La PME de 50 salariés rejoint le groupe mondial de production de ciment et béton. Elle a attiré son attention par sa solution, encore rare dans le bâtiment, de fabrication sur les chantiers mêmes des chapes pour structures, qui sont acheminées par camions depuis ses deux usines de préparation, au siège de Longeault-Pluvault et en Normandie.
Chrono Chape entre dans le giron du géant mondial du ciment. Holcim, l’un des majors du secteur (*) rachète la PME de l’agglomération dijonnaise. L’opération, conclue en début d’année, conservera le nom ainsi que les effectifs de l’entreprise fondée il y a quinze ans par la famille Dupuy, soit 50 salariés qui ont permis la réalisation l’an dernier d’un chiffre d’affaires de 20 millions d’€.
A priori, l’intérêt d’une telle multinationale pour une société de cette petite taille peut surprendre. Il s’explique par la spécialité qu’a développée Chrono Chape : la PME produit ses chapes en béton pour les bâtiments, non à partir de centrales à béton sédentaires mais grâce à des équipements mobiles. Elle a eu l’idée que ces éléments de structure et isolation pouvaient être fabriqués sur le site même des chantiers, leurs composants étant acheminés sur place par des camions classiques.
Elle est devenue, ainsi, le leader en France de son segment particulier. « Ce mode opératoire est encore émergent, mais nous croyons beaucoup à son potentiel », confirme Jean-Marc Golberg, directeur général de Lafarge Bétons France, l’entité d’Holcim (**) à laquelle Chrono Chape se rattache à présent, en maintenant à la direction générale de la PME Cédric Dupuy le fils du fondateur, « détenteur d’une expérience inégalable », salue Jean-Marc Golberg.
À cette solution mobile, le dirigeant du cimentier associe plusieurs avantages, de sorte à la faire rentrer dans la catégorie de celles « bas carbone zéro déchet ». Sur le plan technique, « elle fournit un béton « pompé » préalablement, c’est-à-dire livré en sortie de tuyau, ce qui est intéressant pour les « chapistes » (entreprises de pose) qui ne possèdent pas un tel équipement. »
L’observation du fonctionnement de Chrono Chape qu’ont pu opérer les équipes de Lafarge Bétons France aboutit à d’autres conclusions positives. Cette livraison par semi-remorques s’effectuant de façon très réactive aux commandes, « elle permet de produire très précisément la quantité souhaitée pour un chantier donné, à la décimale près », relève Jean-Marc Golberg. Le dirigeant cite comme créneaux lui semblant particulièrement porteurs, la construction et plus encore la rénovation d’immeubles de hauteur, et plus généralement tout chantier d’accès complexe pour un équipement fixe alors qu’a contrario, un camion pourra s’y faufiler plus aisément. « Le produit étant de faible épaisseur, de l’ordre de 4 centimètres, il est possible d’en transporter d’importants volumes dans un seul semi-remorque. Nous ne voyons pas de limite de taille aux chantiers que cette solution peut approvisionner. »
Disponible à tout moment

De plus, « la centrale mobile est disponible à tout moment. Elle peut, dès lors, garantir l'arrivée ponctuelle à l’heure voulue. Ce point est important dans le métier de la chape où l’on a l’habitude d’enchaîner plusieurs chantiers dans la même journée, sans perdre de temps », relève également Jean-Marc Golberg. En quinze ans, Chrono Chape s’est déployé sur plusieurs régions de la moitié nord de la France : Bourgogne-Franche-Comté, Hauts-de-France, Ile-de-France, Normandie.
La PME y a constitué un réseau de 350 chapistes agréés, qu’elle a formée à l’application de son offre sur sites. La matière de base, le « premix » de mortier avec ses liants et adjuvants, est produite à Longeault-Pluvault ainsi qu’au Mesnil-sous-Jumièges (Seine-Maritime).
Pour rejoindre les chantiers distants, ou assurer une livraison sur une longue durée – une opération a « tourné » ainsi pendant 20 heures – la société a toutefois besoin de points de rechargement, à la manière d'une station-essence. Elle a donc maillé son territoire d’intervention d’une dizaine de « stations logistiques » assurant cette fonction. Elle exploite ses sites en propre, mais ce rechargement peut se concevoir aussi auprès de centrales à béton fixes, classiques.
D’où les perspectives d’expansion qu’apporte l’arrimage à Holcim, selon le repreneur. Lafarge Bétons compte à lui seul 275 centrales en France. « Nous pouvons emmener Chrono Chape sur les terrains d’innovations de nos laboratoires, et géographiquement, dans l’autre moitié sud de la France où elle n’est pas encore présente », expose Jean-Marc Golberg.
(*) 70.000 salariés (dont 4.200 chez Lafarge France) pour un chiffre d'affaires de 26 milliards d'€ en 2021
(**) les deux groupes le Suisse Holcim et le Français Lafarge ont fusionné en 2015



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