Après 39 ans d’exercice de sa fonction, presque autant que l’âge du crédit-bailleur immobilier lui-même, Pierre Chavelet transmet la direction générale de Batifranc à Hubert Cusenier, ce 31 octobre. Le profil de la société, tel que façonné depuis plusieurs années, ne change pas : celui d’un « facilitateur » des projets de développement immobilier des entreprises en tout point du territoire régional, doublé désormais d’un investisseur pour la location simple de locaux non résidentiels.


Pour qualifier la date prochaine du 31 octobre, le terme d’« historique » n’est pas galvaudé dans le cas de la structure concernée : ce jour-là, Batifranc changera de directeur général pour la première fois depuis… 39 ans.

Le nom de Pierre Chavelet semblait presque attaché à jamais à celui de la société de financement de l'immobilier d'entreprise en Bourgogne-Franche-Comté, puisqu’il avait pris sa fonction un an à peine après la création de celle-ci. Mais l’heure de la retraite a fini par sonner, et le dirigeant va donc passer la main, à Hubert Cusenier, nommé depuis le 1er septembre directeur général délégué, le temps d’assurer une transition en douceur (*).

Le très long chapitre qui s’achève aura vu Batifranc élargir son terrain de jeu géographique et le cercle de ses actionnaires, conforter son rôle de crédit-bailleur sans exclusive de localisation dans la région au bénéfice des entreprises en cours de développement immobilier, mais aussi s’adjoindre un autre métier, plus proche du secteur privé traditionnel, celui d’investisseur pour la mise en « location simple » de surfaces.

 

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Transmission de relais historique pour la société régionale de crédit-bail immobilier : Pierre Chavelet son directeur général depuis 1984 (à droite) part en retraite et est remplacé par Hubert Cusenier (à gauche) cette fin octobre. © Mathieu Noyer


Né franc-comtois en octobre 1983 (le 40ème anniversaire est l’autre moment fort du mois), au temps désormais bien révolu des Sicomi - les sociétés immobilières pour le commerce et l’industrie - et de leur déclinaison territoriale à l’initiative de collectivité, à l’époque, celle de la région Franche-Comté, Batifranc n’a pas tardé à susciter l’intérêt de voisins : « le département de Saône-et-Loire a souhaité faire appel à nous en 1987, nous avons donné suite mais en élargissant tout de suite à l'ensemble de la Bourgogne », se souvient Pierre Chavelet.

De la sorte, le crédit-bailleur a été précurseur, sans le savoir, de la fusion des régions et du transfert par la loi NOTRe de 2015 de la compétence économique des départements vers les régions et les intercommunalités.

Ainsi, le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté est devenu le premier actionnaire, à 39 % (**) et les secondes commencent à prendre place dans le capital (4 %). Cependant, la société anonyme reste majoritairement détenue par la communauté bancaire, si l’on agrège les banques régionales (principalement la Caisse d'épargne, le Crédit agricole et la Banque populaire) et la Caisse des dépôts qui détiennent au cumul un peu plus de 50 %. Le solde est principalement entre les mains des diverses chambres de commerce et d'industrie (9 %).

Marque d’identité de Batifranc, le crédit-bail immobilier en demeure le pilier. « On peut le résumer par la facilitation à l’entreprise de son projet de développement », décrivent Pierre Chavelet et Hubert Cusenier. L’occupant commence par être locataire, pendant au moins sept ans, puis il reçoit la possibilité, jusqu’à 15 ans, de lever l’option d’une prise en propriété. « Nous considérons qu’il doit rester le pilote du projet, mais il peut nous déléguer les tâches de maîtrise d'ouvrage des travaux, dans l’ampleur qu’il souhaite », ajoutent les dirigeants.

Depuis plus de 15 ans cependant, Batifranc a ajouté un autre pilier : la location simple, en baux classiques 3-6-9 ans. Cette branche d'activité est devenue tout aussi importante. L’an dernier, marqué par le dossier exceptionnel de l’immeuble Pepper à Dijon, cette branche a représenté 12,68 millions d’€ de nouveaux engagements, contre 10,5 millions en crédit-bail immobilier répartis en 11 dossiers.

