Véritable paquebot de la recherche en sciences des matériaux, l’Institut Jean Lamour inaugure ce vendredi 5 avril ses nouveaux locaux à Nancy en présence de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal. Ses 28.500m² ont été spécialement dessinés pour accueillir un tube sous ultravide de 70 mètres de long dédié à la fabrication de nouveaux matériaux à l’échelle atomique. Cet institut de 500 chercheurs est né il y a dix ans de la fusion de cinq laboratoires du CNRS et de l’Université de Lorraine.

Jean Lamour est l’auteur des grilles rehaussées d’or qui ornent la célèbre place Stanislas à Nancy. Le ferronnier d’art a plus récemment donné son nom, dans la cité des ducs de Lorraine, à un institut de plus de 500 chercheurs spécialisés en sciences des matériaux. Né il y a dix ans de la fusion de cinq laboratoires nancéiens du CNRS et de l’Université de Lorraine, l’Institut Jean Lamour (IJL) inaugure ce vendredi 5 avril ses nouveaux locaux, en présence de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal.
Ce paquebot de 28.500 m2 a pris ses quartiers sur le campus pluridisciplinaire Artem dessiné par l’architecte-urbaniste Nicolas Michelin. Les chercheurs et doctorants de l’IJL y côtoient les élèves de l’école d’ingénieurs Mines-Nancy, les étudiants d’ICN Business School et ceux de l’école supérieure d’art et de design ENSAD.

 

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« A l’IJL, des chercheurs d’une quarantaine de nationalités différentes collaborent. Ils y profitent d’équipements scientifiques de haut-niveau que l’on retrouve rarement réunis sur un même site », expose Thierry Belmonte, directeur. C’est un équipement de recherche de pointe qui a déterminé l’architecture particulière du bâtiment dont les six niveaux s’étirent tout en longueur. Les locaux devaient être capables d’accueillir le tube DAµM (pour Dépôt et analyse sous ultravide de nanomatériaux), un équipement aux dimensions particulières, 70 mètres de longueur pour un diamètre de 20 centièmes. 
« Grâce au tube DAµM nous sommes en mesure d’inventer de nouveaux matériaux en travaillant à l’ultime échelon de la matière. Les équipements scientifiques peuvent être connectés au tube pour fabriquer sous-ultravide des matériaux aux propriétés innovantes, couche d’atome par couche d’atome », décrit Stéphane Mangin, responsable scientifique du projet à l’IJL. 
A lui seul, cet équipement représente un investissement de 15 millions d’€ cofinancé par l’Europe, la Région Grand Est et le programme investissements d’avenir (PIA). Sur sa longueur de 70 mètres, 30 sont réservés aux industriels à l’image de Viessmann implanté en Moselle qui y élabore d’ores et déjà une nouvelle génération de capteurs solaires thermiques.


Un enchevètrement de structures métalliques anti-contrefaçon

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Samuel Kenzari, ingénieur de recherche CNRS, travaille sur les alliages métalliques complexes pour l’impression 3D. © Philippe Bohlinger

La recherche fondamentale demeure primordiale insiste-t-on à l’IJL. Cependant, l’institut revendique 150 entreprises partenaires, cinq start-up créées, deux laboratoires communs avec des industriels, Viessmann et le belfortain Nipson Technology.
« La taille de notre laboratoire, ainsi que sa notoriété sont de nature à rassurer les industriels », analyse Thierry Belmonte.  Les travaux conduits sur les alliages métalliques à très haute résistance ont notamment été exploités par le groupe PSA pour alléger les pignons de sa nouvelle génération de boiîes de vitesse assemblée à Valenciennes.
Les personnalités invitées à l’inauguration ce vendredi se verront remettre un badge réalisé en impression 3D illustrant le savoir-faire du laboratoire dans la lutte anti-contrefaçon. Chaque badge est une pièce unique. En effet, le texte imprimé au verso a été réalisé à partir d’une peinture composite à base d’un alliage métallique complexe.

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La forme du bâtiment qui abrite 500 chercheurs de 40 nationalités a été inspirée par la longueur du tube sous ultravide, 40 mètres. © Philippe Bohlinger.

« Nous avons engagé en 2016 des travaux sur des alliages métalliques complexes pour l’impression 3D. Dans le cadre de ces recherches, nous nous sommes aperçus que nous pouvions utiliser ces alliages dans la lutte anti-contrefaçon. Dans ces nouveaux matériaux appelés SAM (Signature et Authentification des Matériaux), c’est l’enchevêtrement des structures métalliques qui fait le codage, pas la composition de l’alliage », expose Samuel Kenzari, ingénieur de recherche CNRS.
La « signature » de chaque badge est identifiable par simple passage au rayon X, un système de contrôle assez répandu. Cette innovation, déjà au stade préindustriel, pourrait avoir un débouché rapidement dans la protection des œuvres d’art.

 

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Calcul des bulles de champagne ou de crémant de Lorraine

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Romain Baude et Mikaël Désécures, de la start-up Aprex Solutions ont bâti une solution pour améliorer le contrôle visuel dans l’industrie à partir de travaux de recherche à l’IJL.
© Philippe Bohlinger
Le buffet qui suivra les discours officiels sera peut-être l’occasion pour les convives de s’interroger sur le nombre de bulles contenues dans les verres de champagne ou de crémant de Lorraine !  La réponse pourra leur être livrée par la start-up Aprex Solutions issue des travaux de recherche à l’Institut Jean Lamour qui l'héberge.  
Romain Baude et Mikaël Désécures ont fondé la jeune pousse en 2017 avec pour objectif d’améliorer le contrôle visuel notamment dans l’industrie, le tout sans recourir à des caméras à très haute résolution. « La force de notre logiciel est de pouvoir travailler avec une résolution optimale en dépit d’un nombre élevé d’informations parasites, ce qu’on appelle le bruit numérique », livre Romain Baude. Leur application contribue notamment à améliorer le contrôle qualité d’un fabricant de fibres optiques.

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