Le groupe familial de travaux publics investit 6 millions d’euros pour le traitement des mâchefers sur son site lorrain de Louvigny, afin de l’adapter aux 60.000 tonnes qui résulteront dans quelques mois des combustibles solides de récupération de l’usine Solvay près de Nancy. Il va décliner les techniques les plus pointues qu’il maîtrise sur la plateforme homologue près de Strasbourg. Il fait ainsi monter en puissance son pôle Environnement pour lequel il vise le cap du million de tonnes réceptionnées et valorisées de matières diverses, des gravats de chantier aux restes de cuisine.


Le poids lourd régional des travaux publics Lingenheld poursuit sa diversification dans les métiers de l’environnement en lui faisant passer un cran supplémentaire. Le recyclage des mâchefers, les résidus des usines d’incinération de déchets transformables en sous-couches de chaussées, lui fournit l’occasion d’une mise en œuvre massive. Le groupe familial a, en effet, été retenu pour cette facette d’activité de l’unité de combustibles solides de récupération (CSR) que l’entreprise chimique Solvay réceptionnera sur sa plateforme de Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle) de façon à substituer cette chaleur - et l’électricité qui en découle - au charbon comme mode d’alimentation de son très énergivore site de production de carbonate et bicarbonate de soude.

Les 350.000 tonnes annuelles de CSR traitées par le groupe Veolia produiront en sortie de process quelque 60.000 tonnes de mâchefers. « Notre plateforme de traitement de matières de Louvigny (Moselle), entre Metz et Nancy, apporte la solution de proximité à la valorisation de telles quantités », souligne Franck Lingenheld, président du groupe familial de 640 salariés pour un chiffre d’affaires de 240 millions d’euros en 2024 (*) .

 

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C’est là en effet que l’entreprise siégeant à Dabo (Moselle) accueillera les volumes. Spécialisée dans divers traitements et dépollutions, cette plateforme lorraine changera de dimension concernant les mâchefers, puisqu’elle en valorise aujourd’hui 15.000 tonnes. Lingenheld lui consacre un investissement de 6,2 millions d’euros (aidé par l’Ademe et le fonds européen Feder).

L'unité de CSR de Dombasle deviendra la plus importante de France d'origine industrielle, supplantant celle d'Alsachimie à Chalampé en Alsace. Sa mise en service été décalée de quelques mois pour être finalement prévue à la fin de cette année. Un mal pour un bien, pour le dirigeant de Lingenheld : « Nous mettons à profit l’intervalle qui nous en sépare pour peaufiner le rodage .» Celui-ci est requis par les quantités en jeu et le haut degré de technologie que renferme le projet.

Les équipes de Lingenheld ne seront pas déroutées pour autant. La nature et les compositions des mâchefers de CSR ne diffèreront pas fondamentalement de ceux plus « classiques » d’UVE (les unités de valorisation énergétique, le nom des incinérateurs plus flatteur mais aussi plus représentatif de leur mutation).

 

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La plateforme de Louvigny (Moselle) présente les superficies nécessaires pour l'accueil des 60.000 tonnes annuelles de mâchefers de Solvay, offrant à ces résidus une solution de valorisation de proximité. © Groupe Lingenheld


Cette matière, le groupe la gère déjà à grande échelle, soit 80.000 tonnes par an, sur son site de traitement d’Oberschaeffolsheim à l’ouest de Strasbourg (Bas-Rhin), en somme le « grand frère » de Louvigny aménagé dès la fin des années 1990. Il s’est adapté aux exigences croissantes de qualité des mâchefers, au moyen de deux investissements d’un cumul de 3,5 millions d’euros, en 2014 puis en 2019. Sa ligne de traitement comprend en particulier une installation de tri optique qui éjecte par un soufflage d’air les résidus métalliques non désirés : des bouts d’inox, voire des cuillères et fourchettes entières qui ont échappé au « radar » de l’incinération des UVE de Strasbourg, Colmar ou Mulhouse d’où proviennent les mâchefers.

