Une vaste étude conduit par Creativ’ pour le cluster santé BFCare révèle une filière santé bien implantée en Bourgogne-Franche-Comté et organisée autour d’un duopole Besançon et Dijon, qui en concentre la substantifique moelle. Mais, en dépit de forts besoins en recrutement, celle-ci manque de visibilité et d’attractivité notamment du fait de la concurrence des bassins lyonnais et suisse.
Les quelques 233 entreprises identifiées comme relevant du secteur de la santé de Bourgogne-Franche-Comté vont recruter entre 1.000 à 1.500 personnes dans les trois prochaines années. Cette estimation figure au rang des nombreux enseignements d’une vaste étude conduite à l’échelle de la région par l’agence Creativ’, à la demande du cluster santé BFCare. Réalisée durant l’année 2023, cette étude de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences Territoriales (GPECT) réactualise des données collectées une première fois en 2017, pour la seule Bourgogne. 20 % des entreprises ont répondu à l’étude, puis, pour certaines d’entre elles, à des entretiens individuels approfondis.
de sa nouvelle filiale en Allemagne. © Arnaud Morel
Le portrait se veut donc aussi précis que possible pour une filière qui n'est pas si aisée à circonscrire. Diverse, elle cumule plus de 150 métiers, répartis dans trois grands ensembles : les technologies médicales (dispositifs médicaux et e-santé), qui regroupent 64 % des entreprises régionales, la chimie fine (pharmacie et cosmétique, 16,5 %), et le secteur des services de bio-production (essais cliniques, recherche et développement… 13 %).
Géographiquement, les deux principaux centres urbains attirent l’essentiel de l’activité : 37 % des entreprises sont situées dans le Doubs, essentiellement à Besançon, et 33 % en Côte-d’Or, autour de Dijon. Près de 6 établissements du secteur de la santé sur 10 sont des PME, les ETI ne représentant que 15 %. En matière de poids économique, 21 % des entreprises réalisent un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’€.
La filière vit plutôt bien, avec un chiffre d’affaires en croissance. En 2022, l’Agence Économique Régionale l’estimait à 2 milliards d’€ pour un effectif qu'elle avait mesuré l'année précédent à 10.000 emplois. La volonté de réindustrialisation post-Covid a permis d’initier d’importants projets de développement, appuyés, notamment, par le programme d’investissement France 2030.
C’est le cas de prestataire Adhex Pharma qui va rapatrier, d’ici à 2026, une unité de production allemande à son siège, Dijon, ou de Cisteo Médical (Besançon), qui développe et fabrique des dispositifs médicaux sous contrat et d'Imasonic le fabricant à Voray-sur-l'Ognon (Haute-Saône) de transducteurs à ultrasons. Tous trois portent des projets d’extensions de leurs locaux pour 2024.
La filière compte plusieurs locomotives, présentes à l’international et leaders sur leurs marchés, comme les Bisontins Pixee Médical dans les solutions de navigation chirurgicale assistée et Sophysa, troisième plus important concepteur mondial d’implants pour la neurochirurgie, ainsi que les Côte-d'Oriens Proteor dans l'élaboration de prothèses externes et Urgo, le groupe spécialiste des adhésifs médicaux qui innove avec son projet de peau artificielle Genesis.
dans les prises en charge de pathologies. © Pixee Medical
Pourtant, malgré un tableau globalement favorable, le secteur de la santé peine à satisfaire ses besoins d'embauche. « Très rapidement dans les échanges avec les entreprises, le sujet du recrutement de nouveaux collaborateurs a été évoqué et mis en avant comme un enjeu prioritaire », remarque Mario Horvat, l’auteur de l’étude pour Creativ’. La problématique est nationale : 78 % des entreprises de la santé déclaraient, en 2022, rencontrer des difficultés à trouver leurs nouveaux collaborateurs.
En Bourgogne-Franche-Comté, la situation est encore complexifiée par une démographie déclinante, la concurrence des grands bassins d’activité de Lyon et de la Suisse, ainsi que par un certain déficit en structures d’accompagnement et de formation. Les métiers de la production concentrent l’essentiel des tensions. « Malgré les efforts de nos partenaires comme l’AFPA ou l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallugie), il n’y a clairement pas d’adéquation entre nos besoins en emplois de production et les capacités de formation », témoigne Quentin Dominati, directeur des ressources humaines de Sophysa. Les difficultés sont telles que l’entreprise bisontine a déployé, pour les pallier, sa propre structure de formation, la Sophysa Académie (voir ci-dessous).
Afin de satisfaire ses besoins en recrutement, à Besançon, Sophysa a lancé, il y a 4 ans, sa « Sophysa Académie. ». « Nous recrutons tous les profils. Venez comme vous êtes, et nous vous formons, c’est notre promesse », résume Quentin Dominati, le directeur des ressources humaines. Se destinant aux personnes cherchant une reconversion, la structure assure une formation initiale de l’ordre d’un mois pour les métiers de la production.
Pour ceux qui sont exercés en environnement de salle blanche, la formation est plus longue, autour de trois mois. « Le bilan est à ce jour très positif, notre taux d’intégration dans l’entreprise s’est considérablement amélioré. Et, alors qu’auparavant nous faisions des tris sur CV, aujourd’hui nous sommes capables, en un mois et à travers des mises en situation pratiques, de savoir si nous allons poursuivre avec un salarié potentiel », relate le DRH.


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