ÉNERGIE/BAS-RHIN. Le groupe familial de travaux publics basé en Moselle et dans le Bas-Rhin met prochainement en service deux méthaniseurs qui recyclent en gaz, déchets verts, résidus de cultures et de l'industrie agro-alimentaire.
Lingelheld a choisi la voie sèche, une technologie nouvelle, minoritaire par rapport à la voie liquide où il y peu de concurrents.

 

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L'installation de méthanisation en cours d'achèvement aux abords du zoo de Thoiry, dans la région parisienne. © Lingenheld.

 

Tandis que les animaux s'éveillent au zoo de Thoiry (Yvelines), une étrange installation faite d'une grosse cuve et de bâtiments en forme d'entrepôts surgit dans la brume du petit matin. C'est Methavos 2, le second méthaniseur de Lingenheld.


Le groupe familial de travaux publics basé à Dabo (Moselle) et Oberschaeffolsheim (Bas-Rhin) livrera ce printemps cette unité qui transformera en biogaz des déchets verts et les fumiers des animaux du zoo de la région parisienne, à raison de près de 11.000 tonnes par an.

 

Une centaine de kilomètres plus au sud, à Marboué (Eure-et-Loir), une autre construction s'achève, bientôt prête à traiter 25.000 tonnes par an : des déchets verts à nouveau, auxquels s'ajoutent les résidus d'une usine voisine de steak hachés et de la paille de blé, abondante dans cette région de la Beauce.


Le process est bien calé. Les déchets collectés, les “intrants”, passent par un broyeur et un mélangeur pour rejoindre une première zone de traitement, le digesteur. Là, ils séjournent à 55 degrés. En sortie, ils sont séparés entre les déchets liquides pressés qui deviendront de l'engrais riche en azote, et les solides qui remontent à 75 °C au contact de l'air.

 

La partie haute du digesteur produit le biogaz, en majorité du méthane. Celui-ci subit une épuration et une odorisation, de façon à répondre aux exigences de sécurité pour s'injecter dans le réseau de gaz naturel. Le biogaz peut aussi produire électricité et chaleur après combustion.

 

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Cette méthanisation-là est dite à “voie sèche”, conçue pour bien s'adapter aux déchets solides (déchets verts, résidus de cultures et de l'industrie agro-alimentaire...), moins pour les déchets liquides comme les lisiers, qu'elle traite toutefois. C'est celle qu'a choisie Lingenheld, bien qu'elle soit minoritaire aujourd'hui par rapport à la voie liquide.


Inconvénients : la prudence du marché face à une technologie nouvelle dont il faut « essuyer les plâtres » et un coût renchéri pour assurer l'étanchéité entre déchets liquides et solides. Avantage : il y a peu de concurrents, donc plus de possibilité de se faire sa place. Est-elle source de nuisances olfactives ?

 

Non, assure l'entreprise. « Nous installons des systèmes d'aspirations d'odeurs lorsque la réglementation locale le prescrit, mais techniquement nous n'en aurions pas besoin », indique Laurent Thirion, directeur environnement de Lingenheld.


Technologie suédoise rachetée par Lingenheld

 

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L'équipe en charge de la méthanisation chez Lingenheld ; à droite, le président Franck Lingenheld. © Traces Ecrites.

 

Le process de Méthavos repose sur l'agitation multizone dans le sens vertical des déchets. « Celle-ci stimule l'activité des bactéries et augmente ainsi la production de biogaz, donc in fine le rendement énergétique », souligne Laurent Thirion.

 

La technologie est brevetée et vient de Scandinavie : elle a été développée par une petite société suédoise, SpiralTrans, rachetée par Lingenheld et le Sydeme, le syndicat des déchets ménagers de Moselle-Est qui montait la filière de méthanisation pour la construction de son usine de Sarreguemines (Moselle). Lingenheld et le Sydeme se sont unis pour ce projet en créant la société Methavos.


Après Thoiry et Marboué, deux autres méthaniseurs doivent entrer en service l'an prochain à Fécamp (Seine-Maritime) et à Oberschaeffolsheim (Bas-Rhin). « Nous comptons poursuivre le déploiement, sans se précipiter, pour des unités de 15.000 à 40.000 tonnes », indique Franck Lingenheld, président du groupe. Les déchets verts en sont le dénominateur commun, ensuite « la composition varie en fonction des ressources disponibles à tel ou tel endroit », précise-t-il.

 

L'investissement unitaire oscille entre 5 et 10 millions d’€. Methavos est constructeur, l'exploitation revient à une collectivité (le Sydeme à Sarreguemines), une société locale (Thoiry Bioénergies) ou à un spécialiste national, comme Vol-V à Marboué.


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Le lien entre travaux publics et méthanisation ne saute pas forcément aux yeux. Il résulte des successions de diversifications de Lingenheld dans l'environnement, depuis plus de vingt ans. « De proche en proche, nous avons investi le recyclage des déchets du BTP, la valorisation en sous-couches routières des mâchefers des usines d'incinération, la dépollution de sols, le compostage des déchets verts », rappelle Franck Lingenheld.

 

La division environnement emploie 60 personnes, elle est devenue la seconde plus importante du groupe alsacien en chiffre d'affaires avec 23 millions d’€, sur un total de 135 millions (pour 500 salariés). Celui-ci reste dominé par les travaux publics (70 millions d’€). Lingenheld compte aussi une branche aménagement-promotion et une autre de travaux spéciaux qui regroupe démolition, désamiantage et fondations spéciales.

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