L’entreprise de 400 salariés commune aux groupes chimiques BASF et Invista passe le cap de ses 50 ans. Ses produits intermédiaires pour la fabrication du polyamide à l’origine du Nylon sont les seuls à sortir d’une usine située en Europe. Sa priorité va à la consolidation de ses positions sur le Vieux Continent face à la concurrence asiatique en particulier.
Une vaillante quinquagénaire a été célébrée début octobre : Butachimie. Elle en impose dans le paysage avec ses colonnes qui se dressent au loin depuis Chalampé (Haut-Rhin) où sa construction a débuté en avril 1974. Des installations considérables, étendues sur les 125 hectares de la plateforme commune aux industries chimiques près du port de Mulhouse-Ottmarsheim. Leurs dimension et physionomie interrogent voire inquiètent parfois, d’autant plus que la discrétion a toujours été une marque de fabrique de cette entreprise chimique ayant changé plusieurs fois d’actionnaires (voir ci-dessous) pour se partager aujourd’hui entre BASF et l’Américain Invista.
Elle a levé le voile à l’occasion de son anniversaire, s’ouvrant à des visiteurs qui ont été plus de 600 à en franchir les grilles durant une semaine de célébration, entrecoupée d’une soirée festive avec les acteurs instutionnels, élus et industriels.
Employant 400 salariés (soit 2/3 de techniciens et agents de maîtrise et le solde réparti à parité entre ingénieurs-cadres et ouvriers-employés), le site entend défendre avec autorité son statut de leader du marché européen de deux produits intermédiaires du Nylon. L’ADN (adiponitrile) fat partie de…la sienne puisque cette production est celle d’origine, ses premières gouttes étant sorties en novembre 1977. L’HMD (héxaméthylènediamine) s’est ajouté au début des années 1990.
Les capacités ont augmenté principalement à l’occasion du dégoulouttage majeur du tournant des années 1990 et 2000. Les investissements suivants ont modernisé les installations, dont le projet « Atlas » de 2017 d’un montant de 250 millions d’euros. Et celui en cours de 300 millions d'euros va augmenter la production d'HMD.
Les volumes produits à Chalampé, soit 535.000 tonnes /an pour l’ADN, représentent 30 % du total mondial de ce composé, et l’intégralité des capacités européennes : Butachimie en constitue le seul producteur sur le Vieux Continent, idem pour l’HMD. Ce qui ne l’empêche pas d’être défié par des concurrents lointains, asiatiques et chinois en particulier, qui n’hésitent pas à créer des surcapacités et à proposer des produits finis parmi ceux que le site de Chalampé contribue, quant à lui, à élaborer en amont. « Notre stratégie consiste à nous focaliser sur le marché européen pour y conserver notre leadership, en dépit de la rude compétition sur les prix qui nous est imposée de la part de tels concurrents », expose Kristof Mahieu, le directeur de la société.
L’ADN et l’HMD de Chalampé permettent la fabrication du « 6.6 », le polyamide qui aboutit ensuite à la commercialisation des produits en « Nylon ». Les applications, dès lors, sont multiples : les textiles techniques, débouché d’origine, ont été rejoints par l’électronique, les articles de sports et loisirs, le matériel de santé, ou encore les vêtements.
Du véhicule au vêtement, de nombreuses applications

Ainsi le « sel » Nylon 6.6 se retrouve dans les chaussures et collants, les fixations de ski, les skateboards, les toiles, sans oublier les poils de brosse à dent qui l’ont vu naître et prospéré… Il se glisse aussi dans les voitures : airbags, moteurs, capots, ceintures de sécurité ou cordons de pneus intègrent ainsi un « bout » de Butachimie. L’industrie automobile forme aujourd’hui le socle de clientèle du chimiste alsacien, au titre notamment des propriétés insonorisantes du Nylon 6.6 et de sa légèreté, avec « une masse volumique sept fois inférieure à l’acier et deux fois moindre que l’aluminium », souligne l’entreprise. « Nos destinées se retrouvent aussi bien dans les véhicules électriques que dans les thermiques. L’électrification du parc ne devrait pas créer d’impact sur notre activité », analyse Kristof Mahieu.
Dans le contexte disputé de marché où il évolue, Butachimie fait valoir la qualité de sa production, estimant atteindre un niveau technologique sans équivalent par ailleurs. Autre atout mis en exergue : la réduction de l'impact environnemental, au moyen des investissements récents. « Nous avons diminué nos émissions de C02 de 20 % sur les cinq dernières années et nous émettons 60 % de gaz à effet de serre de moins que nos compétiteurs », souligne Kristof Mahieu. Les derniers investissements, dont Atlas, permettent de produire la même quantité avec 15 à 20 % de matière première en moins.
Un acteur de la Zibac

Cette dynamique se poursuit notamment de façon collective. D’abord au sein de la plateforme chimique de Chalampé partagée avec Alsachimie, client sur place de Butachimie qui vient fabriquer un intermédiaire supplémentaire du polyamide 6.6, Linde son fournisseur en gaz. S'ajoute depuis quelques mois l'Allemand B+T spécialiste du traitement de déchets qui transforme les volumes de matières diverses (bois, plastiques…) difficilement recyclables en les combustibles solides de récupération (CSR) alimentant en partie les producteurs chimiques de Chalampé en vapeur alternative au gaz fossile.
Les actions se mènent désormais au sein de l’association « COB Trente. » Elargie au producteur d’engrais limitrophe LAT Nitrogen (ex-Borealis), au transporteur GRTgaz et à la communauté d’agglomération Mulhouse Alsace Agglomération, cette structure nommée en référence aux initiales des trois communes d'implantation des industriels, Chalampé-Ottmarsheim-Bantzenheim, forme le support de captation des financements pour les projets inscrits dans la démarche collective locale, labellisée par l’Ademe, de Zone industrielle bas carbone (Zibac).
Pour Butachimie, l’enjeu consiste à recourir à l'hydrogène vert comme source d'énergie - pour le process, le gaz naturel semble irremplaçable, aux côtés de l'ammoniac - et de s’inscrire dans le projet d’alimenter la population de Mulhouse et ses environs grâce à un réseau de chaleur partant de ses calories excédentaires (chaleur fatale) et celle de ses voisins. L’investissement en est évalué à quelque 150 millions d’euros, l’éloignement des sources, sites Seveso II seuil haut, par rapport à l’urbanisation requérant de tirer des conduites sur un trajet de quelque 20 à 30 km, et de 50 km en comptant les ramifications.
Butachimie s’inscrit dans un temps long. L’accord qui régit les liens entre ses actuels actionnaires a été conclu en 2014 pour une durée de 99 ans. Et d’ici là, l’entreprise compte bien fêter avec fierté son centenaire. Elle a invité les convives de son demi-siècle à poser des objets caractérisiques de 2024 dans une grande capsule. Scellé dans les murs de l'usine, elle est vouée à être exhumée en 2074 par leurs descendants.
23 avril 1974 : création de Butachimie par la signature d’un accord entre les groupes chimiques Rhône-Poulenc (devenu Rhodia en 1998) et DuPont de Nemours
Novembre 1977 : Début de la production d’adiponitrile
1992 : Début de la production d’héxaméthylènediamine
1999 : Augmentation de capacité
2014 : L’entreprise devient une joint-venture entre Solvay et Invista
2017 : Projet Atlas de modernisation pour 250 millions d’euros
2020 : Rachat de la division concernée de Solvay par BASF, Butachimie devient propriété commune de BASF et Invista.

















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