L’épreuve inaugurale d’endurance a été surmontée. Six entreprises de Bourgogne-Franche-Comté porteuses de sept projets ont bouclé, en fin d’après-midi de vendredi 8 décembre, la première édition des « 24 heures de la relocalisation », imaginée par les CCI et leurs partenaires pour créer une dynamique de retour de production industrielle de l'étranger plus ou moins lointain vers la région. Pour des pièces qui ne soient pas le copié-collé des délocalisées.
Le terme de 24 heures n’est pas usurpé pour l’intitulé de cette manifestation, car les entrepreneurs participants à cette édition pionnière ont occupé presque sans interruption les locaux de la CCI du Territoire de Belfort à partir de l’après-midi de jeudi 7 décembre. Ils sont venus se soumettre à une série d’exercices de validation, de confortement, d’approfondissement de leurs intentions de ramener une part de production partie vers un étranger plus ou moins lointain, sur leur site même ou auprès de fournisseurs de proximité.
Ce sextuor était constitué en bonne partie de projets déjà portés à la connaissance du public et devenus des emblèmes d’un retour au made « in » ou au made « for » Bourgogne-Franche-Comté.

au retour des productions électroniques en France. © TCT
Il en va ainsi de MS-Innov à Belfort, la société recentrée sur la mise au point de Morfose, cobot modulaire ambitionnant de damner le pion à des fabrications étrangères. La PME de désormais 34 salariés a présenté deux dossiers. D’une part, le développement de Morfose à l’heure de son entrée en industrialisation (20 exemplaires début 2024, une centaine visée en 2025 pour un chiffre d’affaires qui serait porté à 10 millions d’€). Mais aussi le projet d’un GIE (groupement d’intérêt économique) qui constituerait une filière de robotique français à partir de divers fournisseurs à fédérer. « Nous tirons de la France aujourd’hui, en valeur, 40 % des achats du cobot (sur un total de 90 % d’origine européenne), nous visons de porter cette proportion à au moins 50 % », souligne Julien Morel, président de MS-Innov.
Des alternateurs alternatifs à Belfort
Toujours à Belfort, BH2M avance dans son opérateur de reconquête de souveraineté nationale pour les alternateurs de centrales hydrauliques, partis sous d’autres cieux en bonne partie par le fait de General Electric, dont le personnel de la jeune pousse de bientôt trois ans (une quinzaine de salariés) est issu. « Nous cherchons à identifier des partenaires français, dans notre activité où l’on constate la difficulté à effectuer du sourcing en Europe », a souligné son dirigeant Sébastien Bruna.
Venus de l’autre bout de la région, à Nevers, les représentants d’Eurosit (près de 150 salariés) ont exposé leur volonté de ramener « au plus près de l’usine » de mobilier de bureau (siègs et assises) la production de composants, « principalement située en Europe, Italie et Allemagne ».
Confirmer et préciser les débouchés pour la dernière innovation de son entreprise, telle était la motivation du déplacement d'un autre Nivernais : Ludovic de Ternay, directeur général de TCT (Tores Composants Technologies) à Sauvigny-les-Bois évoluant dans le domaine de l’électronique, grand adepte de la délocalisation. « Il s’agit de capteurs communicants qui fonctionnent sans fils ni piles. Nous entrons dans le process de validation pour l’application en maintenance prédictive », a exposé le dirigeant de la PME de 65 peronnes.
Chez Parco Cycles engagé dans la relocalisation de fabrication de vélos électriques depuis Belfort, ces rencontres dans la cité du Lion coïncident avec une nouvelle étape. « Après les cadres ramenés à domicile (au moyen d'un partenariat avec le groupe terrifortain Citèle, Ndlr), nous travaillons sur les batteries », annonce Jean Mougenot, le dirigeant de la jeune société.
