son vieillissant four à blooms (une autre catégorie de demi-produits sidérurgiques, Ndlr). « Le planning des industriels est dicté par les enjeux de décarbonation de leurs filières, cela se comprend. Mais nous devons les convaincre, car les futurs réseaux de chaleur des collectivités ne pourront plus tourner uniquement à partir de biomasse, une ressource aujourd’hui en tension », avertit Jean-Charles Louis.
Knauf Insulation à Illange, juste à côté de Thionville a marqué son intérêt pour le projet. Mais l’engagement du fabricant de laine de roche pour l’isolation des bâtiments ne suffira pas à lui seul à démarrer le chantier. Le projet de décarbonation des industries du territoire baptisé « Fensch Impact » lauréat en avril dernier de l'appel à projets Zone industrielle bas carbone de l'Ademe, pourrait aider à faire le lien entre les acteurs.




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