Engagé dans le pari de créer de la peau artificielle destinée aux grands brûlés, le groupe de traitement des plaies en pose les premiers jalons concrets, dans son fief dijonnais où il consacrera un budget de 100 millions d’euros au projet baptisé « Genesis ». Il a inauguré ce 16 décembre le laboratoire qui vient de produire les premières banques de cellules permettant d’avancer dans les essais en direction de l’objectif final : la commercialisation d’une telle peau en 2030.


Annoncé au printemps 2021, le projet « Genesis » d’Urgo de création de peau artificielle devient réalité.
Il s’incarne dans un laboratoire que le groupe, connu avant tout pour le traitement médical des plaies, a inauguré ce 16 décembre sur son site de Chenôve (Côte-d'Or), en présence du ministre de la Santé, François Braun.

L’occasion de cette manifestation a été saisie par la direction d’Urgo pour dévoiler – avec modération – quelques avancées du projet, à savoir « la création d’une banque cellulaire qui viendra, demain, rentrer dans la composition de la peau artificielle », a déclaré Guirec Le Lous, président d’Urgo Médical. Le groupe reste discret sur le procédé permettant d’obtenir cette banque cellulaire, qui doit permettre de mener les essais cliniques sur des patients en 2027 pour envisager une commercialisation en 2030.

C’est donc dans son fief de l’agglomération dijonnaise, où il possède son siège et emploie un millier de salariés (*) sur un effectif total de 3.600 personnes, que le groupe Urgo (chiffre d’affaires de 750 millions d'€ pour cette année 2022) localise ce projet porteur d’une véritable révolution médicale. Genesis est considéré comme un tremplin pouvant « faire de la France le premier pays européen en matière de biothérapie », au plus haut niveau de l’État puisque ces propos émanent d’Emmanuel Macron.

 

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Il bénéficie d’ailleurs d’un soutien public significatif de près de 24 millions d'€ : 22,8 millions de l’État via Bpifrance complétés de 800.000 € apportés par le duo Dijon Métropole - région Bourgogne-Franche-Comté. « Ce laboratoire est le symbole de l’excellence française dans le domaine de la recherche médicale », a appuyé vendredi sur place le ministre François Braun.

Retenu dans le Programme investissements d’avenir, Genesis a été labellisé par le Comité Stratégique de Filière des Industries et Technologies de Santé (CSF ITS) qui accompagne les acteurs de ce secteur dans le but d'accroître sa compétitivité de la France et sa transformation. Il reçoit aussi le soutien du pôle de compétitivité Medicen basé en Ile-de-France.

Pour Urgo, le choix de Dijon pour ce projet s’inscrit dans une continuité, puisque le groupe possède déjà un centre d’expertise en cicatrisation depuis 2000 dans l'agglomération. Il compte localement un effectif de 180 personnes en recherche, qui ont été à l’origine de 110 publications scientifiques. Premier employeur privé de Côte-d’Or, l’entreprise familiale créée en 1882 à Dijon est devenue une ETI d’envergure mondiale dans son domaine, fabricante de 5.000 pansements par heure. Il rappelle fabriquer 84 % de ses produits de cicatrisation à Dijon.

 

Une compétition mondiale pour un marché unique en son genre

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Le projet Genesis soutenu par l'Etat et les collectivités locales commence par la constitution de banques de cellules. © Groupe Urgo


La création de peau artificielle est un enjeu de santé publique.
Aujourd’hui, pour les grands brûlés, seules l’autogreffe ou la transplantation sont pratiquées. Elles consistent à prélever de la peau pour recouvrir la plaie. Or, cette technique extrêmement douloureuse pour le patient représente aussi une dépense publique considérable qui peut atteindre 100.000 € pour le traitement des brûlures les plus graves. Il existe donc, selon Urgo, « un besoin médical non satisfait » auquel il compte bien répondre.

 

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La recherche dans le domaine de la peau artificielle a déjà quelques années d’histoire derrière elles. Les informations publiques révèlent qu’en 2019 le laboratoire I-Stem de l’université d’Evry a réussi à reconstituer un épiderme à partir de cellules souches embryonnaires humaines. La compétition se joue au niveau mondial : le Canada, par exemple, a découvert une méthode de production de la peau en laboratoire déjà testée sur 14 patients au sein du laboratoire d'organogénèse expérimentale (LOEX) de l’université de Laval. Par les différents projets, un gel faciliterait la prolifération des cellules et la peau serait recomposée en trois dimensions.

 

Une équipe d’experts au service de la bio-production 

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Inauguration du laboratoire de thérapie cellulaire d'Urgo le 16 décembre 2022 à Chenôve (Côte-d'Or) par le ministre de la Santé François Braun (à droite) avec à ses côtés Guirec Le Lous, président d'Urgo Médical. © Sabrina Dolidze


L’ampleur du défi scientifique amène Urgo à mobiliser de multiples expertises.
Genesis est en fait porté par un consortium d’acteurs publics et privés, qui associe au groupe dijonnais l'AFM Téléthon, l'université d’Evry, le Laboratoire de biologie tissulaire et d’ingénierie thérapeutique (LBTI, unité mixte de recherche CNRS / Université Claude Bernard Lyon 1), l'Établissement français du sang et Dassault Systèmes. Depuis son démarrage, il a abouti à recruter 11 personnes en CDI à Chenôve sur des emplois hautement qualifiés, portant l’effectif de l’équipe dijonnaise de Genesis à 15 salariés : des pharmaciens, des spécialistes en biotique, des chefs de projets… mais aussi des acheteurs pour gérer les approvisionnements de produits dont les délais sont allongés suite à la guerre en Ukraine. « Nous sommes allés chercher les meilleurs experts en France de la thérapie cellulaire », précise Guirec Le Lous.

 

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Si le nombre de salariés reste relativement modeste - une centaine de personnes sont associées au projet dans le consortium, dont 25 embauches depuis l’an dernier – il devrait augmenter lors de la phase clinique prévue en 2027. Guillaume Olive, le directeur du programme Genesis, confie qu’il peut « s’appuyer sur un double savoir-faire de l’entreprise, à la fois biologique et industriel, dans un groupe qui crée déjà ses propres machines pour produire ses pansements ». Cette synergie représente sans doute un atout fondamental dans la conquête internationale d’un nouveau marché.

(*) centre de recherche de Chenôve, usine de production de pansements médicaux de Chevigny-Saint-Sauveur. Le groupe compte également un site en Côte d'Or pour sa division de produits de santé « Urgo Consumer Healthcare », à Ouges où il investit actuellement 16,7 millions d'€ dans la construction d'un centre de distribution. L'autre unité française de la division Urgo Médical se situe à Veauche (Loire).

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