La réunion de 250 chercheurs et de 14 millions d’euros de budget illustre l'ampleur qui souhaite être donnée à Harmi, un programme de stimulation et d’exploitation des travaux sur les applications vertueuses des microbes. Le champ, varié, va du médical à l’environnement et à l’alimentation. Transferts de technologies et projets collaboratifs établiront le lien avec le tissu économique régional, dans un but de création et développement d’entreprises. Harmi est présenté comme sans équivalent en France, voire en Europe.
Les microbes sont partout et ils interagissent avec notre environnement sous de multiples formes, de loin pas seulement les nocives pour la santé humaine auxquelles ils sont associés dans la représentation collective. Ce potentiel considérable, la Bourgogne-Franche-Comté ambitionne d’en capter une partie de sorte à devenir une région phare en France et en Europe de sa recherche et de sa traduction en retombées économiques par la création et le développement d’entreprises.
Pas moins de 250 chercheurs implantés dans la région (*) soutenus par une dizaine d’entreprises s’organisent vers un tel but. Ils en reçoivent les moyens, à travers le projet Harmi, pour « HARrnessing MIcrobiomes for sustainable development. » Celui-ci se lance cet automne, pour une durée de dix ans jusqu’en 2034 et un budget de 14 millions d’euros procuré par sa sélection à l’appel à projets national ExcellencES, synonyme d’ouverture aux financements d’Etat du programme France 2030.
Le panel de domaines scientifiques couvert s’étend de l’écologie et la science des sols à l’alimentation et la génétique, en passant bien sûr par la médecine. « La réunion des compétences entre microbiologie, médical, environnement et alimentation donne son caractère exceptionnel à l’initiative », estime Laurent Philippot, le chercheur microbiologiste responsable d’Harmi (**).
La fermentation des aliments pour faciliter leur transformation et conservation, la conversion de l’agrochimie des fertilisants et pesticides d’origine chimique vers des solutions biologiques, la dépollution des sols de leurs métaux lourds et la bioremédiation, le traitement du protoxyde d’azote dans l’objectif de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre forment, aux côtés des recherches en santé contre les pathologies, quelques-unes des applications vers lesquelles les parties prenantes dirigent leurs travaux.
« Le principe général consiste à tirer parti des vertus des microbes pour les corps animaux et humains et les écosystèmes, en « retournant » en quelque sorte leurs effets, par exemple ceux contaminants des aliments de sorte à en faire un vecteur d’amélioration sanitaire », poursuit Laurent Philippot.
Quatre « piliers » fondent Harmi : doper la R&D en « attirant les meilleurs chercheurs » à lui, « développer le lien recherche-formation », stimuler le transfert de technologies – la Satt régionale dédiée Sayens sera mobilisée - par la création et le renforcement de plateformes technologiques, et la diffusion au grand public par le partage de connaissances.
Chaires et projets industriels

Les « ponts solides » qui souhaitent relier à l’industrie commencent à se dessiner. Des programmes s’amorcent avec de tels applicateurs, notamment dans la région. Smaltis, la start’up de microbiologie et biologie moléculaire de Besançon, Socna Sols bureau d’études en géotechnique à Beaune (Côte-d'Or), Serpol (dépollution de sols, traitement de friches) et Nexidia expert dijonnais de la microbiologie en font partie, aux côtés du pôle de compétitivité Vitagora de Bourgogne-Franche-Comté et des poids lourds régionaux Vetoquinol (santé animale) et Eurogerm (fermentation).
En outre, une partie des financements est orientée vers le portage de projets industriels. « Nous cumulerons une série d’appels à projets annuels d’environ 1 million d’euros chacun, pendant une période de cinq à six ans. Le premier, lancé en septembre, soutient ainsi 11 dossiers dont deux industriels, leur sélection devrait être connue en janvier », expose Laurent Philippot. Une autre forme d’interaction consistera en la création de chaires industrielles au sein des universités et établissements partenaires. « Deux sont visées pour 400.000 euros chacune », selon le coordinateur.
Les moyens budgétaires d’Harmi seront par ailleurs déployés pour l’équipement des laboratoires en technologies de pointe, avec le concours d’autres financeurs. Ainsi, cet automne, le site de Dijon de l’Inrae (Institut national de la recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) a pu faire entrer un microscope à balayage à haute résolution d’une valeur de 500.000 euros, cofinancée par le conseil régional.
L’ensemble de ces volets donnent légitimité à la qualification par Laurent Philippot d’Harmi comme un « projet sans équivalent en France et sans doute en Europe. »

(*) Université de Bourgogne, université de Franche-Comté, Institut Agro Dijon, Inrae, CNRS, les deux CHU de Dijon et Besançon, pris isolément ou engageant des laboratoires communs comme Chrono-Environnement (Besançon), Biogéosciences à Dijon, le Centre des sciences du goût et de l’alimentation de Dijon
(**) Laurent Philippot est directeur de recherche Inrae au sein du laboratoire dijonnais Agroécologie commun à cet institut national, à l’Institut AgroDijon et à l’université de Bourgogne.


















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