Le groupe français d'environnement tire pleinement parti des 70 millions d’euros qu'il a consacrés à la modernisation de l’usine d’incinération des déchets ménagers de Rambervillers (Vosges). L’énergie produite par cette installation inaugurée le 2 décembre est valorisée à près de 80% sous forme de chaleur et d’électricité.
Meilleures performances énergétiques, réduction du volume de déchets traités et abaissement du niveau de taxation. L’usine d’incinération dernier cri, inaugurée le 2 décembre dernier à Rambervillers (Vosges) par le groupe Suez et le syndicat mixte de traitement des déchets Evodia, coche de nombreuses cases. Plus de 70 millions d’€ ont été investis dans la transformation du site existant – le dernier incinérateur d'ordures ménagères du département – en une unité de valorisation énergétique (UVE).
Le changement n’est pas que sémantique. En effet, l'installation construite et gérée par le groupe français pour le compte d’Evodia produit de l’électricité, mais aussi de la chaleur à partir des déchets des poubelles des foyers vosgiens. Les électrons réinjectés dans le réseau électrique couvrent l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville de 60.000 habitants, soit une production de 47 gigawattheures.
La vapeur alimente un réseau urbain de 6 kilomètres construit et exploité depuis 2020 par Engie-Cofely en vue d’approvisionner 19 équipements publics de Rambervillers (7 gigawattheures par an). Cette liaison, qui a mobilisé 3,6 millions d’€ d’investissement, pourrait être prolongée, en réponse aux nouveaux enjeux de transition écologique.
Sylvain Riou, directeur des UVE du Grand Est de Suez, insiste sur le bond en avant réalisé dans le rendement énergétique à Rambervillers. Alors qu’auparavant, 54% de l’énergie produite par l’incinération des déchets était valorisée, ce taux grimpe désormais à 79%. Afin de coller aux évolutions de la production de déchets, la capacité d'incinération a également été abaissée de 10%, à 86.000 tonnes par an.

« La production de déchets ultimes, non recyclables, baisse de manière continue depuis dix ans en France en général et dans notre territoire. Elle a conduit à fermer quatre des cinq incinérateurs vosgiens. Cette nouvelle UVE est un outil en phase avec notre stratégie d’économie circulaire et de lutte contre le gaspillage », déclare Annick Laurent, directrice d’Evodia.
Ces derniers mois, cette tendance avait toutefois atteint un palier. « Avec une production annuelle de 95.000 tonnes d’ordures ménagères résiduelles, Evodia était contraint d’envoyer 10.000 tonnes par an dans les UVE des départements voisins. Depuis cet automne, avec l’inflation et la hausse des prix des énergies, les ménages consomment moins, du coup, nous pouvons saturer l’équipement de Rambervillers sans avoir besoin d’exporter nos déchets », poursuit la directrice générale du syndicat mixte.
Abaissement du niveau de taxe

Reconfigurer l’usine d’incinération a nécessité trois ans de travaux, ce qui a déclenché en son temps le deuxième plus important chantier des Vosges après le Nouvel hôpital d’Epinal. Cette renaissance a valu à l’UVE le nom de « Feniix », une allusion au fameux phénix qui renaît de ses cendres... ou plutôt, dans le cas présent, de ses mâchefers, le résidu des procédés d’incinération.
Alors que les deux plus anciennes lignes ont été déconstruites, Evodia a conservé la troisième, la plus récente à avoir été mis en service, en 2002. Celle-ci a fonctionné pendant toute la durée des travaux avant d’être arrêtée. Suez la maintient toutefois en sommeil, au cas où des tensions sur les capacités d’incinération survenaient dans le Grand Est.
Enfin, le choix de valoriser énergétiquement les ordures ménagères résiduelles plutôt que de les enfouir, conjugué à celui de se doter d’une UVE à haute performance, permet à Evodia de bénéficier du plus bas taux de TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) prévu par la réglementation, soit 11 € par tonne. De même, les recettes de la production d’électricité sont venues minorer le coût de traitement. « Avec Feniix, le tarif facturé aux collectivités en 2022 a été identique à celui de 2014 », se félicite Annick Laurent.
Evodia (Etablissement vosgien d'optimisation des déchets par l'innovation et l'action), traite depuis 1992 les déchets de 10 collectivités territoriales adhérentes. Ce syndicat mixte, au budget annuel de 30 millions d’€, insiste sur la valeur économique que représentent les ordures ménagères, et sur sa volonté de la réinjecter sur le territoire. Sur 10 € dépensés, 9 € le sont auprès de l'économie locale, insiste-t-il. Des partenariats noués avec les industriels à proximité, il résulte que 70% des déchets recyclables produits par les Vosgiens sont valorisés dans le département ou à sa proximité : chez O-I Manufacturing (verre), Norske Skog (papiers/cartons), Lucart (briques alimentaires), Wellmann (plastiques, en Meuse), Egger (panneaux bois) et Vosges TLC (textiles).




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