« Cette ligne qui nous est propre décline, en les adaptant, les techniques de séparation habituellement dédiées aux papiers-cartons et aux plastiques », décrit Eric Winckel, directeur des sites Alsace du pôle environnement de Lingenheld. Ce choix délibéré, distinguant, vise à produire au final une matière de sous-couche de voirie (la « grave ») 100 % propre, d’une qualité équivalente à du bitume d’origine.

 

Une deuxième ligne de méthanisation en Alsace

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Le groupe a investi 3,5 millions d'euros pour les différentes phases de tri des mâchefers à Oberschaeffolsheim (Bas-Rhin). © Mathieu Noyer


« Outre une mauvaise image visuelle quand vous avez une cuillère ou une fourchette qui dépasse du lot remis au constructeur de routes, le constat a été dressé qu’un mâchefer non traité correctement jusqu’au bout entraînait un gonflement de la chaussée, du fait d’une réaction des métaux qui forment des boules. Ce qui est dangereux pour un piéton ou un cycliste par exemple », poursuit Eric Winckel. Les qualités finales permettent à Lingenheld d’incorporer la matière recyclée dans ses enrobés jusqu’à un taux exceptionnellement élevé de 60 %, diminuant ainsi l’énergie et la matière fossile nécessaires à la confection de tels revêtements. Le groupe de travaux publics se « sert » logiquement en premier, puis propose ses volumes excédentaires à la profession.

Lingenheld porte ainsi à 15 % la part du pôle environnement dans son chiffre d’affaires, soit 36 millions d’euros réalisés en 2024 par une équipe de 75 collaborateurs. Cette activité regroupe concassage des déchets de démolition des chantiers, dépollution de sites et de sols, traitement de terres polluées et de mâchefers. Elle s'est étendue depuis 2020 à la méthanisation des déchets biodégradables issus de l’industrie agroalimentaire, de l’agriculture, de la restauration collective sur le site d’Oberschaeffolsheim. Aux 20.000 tonnes annuelles de cette unité dénommée Methamusau s'ajoutera une seconde ligne d'environ 15.000 tonnes qui devrait être opérationnelle dans quelques semaines.

Ce pôle interagit en complémentarité en particulier avec celui des travaux spéciaux (chiffre d’affaires de 41 millions d’euros en 2024, 130 salariés) en charge notamment des désamiantages et des démolitions.

 

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Au total, les déchets qui entrent sur les plateformes d’Alsace, de Lorraine à Louvigny et progressivement de Champagne-Ardenne à Prunay près de Reims (voir ci-dessous) représentent un total de 700.000 tonnes, « et autant en sortent valorisées », souligne Franck Lingenheld. Le président fixe un cap symbolique : « atteindre le million de tonnes dans les trois ans ». De quoi marquer l’entrée dans un siècle nouveau de l’entreprise qui fêtera ses 100 ans de saga familiale fin juin prochain.

 

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Le pôle environnement, qui représente 15 % du chiffre d'affaires du groupe, inclut la méthanisation de déchets biodégradables grâce à l'installation dénommée "Methamusau" sur la plateforme proche de Strasbourg. © Groupe Lingenheld

 

Le troisième pilier à l’ouest du Grand Est

La montée en puissance du pôle environnement va pouvoir s’appuyer sur un « troisième pied » : près de Reims, à Prunay, la plus récente des plateformes, résultant du rachat d’un opérateur local de travaux publics, monte en régime. « Nous nous installons sur la frange ouest de la région Grand Est dont nous complétons ainsi le maillage, après l’Alsace et la Lorraine », décrit Auriane Lingenheld, la fille de Franck qui a pris la direction de l’entité dédiée Lingenheld Environnement Champagne.

A Prunay, l’activité se concentre pour l’heure sur la diversification la plus « naturelle » à partir des travaux publics : le concassage des gravats de démolition, prévu à hauteur de 50 000 tonnes en 2025 grâce à des marchés auprès des puissants bailleurs sociaux locaux qui opèrent la déconstruction à tout va de logements HLM dans les environs. Elle se complète, depuis quelques semaines, de la dépollution de sols, selon une capacité de 40 000 tonnes de traitement de déchets non-dangereux et dangereux.

(*) dont 44 % dans les travaux publics, 24 % dans l’aménagement et la promotion immobilière, 17 % dans les travaux spéciaux et 15 % dans l’environnement.

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