Cette semaine s'achève la phase de concertation publique sur le projet de la soudière de Solvay, à Dombasle-sur-Meurthe, près de Nancy, qui veut remplacer ses chaudières à charbon par une chaufferie aux combustibles solides de récupération. Le chimiste prévoit d'investir 180 millions d’€ dans le procédé, avec le spécialiste du traitement des déchets, Veolia, qui les fabriquera.


La transition énergétique du site Solvay de Dombasle-sur-Meurthe, au sud de Nancy, se cristallise autour d’un projet ambitieux. Le chimiste belge s’apprête à investir 180 millions d’€ en partenariat avec le groupe Veolia (et sans doute d'autres partenaires) en vue de substituer ses trois chaudières à charbon qui alimentent les process de son usine, par des « combustibles solides de récupération » (CSR).  La phase de concertation publique engagée préalablement au dépôt des demandes d’autorisation, se clôture le 13 février.
Fondée en 1873, la soudière avait trouvé dans le sous-sol lorrain les trois ingrédients indispensables à sa production de carbonate et bicarbonate de sodium : le sel, le calcaire et le charbon. Or cette dernière ressource, aujourd’hui importée, a fini par grever la rentabilité du site et des interrogations se posaient sur l’avenir de ses 550 emplois directs dont 320 salariés de Solvay. « La progression de la taxation carbone attendue à l’horizon 2021 impliquait d’engager la transition énergétique du site, si nous souhaitions maintenir notre compétitivité », analyse Nicolas Dugenetay, directeur de l'unité Solvay de Dombasle. La solution retenue, les combustibles solides de récupération (CSR), devrait permettre de diviser par deux les émissions de CO2 de l’usine.

 

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De quoi s’agit-il concrètement ? Les CSR proviennent de la fraction non recyclable des déchets industriels non-dangereux et, dans une moindre mesure, des ordures ménagères. Cette fraction composée de déchets de papier, cartons et plastiques considérés comme non recyclables est principalement enfouie en centres de stockage. Veolia va extraire de ces « refus de tri », la partie combustible afin de la valoriser sous forme de CSR. Cette ressource à haut pouvoir calorifique n’est pas complètement inconnue. Elle est utilisée depuis une dizaine d’années comme combustible dans des cimenteries. Il y a quatre ans, leur valorisation dans des unités de production d’énergie a été rendue possible en France.

Démarrage des travaux en 2021

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Les CSR proviennent de la fraction non recyclable des déchets industriels non dangereux et des ordures ménagères. Veolia a équipé son centre de tri de Ludres (Meurthe-et-Moselle) il y a dix ans pour les fabriquer. © Philippe Bohlinger

Le site Solvay de Dombasle-sur-Meurthe consommera une quantité colossale de ces fameux CSR ; 350.000 tonnes par an. Dans le plan d’approvisionnement déposé à l’Ademe, Veolia prévoit d’aller puiser cette ressource dans les centres de tri du Grand Est, mais aussi des régions limitrophes, la Bourgogne-Franche-Comté et l’Ile-de-France.
« Dans le Grand Est, le plan régional de prévention et de gestion des déchets planifie de réduire de 480.000 tonnes la quantité de déchets déposés en centres de stockage à l’horizon 2025. En Bourgogne-Franche-Comté, l’objectif s’élève à 275.000 tonnes. Afin d’atteindre ces tonnages, le degré de valorisation matière des déchets devra donc mécaniquement augmenter. Le gisement de CSR suivra cette tendance », calcule Jérôme Auffret, directeur des projets énergies, recyclage et valorisation des déchets chez Veolia.

 

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Solvay ne s’aventure pas en terre inconnue. Le chimiste qui emploie 3.740 collaborateurs sur 13 sites industriels, utilise déjà cette énergie de substitution sur son site de Bernburg (Allemagne). Selon Véolia, 8 millions de tonnes de CSR seraient utilisées outre-Rhin comme combustible, alors que la France n’en consommerait que 300.000 tonnes par an.
Le projet seraporté par la société ad hoc Dombasle Energie en cours de création et détenue à parts égales par Solvay et Veolia. La  chaufferie de 181 mégawatts de puissance thermique alimentera les procédés de l’usine en vapeur. Son couplage à un alternateur de 17,5 mégawatts fournira également de l’électricité au site.
Sur le plan du calendrier, la demande d’autorisation d’exploiter devrait être déposée en mars, en prévision d’un démarrage des travaux en mai 2021 et d’une mise en service fin 2022.

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