GRTgaz entérine la création d’un réseau de transport d’hydrogène sur près de 100 km entre de futurs sites de production en Moselle et les aciéries du Land de Sarre, en Allemagne. Le projet baptisé mosaHYc est conforté par l’annonce, le 11 décembre, d’une enveloppe d’aides de 2,6 milliards d’€ pour décarboner la production du sidérurgiste Stahl Holding Saar. Le projet homologue en Alsace se situe à un stade moins avancé, mais il vient aussi d'engranger des motifs de progression vers sa concrétisation dans quelques années.


Les planètes sont alignées ou plutôt les canalisations, dans le cas présent. GRTgaz a officialisé, dans le courant de la semaine dernière, la création d’un réseau de transport d’hydrogène sur 91 km entre la Moselle et le Land de Sarre, en Allemagne. En gestation depuis 2019, ce projet de 100 millions d’€ d’investissement est porté par le gestionnaire du réseau français de gaz et son homologue Creos Deutschland.

La future infrastructure baptisée mosaHYc (Moselle Sarre Hydrogène Conversion), sera composée pour environ un tiers de nouvelles conduites et pour le reste d’existantes au gaz qui seront converties au transport d’H2. Elle permettra d’alimenter, à l’horizon 2027, la sidérurgie sarroise à partir de l’hydrogène synthétisé sur la plateforme de Carling-Saint-Avold, en Moselle.

 

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La décision de GRTgaz prolonge celle du 11 décembre dernier de l'Etat allemand, Son ministre de l'Economie, Robert Habeck, a en effet annoncé débloquer une aide exceptionnelle de 2,6 milliards d’€ de soutien au plan de décarbonation des aciéries de Stahl Holding Saar (*). Le groupe SHS prévoit en effet d’investir 3,5 milliards d’€ sur ses sites sarrois de Dillingen et Völklingen afin de réduire de 55% leurs émissions de CO2 d’ici à 2030. Dans ce but, il va substituer l’hydrogène au charbon adans ses hauts-fourneaux en l'associant au gaz naturel qui apportera la dose indispensable de carbone, tout en investissant en parallèle dans des fours électriques.

« mosaHYc attendait son premier client majeur pour se mettre en place. C’est chose faite avec la sidérurgie sarroise », se réjouit Vincent Rousseau, délégué territorial Nord-Est de GRTgaz.

 

Un milliard d'€ prêts à être engagés à Carling-Saint-Avold

MosaHYC © GRTgaz Sylvie Antonini
Les conduites d'hydrogène, destinées dans un premier temps à la sidérurgie sarroise, partiront des centrales de Carling-Saint-Avold,
situées à l'est de la Moselle.  © GRTgaz


Si les subventions de l’Etat fédéral allemand restent soumises au feu vert de Bruxelles, les énergéticiens s’organisent déjà, côté français, pour répondre aux besoins. Près d’un milliard d’€ d’investissement est planifié à Carling-Saint-Avold en vue de produire les premiers mètres cubes d’hydrogène à l’horizon 2028.

Verso Energy a annoncé, cet automne, injecter 450 millions d’€ dans la production de ce gaz en mode renouvelable. La société cofondée par l’ex-patron de Direct Energie, Xavier Caïtucoli, prévoit d’installer ses électrolyseurs à 500 mètres de ceux planifiés par GazelEnergie, l’exploitant de la centrale pour l'instant encore au charbon de Saint-Avold. L’énergéticien, filiale du tchèque EPH, l'une des sociétés de l'homme d'affaires Daniel Kretinsky, prévoit d’investir pour sa part 480 millions d’€.

 

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MosaHYc est le projet d’infrastructures de transport d’hydrogène le plus avancé en France. Il doit lancer le déploiement d'un réseau national, représentant un total de 500 km, tel qu'évoqué par la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, le 5 décembre dernier, lors de la présentation des contours de la nouvelle stratégie hydrogène gouvernementale.

Ce futur schéma comprend un second projet dans le Grand Est, RHYn (Rhine HYdrogen Network),  liaison de 100 km environ également, qui doit partir de la zone industrielle de Chalampé-Ottmarsheim, dans le Haut-Rhin, pour remonter le long de la rive du Rhin jusqu’à Marckolsheim, au centre de l’Alsace. Porté conjointement par GRTgaz et les énergéticiens allemands Badenova (distributeur) et Terranets BW (transporteur), il prévoit de traverser le Rhin à hauteur de Fessenheim. Il pourrait également se connecter avec la Suisse en partenariat avec l'énergéticien local IWB (Industrielle Werke Basel).

 

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Les installatiions de Carling-Saint-Avold sont en pleine transformation pour sortir des énergies fossiles. ©GazelEnergie


GRTgaz avait commencé par lancer un appel à manifestation d'intérêt pour sonder l'intérêt des acteurs économiques, avant de s'engager dans des études de faisabilité plus approfondies. A son échéance survenue le 17 novembre, les conclusions sont positives. « Nous avons reçu 23 réponses, aussi bien de producteurs que d'utilisateurs potentiels, ce qui nous conforte dans l'ntention d'aller plus loin en direction de la concrétisation de RHYn », décalre Vincent Rousseau.

Le gestionnaire du réseau compte donc lancer l'étude suivante, et solliciter la contribution financière des structures ayant montré leur intérêt. Leur identité n'est pas dévoilée, mais les piliers de la zone d'Ottmarsheim-Chalampé (Alsachimie, Butachimie, BASF, LAT Nitrogen l'ex-Borealis-Pec Rhin...) en font très certainement partie, de même que l'EuroAirport Bâle-Mulhouse ne cache pas rechercher toute solution pour réussir son plan de neutralité carbone dès la fin de cette décennie.

De façon plus large, les programmes RHYn et mosaHYc se situent le long du corridor européen de l'hydrogène H2Med qui souhaite se constituer dans les prochaines années pour relier le Portugal, l'Espagne, la France et l'Allemagne avec, côté français, entre autres, BarMar (Barcelone-Marseille), Hy-Fen et H2Hercules South.

Ces projets bénéficient d’un appui supplémentaire, celui de la Commission européenne. Celle-ci les a inclus dans la liste des projets énergétiques d'intérêt commun (PIC) qu’elle envisage de financer et qu'elle a soumis, le 28 novembre, au Parlement et au Conseil de l'Union européenne décisionnaire.

 

 (*) Le groupe SHS est notamment connu, de ce côté-ci du Rhin, pour avoir racheté l’aciérie Ascoval dans le Nord et le laminoir à rails de Hayange, en Moselle, rebaptisé Saarstahl Rail.

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