La PME de 200 personnes implantée à Gyé-sur-Seine (Aube) ainsi qu'à Lacanau (Gironde) va bâtir outre-Atlantique une unité de transformation du dérivé du charbon de bois dont l’emploi permettrait de décarboner les procédés de l’industrie métallurgique. Elle y prévoit une centaine d'emplois à la mise en service en 2025, au terme d'un investissement d'au moins 50 millions d'€.


Le charbon de bois indispensable aux amateurs de grillades trouve aussi une application étonnante dans la transition verte des industries métallurgiques. A Gyé-sur-Seine (Aube), sur les hauteurs du vignoble champenois, Soler explore ce filon « écologique ». Pour son exploitation, cette entreprise de 200 salariés (chiffre d’affaires de 34 millions d’€ en 2022) planifie la construction d’une unité de production à l’est des Etats-Unis. 

Outre-Atlantique, Pierre Soler-My, cofondateur de cette PME avec ses frères Philippe et Jean, compte produire du biocarbone, « un produit quasi-identique au charbon de bois si l'on excepte une ultime étape de traitement destinée à le rendre exploitable dans l’industrie. Tous deux sont obtenus par pyrolyse, une opération consistant à porter des résidus de bois à une température de 450°C dans une atmosphère pauvre en oxygène », explique-t-il.

 

cd52

 

A la différence du charbon de bois, le biocarbone de Soler ne sera pas employé comme combustible. En effet, si la matière de base présente une forte densité calorifique, bien supérieure à celle du bois sec, l’opération de pyrolyse provoque la perte d’une part importante de cette capacité à dégager de la chaleur.

Dès lors, le produit novateur sera utilisé dans les procédés de fabrication de silicium dit « métallurgique » par réduction de la silice dans des fours électriques. Le biocarbone viendra se substituer aux ressources d’origine fossile actuellement employées : coke de pétrole, charbon bitumineux, houille, etc. « Son emploi comme réducteur va contribuer à abaisser considérablement les émissions de CO2 des industries métallurgiques » complète le dirigeant. 

Selon l’industriel, une tonne de biocarbone permettrait d’éviter l’émission de 2,5 à 2,8 tonnes de CO2. L’argument ne devrait pas laisser de marbre l’Oncle Sam qui met sur la table 400 milliards de dollars de fonds publics pour atteindre ses objectifs de transition climatique en 2030 via son « Inflation reduction act » (IRA).

 

Des procédures plus rapides qu'en Europe

soler 2
Le biocarbone utilisé dans l’industrie métallurgique est un dérivé du charbon de bois. © Thomas Lekdorf


L’entreprise Soler annonce être actuellement en négociation avec plusieurs états de la chaîne des Appalaches ayant manifesté leur intérêt pour accueillir l’unité d’une capacité de 80.000 tonnes par an. « Nous avons décidé d’implanter cette usine aux Etats-Unis, car les autorisations administratives peuvent y être obtenues en six mois, contre deux à trois ans en Europe. Par ailleurs, notre quatrième frère, Alexandre, vit outre-Atlantique. Cela ne signifie pas que nous n’avons pas de projets sur le Vieux Continent, mais ils prendront davantage de temps », expose le président de Soler.

A sa mise en service en 2025, l’usine américaine emploiera un effectif d’une centaine de personnes. Détentrice de six brevets, Soler n’en est pas à son coup d’essai. La PME annonce avoir déjà commercialisé auprès d’industriels européens plusieurs milliers de tonnes de biocarbone fabriquées dans ses sites français, qui sont au nombre de trois : deux à Gyé-sur-Seine, installés respectivement en 2012 et 2019 et un à Lacanau (Gironde) mis en service fin 2021. Ce trio représente une capacité cumulée de 50.000 tonnes de charbon de bois par an.

 

mecateam

 

Demeure la question du coût d’investissement d’une telle implantation aux Etats-Unis. L’entreprise le situe dans une fourchette large allant de 50 à 120 millions d’€, « car les montants sont susceptibles de varier en fonction de la technologie de récupération des gaz de pyrolyse qui sera mise en œuvre », précise le dirigeant. Un nouveau challenge pour l’entreprise qui a mobilisé depuis 2012 un total de 110 millions d’€ dans la construction de ces trois unités françaises ainsi qu'en recherche-et-développement.

famille soler
La famille Soler-My (de gauche à dr.) : Jean, directeur général, Emil, chargé de projets, Anne-Mette, directrice de la communication, Pierre, président et Philippe, directeur des affaires financières. © Thomas Lekdorf

 

Une stratégie de réutilisation maximale de la matière

 Le modèle industriel éco-responsable de Soler s’appuie sur deux piliers. Tout d’abord, sa matière première : l’entreprise explique fabriquer l’essentiel de son charbon de bois et de son biocarbone à partir de bois d’éclaircie issus de l’entretien des forêts environnantes, ainsi que de produits connexes de scieries. Par ailleurs, la conversion en énergie de ses résidus a permis à la PME de verdir et d’améliorer la rentabilité de ses activités. Les gaz issus du procédé de pyrolyse, ainsi que les bois de qualité insuffisante pour une transformation en charbon de bois, servent à produire de la chaleur pour le séchage des bois et le chauffage, mais aussi de l’électricité. A raison de 50 gigawattheures par an, ces électrons verts alimentent l’équivalent d’une ville moyenne de 20.000 foyers. Enfin, le résidu solide du procédé de pyrolyse, appelé « biochar », est employé en agriculture pour la fertilisation des sols et dans le bâtiment. C'est ainsi que le groupe Vicat l’expérimente depuis début 2022 dans sa cimenterie de Montalieu-Vercieu (Isère) pour fabriquer un liant en substitut au clinker, un composant à fort impact carbone.

Commentez !

Combien font "6 plus 2" ?