La start-up Gaming Engineering fondée en 2017 prendra ses quartiers mi-2026 dans une nouvelle usine à Commercy (Meuse). Bâtie par la Chambre du commerce et de l’industrie Meuse-Haute-Marne, cette unité doit lui donner les moyens démocratiser ses innovations protégées par pas moins de 55 brevets : parmi elles un insert de soudage permettant l’assemblage de matériaux de natures différente, dans le but d’alléger la caisse des lourds véhicules électriques et hybrides.

Pour démontrer l’efficacité de leur technologie, les équipes de Gaming Engineering à Lérouville dans la Meuse, sont allés loin : elles ont poussé leur concept jusqu’à souder sur de l’acier une plaque de chocolat sans la faire fondre, alors que la température nécessaire à la formation du noyau de soudage s’élève à 1.200 °C… L’image, parlante au grand public, décrit assez bien une partie de la technologie de soudage par résistance développée par la start-up en vue de joindre deux matériaux de nature différente (composite, aluminium, magnésium ou acier) et ouvrir ainsi la voie à l’allègement des lourds véhicules électriques et hybrides.

Baptisée ERWin®, l’insert de soudage « made in Lorraine » prévient les risques de dommage aux matériaux au moment de l’assemblage grâce à deux atouts : un anneau de coupe qui cisaille la matière sans entrer en force et une bague de découplage thermique localisée autour du bouton de soudage proprement dit qui concentre l’énergie au centre de l’insert.

 

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L’entreprise de 20 salariés (chiffre d’affaires non communiqué) investit actuellement 15 millions d’euros dans l’industrialisation de sa technologie brevetée à l'échelle mondiale. Elle construit un nouveau bâtiment de 2.500 m2 à Commercy (Meuse), à proximité de l’usine Safran, un programme financé par la Chambre de commerce et de l’industrie Meuse-Haute-Marne dans le cadre d’un crédit-bail. Le chantier également soutenu à hauteur de 5,5 millions d’euros au titre du plan « Première usine » de France 2030, sous forme de subventions et d’avances remboursables, devrait être livré mi-2026. Il devrait permettre d’augmenter les capacités de production des fameux inserts de soudage et d’accroitre les capacités de l’entreprise à accompagner ses clients dans l’automobile et l’aéronautique.

Gaming Engineering doit composer avec sa petite taille, en comparaison des géants allemands et américains, spécialistes du soudage. L’entreprise revendiquant des dizaines de milliers d’essais auprès des constructeurs, compte lever ce verrou grâce à l'entrée dans ses nouveaux bâtiments qui la font changer de dimension. « Les constructeurs automobiles attendent maintenant que nous leur prouvions notre capacité à les livrer en grands volumes, de sorte à confirmer définitivement leur engagement sur nos innovations » détaille Maxime Grojean. La sécurisation de l’approvisionnement est d’autant plus importante que la start-up ne s’arrête pas à la seule fourniture des inserts (produits en frappe à froid). Elle complète en effet son offre par la vente des installations robotiques dédiées à l’intégration des inserts ERWin®, elles aussi développées en interne.

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Les inserts de soudage de la start-up peuvent servir à fixer une chapelle d’amortisseurs. © Philippe Bohlinger

 

Le dirigeant estime que « si les voitures électriques ou hybrides veulent gagner en autonomie, il n’existe que deux alternatives : augmenter la taille des batteries ou diminuer le poids des véhicules. » En matière d’allègement, le fondateur de Gaming Engineering juge qu'il n'y a pas d'autre choix que de mixer les matériaux. Or « jusqu’ici, la conversion vers les conceptions multi-matériaux imposait aux constructeurs d’investir des centaines de millions d’euros pour modifier leurs lignes d’assemblage. Ce n’est plus le cas avec notre innovation ERWin®. Elle permet d’exploiter les lignes actuelles, contrairement aux procédés de rivetage ou de fluo-vissage. »

Aile avant de la Maserati GranCabrio

La technologie de la jeune pousse meusienne a été développée en partenariat avec l’Institut de recherche technologique en matériaux, métallurgie et procédés IRT-M2P à Metz (Moselle), le laboratoire de recherche industrielle Critt TJFU à Bar-le-Duc (Meuse) et l’Institut des sciences et technologies du Luxembourg (List). Commercialisée depuis un an, elle a déjà été utilisée en série dans l’assemblage d’une pièce sur le modèle « GranCabrio » de Maserati (groupe Stellantis) sorti en 2024 : une partie de l’aile avant de la voiture combine de l’aluminium et de l’acier.

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Une belle vitrine qui ne représente toutefois pas encore des volumes significatifs pour Gaming Engineering, qui a noué par ailleurs des contacts directs avec une vingtaine de constructeurs européens, asiatiques et américains. « Avec Erwin, nous avons la solution économique, celle qui permettra aux acteurs généralistes de monter dans le train du multimatériaux », conclut Maxime Grojean.

Qui est Maxime Grojean ? 
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Maxime Grojean, gérant de Gaming Engineering et son père, Max, bien actif à 79 ans dans l'entreprise meusienne. © Philippe Bohlinger

Le chemin qui a conduit Maxime Grojean, 44 ans, à fonder Gaming Engineering est le résultat d’un assemblage d’expériences. Issu d’une formation double technique et commerciale, l’entrepreneur a réalisé sa première partie de carrière dans l’industrie du soudage et du décolletage, avant de fonder sa start-up en 2017. Également président de l’Union des industries et métiers de la métallurgie de la Meuse (UIMM 55), cet hyperactif demeure fortement attaché à son terroir meusien. A ses côtés, son frère, Alex, fondateur de G-Equipment en 2021 à Lérouville, développe des machines de productions et des installations robotiques utilisées notamment par Gaming Engineering. Leur père, Max, 79 ans, est également présent dans les ateliers meusiens pour partager son savoir-faire technique.

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