Le Grand Chalon a accueilli le lancement local de la semaine des métiers du nucléaire qui se déroule jusqu'à vendredi. La filière qui ne connait pas la crise, emploie 5 000 personnes dans le bassin d’emploi. En ciblant les lycéens et les femmes, elle se prépare au défi de sa vague d'embauches à concrétiser dans les 10 années à venir.


La semaine des métiers du nucléaire avait des airs de Saint-Valentin avant l’heure, ce 3 février lors de son lancement à Chalon-Sur-Saône (Saône-et-Loire). Ce « rendez-vous amoureux » revisité s’est déroulé au CETIC (Centre d’expérimentation des techniques d’intervention sur les chaudières nucléaires) en étant organisé conjointement par l’Université des métiers du nucléaire et France Travail. Son objectif : inciter les jeunes à s’inscrire dans des formations et choisir le nucléaire comme filière d'emploi.

Les besoins sont importants en Saône-et-Loire où près d’un poste industriel sur deux relève de ce domaine. L’usine Framatome de Saint-Marcel qui fabrique des composants lourds pour les réacteurs va s’agrandir de 40.000 m2. Près de 200 personnes ont été d’ores et déjà été embauchées en 2024.

La formation doit suivre pour satisfaire ces besoins. Un nouveau diplôme dédié au nucléaire a été annoncé pour la rentrée 2025 conçu par le CNAM (Conservatoire national des arts et méters) et l’UIMM (Union des industries et métiers de la métllurgie) : une licence professionnelle CAPPI (Conception et amélioration de processus et procédés industriels et parcours nucléaire). Le cursus formera 12 personnes chaque année.

 

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« En France, 10.000 recrutements par an sont prévus dans la filière nucléaire dans les 10 prochaines années, soit un volume global de 100.000 emplois », rappelle Christophe Gay, directeur territorial de France Travail en Saône-et-Loire. En face de ce chiffre vertigineux déjà affiché depuis quelques années, le chômage a augmenté de 3,9% au niveau national au quatrième trimestre 2024, touchant plus particulièrement les jeunes. D’où la mobilisation de France Travail, au côté d’EDF entre autre.

En Saône-et-Loire, l’agence de l’emploi a même créé un posté dédié à cette activité, en novembre dernier. L’idée consiste à accompagner l’ensemble des publics en reconversion dans cette filière sur l’intégralité des métiers : production, encadrement de proximité (agents de maitrise) et de direction. France Travail a développé des méthodes afin  de détecter les potentiels comme le détaille le directeur territorial. « Pour devenir chaudronnier, il faut être en capacité de mémoriser facilement et rapidement un plan. Nous avons donc mis en place des exercices où nous présentons des pièces que les personnes doivent assembler. On voit alors lesquelles sont les plus rapides. » Ces exercices permettent à France Travail d’identifier des potentiels au-delà des compétences et des diplômes obtenus.

 

L'embauche dans le nucléaire, c'est du sport... jusqu'à un certain point

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La semaine des métiers du nucléaire a été lancée le 3 février au CETIC de Chalon-sur-Saône. Cette action de promotion et sensibilisation se poursuit jusqu'à ce vendredi. © Grand Chalon


L’agence envisage aussi de développer une autre action, « le stade vers l’emploi » déjà testée auprès d’autres publics. Sur un terrain sportif, un coach entraîne des demandeurs d’emplois et des chefs d’entreprises autour d’une activité sportive. Lors de cette première phase, tout le monde est incognito, personne ne sait qui est le chef d’entreprise et le demandeur d’emploi. C’est ensuite que les personnalités sont révélées et que peuvent se dérouler des pré-entretiens professionnels.

La filière cherche aussi à séduire les femmes qui y sont aujourd’hui peu présentes, « 80% des emplois dans le nucléaire sont occupés par des hommes » souligne Emmanuelle Galichet, présidente de l'organisation WiN (Women in Nuclear) France. Le sourire accroché aux joues, cette enseignante chercheuse en sciences et technologues nucléaires au CNAM cherche à susciter l’envie auprès des jeunes lycéennes présentes. « La diversité est source de productivité et d’excellence. La science n’est pas genrée » insiste-t-elle avant d’ajouter « travailler dans le nucléaire, c’est l’opportunité d’avoir un boulot bien payé, avec une flexibilité des horaires .»

 

De belles surprises pour les femmes

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Le Cetic à Chalon-suir-Saône désigne le Centre d’expérimentation des techniques d’intervention sur les chaudières nucléaires. © Sabrina Dolidze


Des parcours de femmes comme celui de Victoria Scotto sont venus accréditer ses propos, écoutés attentivement par les lycéens. Victoria est responsable manufacturing à Belfort chez Arabelle Solutions, le fabricant de turbines ainsi redénommé suite à son rachat par EDF à General Electric. Ce n’est pas le nucléaire qui l’a attirée au départ mais la volonté d’intégrer une filière d’excellence technique dans laquelle elle pouvait progresser professionnellement.

Travaillant sur la maintenance des alternateurs, elle a effectué de nombreux voyages en Asie, en Afrique, aux Etats-Unis et s’en étonne encore : « en faisant des études de maths, je n’aurais jamais imaginé que je ferais le tour du monde. »

Céline Hornez, usineuse chez Framatome, s’est dite aussi ravie des possibilités d’évolution offertes par le groupe et d’un salaire bien supérieur à ce qu’elle obtenait auparavant. Les métiers du nucléaire payent environ 25 % de plus que la moyenne de l'industrie à compétence égale.

Comme dans les autres régions de France, l’activité de WiN en Bourgogne Franche-Comté repose sur des bénévoles. Les femmes sont invitées à participer à des ateliers mentorat, où elles peuvent aborder toutes les questions liées à leur métier, qu’il s’agisse de  la gestion de la parentalité, leur place dans un milieu d’homme, ou encore leur organisation familiale dans le cadre d’un parcours international…

 

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Une femme parle avec enthousiasme aux femmes des métiers du nucléaire : Emmanuelle Galichet, maitre de conference en sciences du nucleaire au CNAM. Elle préside WiN (Women in Nuclear)  France. © Sabrina Dolidze

 

COMET à la conquête des jeunes dans le Nord Franche-Comté 

Créé en mars 2024, le réseau COMET est issu d’un travail mené entre le cluster de la Vallée de l’énergie (*) et l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM). Le réseau répertorie des actions menées par ses différents partenaires dans le Nord Franche-Comté dans le but de sensibiliser les jeunes aux métiers de l’énergie, dont le nucléaire. Une vingtaine d’initiatives se déroulent sur le territoire destinées à près de 2.000 bénéficiaires. Dans ce cadre, ce 6 février, le Campus des Métiers et des Qualifications d’Excellence organise une journée de découverte avec des jeunes du lycée Raoul-Follereau de Belfort.

« Le matin, ces élèves recevront des témoignages permettant de comprendre la façon dont on travaille dans les entreprises, L’après midi, ils visiteront Arabelle Solutions pour voir comment on travaille concrètement dans une entreprise du nucléaire », précise Michel Armand, directeur de la Vallée de l’énergie, qui anime le réseau COMET, une organisation par ailleurs membre du Club nucléaire BFC. Parmi les autres actions : la constitution d’une offre collective de stage de seconde et troisième à proposer aux entreprises ou encore des interventions spécifiques au sein du festival annuel de la transition énergétique et numérique en Bourgogne-Franche-Comté.


(*) À découvrir, le nouveau site internet de la Vallée de l’énergie

 

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