En « stock », l’activité historique demeure bien plus majoritaire, avec 204.000 m2 en patrimoine contre un peu moins de 43.000 m2 en location simple.

 

Démêler les dossiers complexes

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Exemple d'intervention commune avec les acteurs de l'immobilier d'entreprise de la région, Batifranc a participé à la réalisation de la nouvelle usine de l'équipementier automobile espagnol Grupo Antolin qui vient d'entrer en fonction sur la zone Temis à Besançon (Doubs).
© Grupo Antolin


La location simple « répond bien à la tertiarisation de l’économie », selon Pierre Chavelet. Elle s’est traduite par le développement du concept d’Actiparc à divers endroits de la région, plutôt urbains : « La location simple a clairement vocation à se développer dans un environnement plus métropolitain » reconnaît le directeur général.

Le gros dossier du moment consiste en les 5.000 m2 du bâtiment tertiaire Pepper pour occupants multiples dans le parc d'activités Valmy à Dijon, que Batifranc a achetés à côté de son presque jumeau Spicy développé par le groupe Patriarche, pour livraison au début 2024. Elle a également oeuvré au remplissage de la tour dijonnaise Sigma (ex-Mercure), par la Banque populaire Bourgogne-Franche-Comté.

 

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Mais les palettes peuvent se mixer, pour répondre à la complexité des dossiers et à leur évolution dans le temps au gré des vicissitudes. « Les locaux aujourd’hui occupés par la Manufacture du Lac à Vaivre-et-Montoille (Haute-Saône) ont vu se succéder crédit-bail, location simple… vacance et à nouveau crédit-bail », souligne l’encore directeur général pour quelques semaines. Une menuiserie industrielle, puis des surfaces pour le centre mondial de pièces détachées de PSA (Stellantis aujourd’hui) ont précédé un découpage en petits lots et, désormais, l’occupation des 6.000 m2 par la discrète manufacture du luxe du groupe franc-comtois SIS.

La société régionale n’intervient pas qu’en solo, elle s’allie à des partenaires, privés ou de l’économie mixte, lorsque la taille des projets l’exige, comme le nouveau site du groupe Savoye à Dijon ou les usines Faurecia à Allenjoie et Grupo Antolin à Besançon. Sa présence est toujours bien venue : elle changera de tête mais gardera son profil incontournable.

 

Une filiale pour investir dans le photovoltaïque

Une filiale complète la « petite galaxie » depuis juin dernier : Batifranc Energies Nouvelles. Ce terme générique cache en fait des ambitions plus ciblées vers les installations photovoltaïques.
La nouvelle structure de Batifranc se positionne comme investisseur pour l’achat de telles surfaces sur les toits des entreprises ou des immeubles tertiaires.
Elle va tester ses capacités sur des opérations menées par sa maison-mère dans les prochains mois, avant de viser des clients externes. 

 

(*) Hubert Cusenier, 52 ans, est originaire de Haute-Saône. Après ses études dans diverses écoles de commerce (Dijon, Lyon, Espagne), son parcours professionnel s’est principalement effectué dans le secteur de l’assurance (IARD, incendie-accidents-risques divers) et de la banque en Bourgogne-Franche-Comté. A cette occasion, il a croisé à plusieurs reprises les voies de l’immobilier dans lesquelles ses nouvelles responsabilités chez Batifranc l’engagent : à la Caisse d’épargne pour le financement de la promotion, puis à la Banque populaire dans le property et asset management, la gestion d’actifs non-résidentiels.

(**) le capital social s'élève au total à 35,4 millions d'€ à fin 2022. Les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) actionnaires à cette date sont : Pays de Montbéliard Agglomération, Grand Besançonn Métropole, Dijon Métropole, les communautés d'agglomération de Vesoul et du Grand Dole, les deux communautés de communes Arbois Poline Salins Coeur du Jura et Haut-Jura Saint-Claude. Batifranc compte au total 19 actionnaires.

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