Convertir des poids lourds et des bus à l’hydrogène sans pile à combustible : la start-up RH2, pour Rétrofit Hydrogène, propose cette solution. À l’heure de la transition vers de nouvelles énergies, la jeune entreprise de l’Yonne se faufile dans un marché de niche qui donne une couleur verte aux moteurs thermiques.
David Mourre est affirmatif : « Non, ce n’est pas la fin des véhicules thermiques. » Pourquoi une si forte conviction chez le dirigeant de la start-up RH2 à Auxerre ? « Parce que les moteurs à combustion interne peuvent utiliser l’hydrogène comme carburant », répond-il.
Ce postulat constitue le fonds de commerce de l’entreprise basée dans l'incubateur AuxR_Green Lab (*), qui a déjà investi 1,5 million d’euros pour convertir des moteurs de camions à l’hydrogène, sans utiliser de pile à combustible. La solution offre des alternatives intéressantes aux entreprises et aux collectivités qui disposent d’une flotte importante de véhicules à gros moteurs : poids lourds, engins de chantier ou bus. RH2 (pour « Rétrofit Hydrogène ») n’intervient que sur ce type de véhicules, la capacité à stocker l’hydrogène étant plus complexe à mettre en oeuvre sur des modèles plus légers.
Cette possibilité apporte un avantage et non des moindres : son coût. Il faut compter 150.000 euros pour le rétrofit d’un bus ou d’un camion avec la technologie de RH2, « là où un 44 tonnes en motorisation électrique ou en pile à combustible vaut 360.000 à 400.000 euros », selon David Mourre. Le dirigeant de la start-up voit s’entrouvrir un marché qu’il juge vaste. « Je vous fais le pari que demain, nous mettrons de l’hydrogène dans des véhicules thermiques parce que ce sera moins cher que les autres solutions. Tous les pays se tourneront alors vers les spécialistes de moteurs internes. Nous avons donc intérêt à conserver nos outils de production en France », argumente-t-il.
La deeptech dans les mécaniques

L’entreprise a déposé deux brevets sur l’injection d’eau pour moteur deux temps et quatre temps, et un troisième pour une entretoise qui permet de simplifier les modifications du moteur. Le rétrofit consiste à installer en lieu et place des injecteurs de diesel une rampe avec des injecteurs d’eau à haute pression et une entretoise spécifique de mise en place des injecteurs, entre le haut et le bas du moteur.

Le concept Hywice (doublement breveté) qui amène de l’eau à haute pression sur la culasse, permet de faire chuter la température dans la chambre à combustion, ce qui réduit l'émission d’oxydes d’azote (NOx) entre 8 à 10 ppm (parties par millions). Le résultat final offre un rendement de plus de 55%, et une économie de 35% de carburant par rapport aux moteurs classiques. Les véhicules transformés doivent intégrer dans leur habitacle un stockage d’hydrogène de plusieurs réservoirs (50 kg pour une autonomie de 500 km).
Un premier moteur Caterpillar a tourné en 2023 et a démontré le concept. Aujourd’hui, un second de marque Iveco est testé sur un banc d’essai avant d’être monté sur un camion 16 tonnes prêt à rouler cet été. RH2 a signé des contrats avec des entreprises de transport pour un prototype de poids lourd qui pourrait donner lieu à de nouvelles commandes, s’il s’avère positif. Enfin, ces derniers mois, un autre moteur Caterpillar a été testé et monté sur une pelle hydraulique en lien avec l’entreprise de solutions énergétiques Eneria. Ce modèle, utilisant le système Hywice, a été exposé au salon Intermat à Paris en avril dernier
Soutenue par la région Bourgogne-Franche-Comté et Bpifrance à hauteur de 300.000 euros, la start-up de 4 salariés a obtenu 90.000 euros de la bourse French Tech Emergence de la banque publique, en janvier 2024. Elle a également candidaté au concours d’innovation i-LAB, qui, si elle est retenue, lui permettra de développer sa technologie de haut rendement. Pré-sélectionné au niveau régional, le projet doit être étudié à présent par le jury national.
David Mourre souhaite dorénavant élargir son marché en adaptant sa technologie sur les bus. Une solution dont les coûts pourront intéresser de nombreuses collectivités. Elle sera présentée aux journées hydrogène de Dijon du 25 au 27 juin prochains.
Aujourd’hui d’après Santé Publique France, « les résultats sur l'impact à long terme de la pollution de l’air ambiant ont montré que la mortalité liée à la pollution demeure un risque conséquent en France avec 40.000 décès attribuables chaque année aux particules fines (PM 2,5) et 7.000 imputables au dioxyde d’azote. ». Durant le Covid, les fondateurs de RH2, Jacques Bouvy et Michel Lantin, de nationalité belge, sont partis du constat qu’il fallait trouver une solution pour réduire cette pollution qui touche en particulier le secteur des transports.
Les deux hommes se sont amusés à tester leur dispositif sur le moteur d'une Golf. L’essai s’avérant concluant, ils ont créé leur entreprise il y a un an et demi. David Mourre, qui travaillait dans le secteur des cogénérations, des déchets ou encore de la biomasse, a rejoint l’équipe et en occupe à présent la présidence. La société de quatre salariés vient d’intégrer un doctorant spécialiste en thermodynamique.
(*) L’incubateur de la communauté d’agglomération de l’Auxerrois accueille actuellement 10 start-ups dans son bâtiment de 800 m2, labellisé haute qualité environnementale (HQE) pour les matériaux utilisés, la gestion des déchets et sa sobriété basée sur des énergies renouvelables.

















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