Fonderie de précision sur friche en Haute-Saône
Enfin, Aeris GreenTec en Haute-Saône travaille à devenir un exemple de terrain regagné par la fonderie en France. La société d’aujourd’hui 5 salariés créée par Christian Cudel cible une technologie en particulier : celle de la cire perdue, consistant à former des métaux à partir de moules en céramique. L’adjectif qualificatif adossé à ce procédé décrit bien aussi sa situation en France : il y est inexistant. « On va chercher cette technologie jusqu’au Japon », constate Christian Cudel, qui déplore le contraste entre le déclin de la fonderie en France et sa résistance en Allemagne.
D’où le projet d’une « micro-fonderie » qui émerge sur la friche d’une ancienne, la fonderie Reboud à Plancher-Bas. Il est orienté dans un premier temps vers les moteurs turbo, « mais nous sommes en recherche d’autres diversifications, c’est là le motif de notre participation », précise le président d’Aeris GreenTec.
Qu’ont alors fait pendant des heures et heures ces dirigeants ? Ils ont suivi le parcours « ITACC 4.0 » du collectif Relocalisations.fr. A l’origine de ce « Hackathon » régional, celui-ci se fonde sur ce postulat rappelé par l’une de ses coordinatrices Carine Guillaud : « Il est très difficile de relocaliser un produit dans l’état exact où il a été délocalisé, il faut apporter quelque chose en plus. »
Dès lors, les groupes de travail projet par projet ont successivement planché sur « comprendre le produit concurrent, identifier mon adversaire », la décomposition/recomposition des chaînes d’approvisionnement, « l’oubli » temporaire des caractéristiques techniques pour « le penser sous l’angle des usages et des services associés », de nombreuses analyses technologiques, et enfin, sur la (re)définition du modèle économique.
Ces travaux se sont nourris des riches analyses préalables de marché, sur les plans technique et commercial, qui ont mobilisé 60 étudiants des deux écoles UTBM (Université de technologie de Belfort-Montbéliard) et Esta Belfort (Ecole supérieure des technologies et des affaires). Et tout au long des - presque - 24 heures, les entreprises ont été guidées et stimulées par des « coachs » recrutés dans les rangs des diverses CCI de Bourgogne-Franche-Comté, chevilles ouvrières et organisatrices de la manifestation.
Sans doute leurs dirigeants sont-ils rentrés de Belfort un peu essorés, mais la tête plein de promesses pour l’avenir.
En préalable du « Hackathon » de la relocalisation, les économistes et entrepreneurs Olivier Lluansi et Arnaud Pichard ont animé une conférence sur la France industrielle, qu'ils ont placée notamment sous l’angle de la souveraineté. A partir du constat partagé qu’ « avec sa part de 3 % du PIB mondial, la France ne peut agir seule », leur vision de la réponse n’est pas complètement identique. Elle est un brin plus fédéraliste chez Olivier Lluansi qui croit fermement aux vertus de l’Union européenne (16 % du PIB mondial) « même si le passage actuel est plus rugueux », reconnaît-il, en référence par exemple aux tensions entre membres sur l’énergie ou l’industrie de la défense. Arnaud Pichard endosse un habit un peu plus souverainiste. Il propose d'explorer la piste alternative « d’alliances bilatérales, sur des sujets ciblés, comme la machine-outil avec l’Itallie » qui en est une championne internationale.
Quoi qu'il en soit, les entrepreneurs doivent revêtir leur armure et la rendre la plus épaisse possible, pour se prémunir contre ce que les deux conférenciers ont appelé une « guerre économique qui se déroule sans normes », malgré les encadrements règlementaires. Le caractère impitoyable de la compétition s’observe à tous les échelons : celui de l’entreprise dont l’ « expert-comptable transmet les comptes au concurrent pour 30 € » - cas vécu par Olivier Lluansi selon son témoignage, dans une vie professionnelle antérieure en Europe de l’Est - aux « opérations de déstabilisation en règle d’Etats étrangers, qui sont une réalité pleine et entière. »
























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