L’investissement commun dans l’usine Resolest de Rosières-aux-Salines (Meurthe-et-Moselle) va permettre à Solvay et Veolia, ses actionnaires à parts égales, d’augmenter de moitié les quantités de résidus de fumées industrielles traitées sur place. L’extension inaugurée le 12 juin dernier portera la capacité du site à 65.000 tonnes par an.


L’extraction du sel à Rosières-aux-Salines (Meurthe-et-Moselle) a cessé il y a environ 300 ans, mais Resolest continue d’y exploiter cet « or blanc » avec des procédés du XXIème siècle et selon une logique d’économie circulaire. Créée en 2003, cette société détenue à parts égales par le chimiste Solvay et le géant des services environnementaux Veolia a inauguré, ce 12 juin dans la commune lorraine, une nouvelle installation de valorisation des résidus issus du traitement des fumées industrielles.

Le site de 30 salariés (chiffre d’affaires de 12 millions d’euros en 2024) accueillait pour l’occasion Jean-François Nogrette, directeur de Veolia Déchets Spéciaux Europe et Étienne Galan, président de Solvay Soda Ash. Les deux actionnaires ont injecté 12,5 millions d’euros afin d’augmenter la capacité de plus de 50 % et passer, ainsi, de 40.000 tonnes par an de résidus salins valorisés à 65.000 tonnes.

« Depuis plus de vingt ans, Resolest s’inscrit dans une démarche pionnière de valorisation de matière à partir de résidus réputés non valorisables. Avec cette extension, nous renforçons notre capacité à produire des sels industriels réutilisables », se félicite Jean-Michel Frada, directeur de Resolest.

 

Cessions aquisitions

 

Dans les faits, la nouvelle installation, dont les travaux ont démarré début 2024, n’entrera en service qu’à l’automne prochain. Mais les équipements les plus volumineux (silos, mélangeurs, réservoirs, etc.), arrivés pour la plupart par transport exceptionnel, sont d’ores et déjà en place. Trois nouveaux silos de 200 m3 chacun permettront de stocker les résidus issus du traitement des fumées au bicarbonate de soude.

Cette matière solide provient d’une quarantaine de clients, parmi lesquels des industriels, mais surtout des incinérateurs d’ordures ménagères situés dans un rayon de 400 km, à Nancy, Metz, jusqu’à Bruxelles et la région parisienne. Concrètement, les résidus sont dissous dans de l’eau dans des malaxeurs, filtrés, puis purifiés grâce à un procédé breveté (filtre à bougies, filtres à sable, charbons actifs, etc.). Enfin, deux réservoirs de 200 m3 accueillent la saumure finale.

 

Un saumoduc jusqu’à l’usine Solvay voisine

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Resolest transforme les résidus solides de traitement de fumées (à gauche) en solution saline de haute pureté (à droite). © Philippe Bohlinger


Cette solution saline de haute pureté est ensuite expédiée via un « saumoduc » de 4 km de long, de sorte à rejoindre directement l'usine du groupe Solvay à Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle). Le chimiste y exploite des gisements salins et des carrières calcaires pour produire du bicarbonate de soude dédié à la fabrication, entre autres, de la gamme de produits de traitement des fumées SOLVair. Cette technologie sèche a été développée dans les années 1990 par Solvay dans son laboratoire lorrain. A l'époque, le groupe belge cherchait à exploiter les propriétés du bicarbonate de soude (neutralisation des acides) dans le traitement des fumées industrielles.

Au final, Resolest permet à l’usine voisine de réduire de 6 à 10 % ses besoins en sel. « Grâce à l’augmentation de nos capacités, nous allons être en mesure d’absorber les résidus de fumées d’installations en projet ou en cours de démarrage », détaille Jean-Michel Frada. Le responsable cite des centres d’incinération des ordures ménagères existants qui changent leurs procédés de filtration des fumées pour passer d’une solution liquide à un mode opératoire solide au bicarbonate de soude « moins énergivore et moins générateur de déchets. » Il évoque également des projets de chaudières alimentées en CSR (combustibles solides de récupération), à savoir des déchets non-recyclables à fort pouvoir calorifique. 

 

PE Mulhouse

 

Concurrence des sites d’enfouissement de déchets ultimes

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Les capacités de traitement de Resolest vont augmenter de 50 % soit une hausse de 25.000 tonnes par an. © Philippe Bohlinger


Ainsi, la moitié des capacités supplémentaires de Resolest, soit environ 10.000 tonnes par an, servira à traiter les résidus de fumées de la future unité de valorisation énergétique des CSR de Solvay en cours de construction à Dombasle-sur-Meurthe. Le groupe investit actuellement en partenariat avec Veolia plus de 180 millions d’euros pour remplacer les trois chaufferies au charbon vieillissantes par une cogénération de 181 MW de puissance thermique et 17,5 MW électrique, alimentée en CSR. L’installation, dont le démarrage est attendu fin 2025 ou début 2026, abaissera de moitié les émissions de CO2 de la soudière lorraine.

Quant à savoir qui pourrait freiner Resolest dans sa marche en avant… Son concurrent principal demeurerait les sites d’enfouissement des déchets ultimes. « Nous avons l’avantage de proposer à nos clients une boucle d’économie circulaire vertueuse : sur 1 kg de résidus, notre procédé permet d’extraire 800 grammes de sel, le restant rejoignant un site d’enfouissement régional sous forme de grands gâteaux de matière de 80 kg », détaille Jean-Michel Frada.

De plus, l'entreprise est en capacité d’extraire des résidus de gypse humide à hauteur de 1.000 à 3.000 tonnes par an. Ce matériau est réutilisé par un fabricant de liants routiers.

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