En cette première partie d'été, nous revenons sur quelques actualités marquantes dans l'Est relatées depuis avril dernier. Aujourd'hui : John Cockerill et McPhy. Le groupe industriel belge rachète la partie principale des actifs de la société technologique française en manque de moyens financiers, celle qui inclut l’usine « gigafactory » de cellules d'électrolyseurs à Foussemagne dans l’Aéroparc Belfort-Fontaine. La complémentarité technologique avec son unité voisine en Alsace avait incité John Cockerill à déposer une offre pour poursuivre sa diversification dans l’hydrogène. Le duo local ainsi consolidé doit désormais trouver son marché, bien incertain pour l’heure. Il cumule seulement une centaine de salariés aujourd’hui sur les 750 planifiés.

ARTICLE PUBLIE LE 10 JUILLET 2025. La gigafactory de McPhy près de Belfort ne deviendra pas la coquille vide que la déconfiture de la start-up de l’hydrogène laissait craindre. John Cockerill devrait éviter ce scénario du pire.

Le groupe industriel belge a en effet été autorisé, ce 8 juillet, à racheter les principaux actifs de McPhy, concluant de la sorte le redressement judiciaire ouvert en juin après l’échec d’une procédure de conciliation auprès du tribunal de commerce de Belfort. Sa filiale Hydrogen SAS annonce reprendre 51 salariés, sur les 71 que comptait la jeune société technologique. Cet effectif préservé sera très majoritairement implanté à Foussemagne (Territoire de Belfort), dans les 22.000 m2 d’ateliers inaugurés il y a un an pour la production de de cellules d'électrolyseurs. « Les emplois malheureusement non retenus concernent des doublons dans des fonctions de support », précise un porte-parole de John Cockerill. 

Cessions aquisitions

 

L’intérêt manifesté par John Cockerill à déposer une offre - d’autres émanaient d’EDF via sa filiale hydrogène Hynamics et de la société savoyarde Atawey de stations d’avitaillement - est motivé par la proximité avec sa propre usine en lancement dans le sud de l’Alsace, à une trentaine de kilomètres, à Aspach-Michelbach. « La complémentaire est double : géographique et technologique », résume le porte-parole du groupe belge.

Aspach et Foussamagne vont fabriquer les mêmes produits, des cellules d'électrolyseurs du type alcalins pressurisés présenté comme la voie la plus « adaptée » à l’intermittence des énergies renouvelables constituant les sources de l’hydrogène « vert. » Mais ils le feront à partir de matières différentes : métalliques chez John Cockerill, composites chez McPhy. Or,  « combiner les deux technologies permet de confectionner des offres plus performantes », affirme le porte-parole, en soulignant que John Cockerill travaillait à se lancer lui-même dans la filière composites, il pourra ainsi passer aux actes en accédant aux recherches de McPhy. « Nous visons à terme un gain de compétitivité de 10 à 15 % par rapport aux modèles actuels », précise Nicolas de Coignac, le patron de John Cockerill Hydrogen, dans un communiqué publié en commun avec le Grand Belfort dans la foulée du jugement de ce 8 juillet.

Assembler à Belfort et en Belgique 

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Comme McPhy, l'usine John Cockerill Hydrogen à Aspach-Michelbach (Haut-Rhin) doit produire des cellules d'électrolyseurs, à partir de composants métalliques pour ce qui la concerne. Mais son démarrage est moins rapide qu'espéré. © Traces Ecrites


De plus, ajoute le groupe, « le site belfortain a aussi été conçu pour opérer l’assemblage des cellules, fonction qu'il pourra assumer depuis Aspach-Michelbach », limitant d’autant - sans les annuler complètement -  les transports à cette fin vers son propre siège en Wallonie à Seraing.

Les modalités financières du développement vont continuer à reposer sur les subventions publiques. Elles permettent à John Cockerill de se contenter, dans un premier temps, d’un chèque de 650.000 euros pour la reprise, selon le texte du jugement du tribunal de commerce. Le dossier de McPhy a obtenu l’accord d’un versement total bien plus conséquent : 114 millions d’euros par l’Etat français en conséquence de son classement par l’Union européenne comme Piiec (Projet important d’intérêt européen commun). En vertu d’un paiement par phases, un premier quart de 29 millions d’euros a été effectivement débloqué. Selon notre confrère letrois.info, John Cockerill doit pouvoir récupérer 50 millions d’euros supplémentaires sur le solde de 85 millions, pour un projet d’un investissement total de 65 millions d’euros. Le porte-parole du groupe n’a pas commenté ces éléments, sans les démentir. 

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La "gigafactory" promise par McPhy a été inaugurée en juin 2024. © Traces Ecrites


Il reste donc à espérer que l’« excellente nouvelle pour les salariés et pour la filière hydrogène (de) l’adossement à un groupe de taille (qui) permet de rassurer les clients », ainsi que l’a justement salué Damien Meslot le président du Grand Belfort, se confirme dans les temps sans faire partir en fumée les deniers publics. Si l’offre d’électrolyseurs entre Nord-Franche-Comté et Sud-Alsace s’est refondée, la demande qu’elle est susceptible de rencontrer demeure fragile et incertaine. L’effectif à Foussemagne reste encore bien loin des 450 emplois que McPhy avait annoncés à terme pour la production d’1 gigawatt d’électrolyseurs autorisant la qualification de « gigafactory. » Et celui de John Cockerill Hydrogen à Aspach-Michelbach est également aujourd’hui de l’ordre de la cinquantaine de personnes, après bientôt deux ans de mise en service, par rapport aux 300 promis pour 1 GW de capacité également. 

 

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Près d’un salarié français sur deux de John Cockerill dans la Défense

Le groupe John Cockerill est présidé par Bernard Serin, ancien cadre dirigeant du sidérurgiste Usinor (aujourd’hui ArcelorMittal) ayant pris la tête de Cockerill-Sambre après son rachat en 1998, et également patron du FC Metz. Il prolonge une histoire déjà longue, en portant le nom de son fondateur en 1817. Il emploie un peu plus de 6.000 salariés dans 26 pays pour un chiffre d’affaires d’1,8 milliard d’euros en 2024 dans les services et équipements à l’énergie, l’environnement, les transports, l’industrie en général, et surtout la Défense.
Ce débouché représente près de la moitié (environ 1.500) des effectifs français, eux-mêmes ainsi majoritaires au sein du groupe belge. Le poids croissant résulte en particulier du rachat l’an dernier d’Arquus, le fabricant de véhicules blindés dont les sites principaux sont localisés à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), à Guyancourt en région parisienne et à Garchizy dans la Nièvre.

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