La jeune entreprise innovante hébergée par Temis Innovation fait entrer la réalité augmentée dans les blocs opératoires de chirurgie orthopédique. Commercialisée avec succès depuis deux ans, sa solution de guidage pour la pose de prothèse de genou s’apprête à conquérir le marché américain. Une troisième levée de fonds devrait permettre à Pixee Medical de passer un nouveau cap cette année.


Décollage réussi pour Pixee Medical, la start-up fondée par Sébastien Henry en 2017 et hébergée depuis 2019 à la Maison des microtechniques - Temis Innovation à Besançon. Lancée en janvier 2021, Knee+, sa solution de guidage pour la pose de prothèse de genou basée sur la navigation en réalité augmentée, a déjà investi les blocs opératoires en Europe, en Australie et dans une partie de l’Asie (Japon et Vietnam). « Nous avons vendu 156 systèmes qui ont été utilisés lors de plus de 3.000 interventions chirurgicales », annonce le dirigeant.

L’intérêt de cette assistance numérique réside dans le fait de garantir un positionnement optimal de la prothèse, évitant le défaut d’alignement entre le fémur et le tibia tel qu'il est constaté dans un quart des opérations.

 

bpbfc

 

Après avoir obtenu en septembre dernier le feu vert de la Food and Drug Administration (FDA) américaine, ce GPS d’un genre particulier, nourri d’intelligence artificielle, s’apprête désormais à conquérir les États-Unis. « Avec 800.000 prothèses du genou posées chaque année, c’est le plus grand marché au monde », indique Sébastien Henry qui annonce la signature toute récente d’un « premier gros contrat de distribution avec un fabricant de prothèses » outre- Atlantique.

 

Un modèle économique axé sur l’usage

pixee sebastien henry
Sébastien Henry, le fondateur de Pixee Medical, présente le kit composé de lunettes connectées et d’instruments chirurgicaux équipés de capteurs : 156 systèmes de ce type ont déjà été vendus en deux ans. © Edwige Prompt


Ce démarrage en trombe repose sur un modèle économique alternatif, axé sur l’usage, et sur un avantage concurrentiel par rapport aux robots de chirurgie orthopédique. Knee+ est présenté comme plus économique et plus simple, tout en présentant des résultats cliniques comparables.

« Notre kit, comprenant une paire de lunettes connectées avec une caméra intégrée et des instruments chirurgicaux équipés de QR-code, est vendu 15.000 €. À cela s’ajoute un jeton d’accès de 300 € par chirurgie. On peut former les utilisateurs à distance, détaille le fondateur de la start-up. En comparaison, un robot coûte 1,5 million d’€ et nécessite l’achat de 600 à 1.000 € de consommables par intervention. De plus, il faut un ingénieur pour le mettre en route. » Le recours au robot concernerait aujourd’hui moins de 5 % des chirurgies de prothèse du genou en Europe et de 15 à 20 % aux États-Unis. 

 

ui investissement

 

Après le genou, l’épaule

Encouragés par ces premiers succès, les ingénieurs bisontins travaillent au développement d’une deuxième génération de produits « encore plus immersive et connectée, conçue pour structurer toutes les données collectées lors d’une intervention ». Ils finalisent également un système adapté, cette fois, à la pose de prothèse de l’épaule : la première chirurgie en réalité augmentée est attendue en cette nouvelle année 2023.

Pour mener à bien cette phase d’expansion, Pixee Medical, qui réalise 2 millions d’€ de chiffre d’affaires, va procéder cette année à une troisième levée de fonds. Objectif affiché : collecter entre 15 et 20 millions d’€. Si elle aboutit, cette opération permettra à la jeune entreprise de renforcer encore ses effectifs, passés de 5 salariés en 2019 à 40 fin 2022.

La start-up, qui envisage une vingtaine d’embauches dans les prochains mois, prévoit aussi de déménager dans des locaux libérés par les services de l’État sur Temis. À quelques mètres de la Maison des microtechniques d’où elle a pris son envol.

 

« Donner des super-pouvoirs aux chirurgiens »

« D’ici 5 à 10 ans, tous les chirurgiens opéreront avec des lunettes connectées » : Sébastien Henry en est convaincu, une révolution numérique est à venir dans les blocs opératoires. Le guidage des interventions chirurgicales par la réalité augmentée représente, dès lors, un « potentiel énorme », selon celui qui avait déjà créé Onefit Medical en 2011 à Besançon.

En commençant par le genou puis l’épaule, avant la hanche et peut-être la colonne vertébrale, Pixee Medical aura déjà fort à faire pour explorer l’ensemble des possibilités offertes par la chirurgie orthopédique. Mais d’autres spécialités, comme la cardiologie, pourraient bénéficier également de cet outil d’assistance qui permet de voir sous la peau et de « donner des super-pouvoirs aux chirurgiens », dixit le dirigeant.

 

Commentez !

Combien font "1 plus 10" ?