Dix-huit lauréats pour une seule promotion : la création-reprise d’entreprise de qualité ne fléchit pas en Franche-Comté, au regard du nombre de distingués - uniquement masculins, tout de même... - dans les dossiers 2024 de Réseau Entreprendre dans les quatre départements comtois. La structure d’accompagnement par des porteurs de projet grâce au parrainage de chefs d’entreprise a mis en valeur ses lauréats de l’année fin février dernier à Belfort lors de sa traditionnelle soirée enrichie de la participation d’un grand témoin : en l’occurrence Sandro Nardis, le président du groupe montbéliardais de solutions énergétiques EIMI. Nous vous proposons un focus sur trois exemples, deux en création d’entreprise, le troisième en acquisition.

 

• Avec Loon, Guillaume Gauche plonge dans le grand bain de l’entrepreneuriat

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Loon que Guillaume Gauche a repris est historiquement dédié à l'installation de piscines en périphérie de Besançon. © Loon


Endosser le costume de chef d’entreprise, Guillaume Gauche s’y est longuement préparé jusqu’à ce 18 décembre 2024 où il a cosigné la reprise de Loon à Pirey (Doubs). Il était entré trois ans auparavant dans l’entreprise d’installation-rénovation de piscines et d’équipements de chauffage-ventilation-climatisation (CVC) située en périphérie de Besançon, dans le but de concrétiser la transmission auprès du fondateur Rémi Gallet, et en association avec Régis Priolet le fidèle bras droit de celui-ci.

S'il a dû se familiariser avec les métiers de la piscine qui restent majoritaires (à hauteur d’environ deux-tiers) chez Loon, il était déjà un connaisseur aguerri de la seconde branche de la PME. Titulaire d’un BTS puis d’une licence professionnelle de technico-commercial du CVC, il avait exercé dans la profession pendant 14 ans chez Doubs Climat. Jusqu’à ce qu'au début 2022, son désir de passer le cap de l’entreprenariat rencontre l’opportunité de la reprise à venir de Loon.

L’accompagnement par Réseau Entreprendre lui a été pour autant fort précieuse, témoigne-t-il. Pas seulement pour le prêt d’honneur de 30.000 euros « qui a exercé un effet rassurant sur les banques », mais aussi et surtout par tous les conseils et mains tendues qui sont venus à lui. « L’examen du projet par des yeux extérieurs en a confié la pertinence, j’ai appris à bien regarder dans les comptes. Et ma marraine chez Réseau Entreprendre, Isabelle Porgye, avait connu la même situation de reprise de l’entreprise dont elle était salariée. Dès lors, je pouvais très aisément transposer à mon cas les échanges sur sa propre expérience », souligne Guillaume Gauche.

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Guillaume Gauche (à gauche) a accéléré la diversification de la PME vers le chauffage-climatisation-ventilation (CVC), son propre métier d'origine. © Marion Dumont et Loon


Durant les trois années de transition, le désormais cogérant avait bien contribué avec toute l’équipe à faire monter en puissance le CVC, passé d’un chiffre d’affaires d’1,2 million d’euros à 2 millions l’an dernier, sur le total de Loon de 5,5 millions d’euros.
L’entreprise réalise ses ventes d’équipements et ses prestations dans un rayon d’environ 1 heure de route autour de Pirey, menant notamment aux résidences du haut-Doubs. « Nous possédons en particulier un savoir-faire peu courant dans l’aménagement de piscines d’intérieur », relève le dirigeant.

Poursuivre la progression de Loon en la faisant reposer sur ces deux jambes constitue la feuille de route de Guillaume Gauche,. Il s'appuie sur un peu de croissance externe le cas échéant. L’an dernier, le rachat de la petite consoeur Castor Bleu à Thise a été opéré, ses deux collaborateurs ont rejoint la PME de Pirey comptant désormais 32 salariés. 

 

 

BF

 

 

• Jimmy Equenot veut réinventer la plantation de forêt dans le Jura

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La nouvelle société La Forêt Jurassienne se base sur le postulat qu'il faudra varier et mélanger les essences de plantation dans le massif jurassien touché par le changement climatique. © LFJ

 
Au cœur du Jura, dans la commune du Fied, Jimmy Equenot implante son entreprise de travaux sylvicoles, LFJ pour La Forêt Jurassienne. Le professionnel forestier cherche à se démarquer, d’une part par le ciblage de ses prestations, et d’autre part par l’approche de celles-ci. LFJ se concentre sur les coupes et plantations, à l’exclusion du broyage, du débardage ou encore du bûcheronnage déjà assurés par de nombreuses sociétés localement. Et il souhaite incarner une nouvelle manière de procéder, « adaptée au changement climatique. »

En effet, explique-t-il en substance, le temps où l’on affectait une essence exclusive à une parcelle donnée est révolu. « Avant, on raisonnait : on plante du sapin ici, de l’épicéa là, du hêtre ailleurs. Aujourd’hui, il est nécessaire d’adopter une démarche plus fine, mixant plusieurs essences principales et secondaires. Et désormais, on doit désormais se poser à tout moment et à tout endroit la question de ce qu’on va couper, où, dans quelle ampleur... »

Le nouvel entrepreneur a eu le temps d’observer et de vivre lui-même les mutations : il a crée LFJ en décembre dernier, après 15 années passées dans des fonctions diverses à l’Office national des forêts (ONF) dans ce massif jurassien qu’il a épousé en venant d’un secteur agricole et forestier du Loiret. Il a souhaité en devenir un acteur plus direct et autonome, d’où son choix de quitter la « grande maison » ONF. Par son apport personnel et celui de deux associés et par les prêts bancaires, il injecte 400.000 euros dans le démarrage et l’équipement matériel de sa SAS (société par actions simplifiée), avec le concours également de Bpifrance et d’un prêt d’honneur de 20.000 euros de Réseau Entreprendre.

