Après de multiples avancées en recherche et développement, le groupe Bordet va installer une nouvelle usine à Decize dans la Nièvre pour fournir des charbons végétaux et des biohuiles à haute performance environnementale. Cette implantation représente un nouveau virage pour le groupe de Côte-d’Or qui vise des marchés dans des secteurs variés comme la santé, l’automobile, le BTP, les biocarburants ou encore l’agriculture.
Le choix de Bordet s’est porté sur Decize. Dans la commune de la Nièvre, le groupe côte-d’orien projette de construire une nouvelle usine de 13 hectares, à 200 km de celle de sa base de Leuglay dans le Châtillonais. 40 à 50 salariés doivent être embauchés au premier semestre 2027, pour un effectif d'un peu moins de 50 personnes actuellement sur le site historique.
Le montant d'investissement total n’est pas communiqué. Le groupe au chiffre d’affaires de 6,6 millions d’euros en 2024 est soutenu par Bpifrance à hauteur de 14,1 millions d’euros, en tant que lauréat du dispositif national Première Usine pour son projet. Dénommé Pyrobiol 4.0, celui-ci permet de mettre au point un charbon carboépuré ® issu d’un circuit fermé avec une réduction d’impact sur l’environnement. La contribution de ce « biochar » aux objectifs de neutralité carbone a été certifiée il y a un an par Puro-Earth, un organisme qui s’appuie sur des résultats scientifiques et qui lui ouvre ainsi les portes de différents marchés.
En matière de recherche et d’innovation, l’entreprise ajoute les cordes à son arc les unes après les autres. « Nous sommes fiers d’apporter une solution fiable et immédiatement opérationnelle pour la décarbonation des industries », souligne Cyril Flores, le président de Bordet. Ce dernier annonce avoir fourni du biochar au groupe Holcim pour fabriquer un ciment réducteur de l’impact carbone. Le résultat de cette association est exposé depuis le 10 mai par le cimentier à la Biennale d’architecture de Venise. Elle permet de séquestrer dans les bétons jusqu’à 3 kg de CO2 par kg de biochar.
Une telle captation sert aussi les desseins d’une agriculture régénératrice pour ses propriétés agronomiques, en stockant du carbone dans les sols. Par ailleurs, Bordet prend place depuis trois ans dans les estomacs de nos compagnons à quatre pattes. Le charbon actif, aux vertus bienfaitrices pour les problématiques digestives, est en effet utilisé aussi par les vétérinaires.
Des perspectives dans le traitement de l’eau

En juin prochain, l’entreprise démarre une nouvelle démarche pilote sur la filtration de l’eau. Son programme Carb’EAU doit en effet permettre d’industrialiser des solutions dans le traitement destiné aux particuliers. Elle a déjà conçu un bâtonnet filtrant à base de charbon actif. « Celui-ci est en mesure de filtrer des PFAS sur lesquels nous constatons de très bons résultats déjà, des pesticides ou des résidus de médicaments » souligne le président du groupe.
Carb’EAU, qui se déroule jusqu'en 2029, est issu d’une recherche de plus de trois ans. Elle s’est renforcée notamment lorsque Bordet a crée en octobre 2022 un laboratoire commun avec l’Institut Jean Lamour de Nancy (CNRS/Université de Lorraine). Cette structure a été financée par l’Agence nationale de la recherche (ANR) qui a abondé 1,5 million d’euros de fonds. Deux autres programmes y sont également développés. Le CarBioLab (laboratoire de carbone biosourcé) travaille sur des charbons actifs pour les supercondensateurs. Ceux-ci offrent une durabilité de vie supérieure aux batteries au lithium, favorisent l’électrification des transports, ou permettent de réduire l’empreinte carbone des datacenters. Le troisième programme du laboratoire commun vise à développer la purification des biogaz, en les séparant.
La nouvelle usine à Decize doit produire 15.000 tonnes annuelles de biochar contre 4.000 aujourd’hui sur le site de Leugley, et 5.000 tonnes de biohuiles contre 700 kilos. Un process industriel unique permet à l’entreprise de produire simultanément sur le même site un mix de biohuiles (par pyrolyse flash) et de biocharbon (par pyrolyse lente). L’utilisation du bois, récolté dans un rayon de 100 km, est maximisée par ce double usage. « Les biohuiles vont permettre de remplacer une partie des produits pétrosourcés que l’on trouve aujourd’hui dans les revêtements de sol pour en faire une sorte de goudron végétal », souligne Cyril Flores.
Elles offrent également un débouché comme carburant dans le secteur maritime ou l’aviation, comme alternatives aux ressources fossiles. Le groupe Bordet ne compte pas s’arrêter là. Il conçoit Decize comme un premier modèle pour le développement de nouvelles unités similaires en France et à l’étranger.







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