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Jimmy Equenot a fait le choix plutôt rare de quitter l'Office national des forêts (ONF) pour constituer sa propre société en investissant 400.000 euros dans les moyens de la faire fonctionner. © LFJ


L’association a pris soin de cibler au mieux le profil du parrain de Jimmy Equenot. « Ma compétence technique a été reconnue, ainsi que mon appétence pour la conduite d’équipe, déjà pratiquée au sein de l’ONF. Réseau Entreprendre a estimé, à juste titre, qu’il fallait travailler la question de la gestion-comptabilité d’entreprise pour le salarié de toujours que j’avais été. D’où l’accompagnement, très précieux, d’un spécialiste de la finance, John-Arthur Aujard », relate le nouvel entrepreneur.

Le plan de marche se met en route. La jeune société comptera 3 salariés à fin mars pour viser un premier chiffre d’affaires annuel de 300.000 euros, et son dirigeant programme d’avancer par paliers identiques pendant trois ans de sorte à prétendre alors à un effectif d’une dizaine de personnes et à un chiffre d’affaires de l’ordre d’1 million d’euros.

 

BP

 

• Thierry Conrad, la poursuite du nettoyage par une autre voie à Belfort

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Thierry Conrad (au milieu) a reçu sa distinction flanqué de son parrain Philippe Pont (à gauche), chef d'entreprise (société Le Ressort à Hérimoncourt dans le Pays de Montbéliard), lui-même ancien lauréat de Réseau Entreprendre Franche-Comté en 2018. © Réseau Entreprendre Franche-Comté


Pour Thierry Conrad, la création d’ANS2P s’inscrit dans une continuité : à travers cette société de prestation de nettoyage pour les professionnels basée à Belfort, il prolonge la carrière qu’il a menée pendant 14 ans dans ce métier, avant d’être « remercié » de façon expéditive par le groupe qui l’employait, en dernier lieu comme chef d’établissement. Un choc rude en octobre 2023, reçu à l’âge de 41 ans, « qu’il m’a fallu un bon mois pour digérer, avant de repartir dans l’idée de me lancer, après les échanges avec mon épouse et mes proches », rappelle-t-il.

Thierry Conrad a alors consacré le premier semestre 2024 à monter son projet, notamment avec l’aide du réseau BGE… et de son propre cercle de connaissances dans le secteur. « J’ai ainsi pu recruter rapidement des agents chargés des prestations », souligne-t-il. Ceux-ci exercent pour le compte d’ANS2P pendant la durée du contrat qui est confié à la société par son client. La nouvelle structure en compte 9 pour l’instant et bientôt 12, représentant des collectivités locales, des commerces, la grande distribution ou encore l’industrie dont la sous-traitance automobile, dans le Nord Franche-Comté et le sud de l’Alsace.

Réseau Entreprendre est intervenu un peu après la constitution de la SAS dont le sigle est la contraction d’ « Art du Nettoyage au Service des Professionnels et des Particuliers » et qui compte pour l’heure cinq collaborateurs à temps partiel. L’aide technique et financière (prêt d’honneur de 12.000 euros) et les conseils du parrain Philippe Pont, lui-même lauréat d’une précédente promotion, en 2018, « permettent de prendre du recul et de lever des freins » à la bonne réalisation du projet d’entreprise, apprécie Thierry Conrad.

 

 Les 18 lauréats de la promotion 2024

*création et 
**reprise

- ANS2P (nettoyage) : Thierry Conrad*, Belfort
- Reboul (vente de matériels industriels) : Cyril Cornier**, Besançon
- Les Avivés de l'Est (scierie) : Eric Delobel**, Vellevans (Doubs)
- La Forêt Jurassienne (travaux forestiers) : Jimmy Equenot*, Le Fied (Jura)
- Marché Gourmand (magasin alimentaire) : Baptiste Fayolle*, Montbéliard
- AR Tech/AR Stamp (découpe-emboutissage) : Michael Franchebois**, Rioz (Haute-Saône)
- Loon (piscines et chauffage-climatisation) : Guillaume Gauche**, Pirey (Doubs)
- IMACT (automatisation des bâtiments) : Etienne Laurent*, Besançon
- Stéphane Bey & Fils (carrelage-salles de bains) : Yohann Bey**, Beaufort-Orbagna (Jura)
- Colli & Co (colliers pour chiens) : Claude Chouet*, Myon (Doubs)
- La Table du Grainot (restauration) : Vivien Sonzogny**, Pupillin (Jura)
- Agena - EBN (nettoyage industriel) : Alexandre Vaz**, Besançon
- Salvi Pierre (peinture) : Hugo Salvi**, Morteau (Doubs)
- Les Ateliers Simard (menuiseries) : Guilaume Simard**, Saint-Sauveur (Haute-Saône)
- Vélo World (magasin de cycles) : Victor Morel**, Voujeaucourt (Doubs)
- DP Menuiserie : Vincent Pretot**, La-Chapelle-sous-Rougemont (Territoire de Belfort)
- Ninkasi (restauration et coiffure) : Nicolas Pirolley**, Besançon
- Intermarché Trévenans : Elie Saddik**, Trevenans (Territoire de Belfort)

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