L’interprofession des vins de Bourgogne a « raclé ses fonds de terroir », selon son jeu de mots, pour fournir ses clients en 2021. Malgré une baisse des volumes de vente qui a touché notamment l’export et la grande distribution, les vins de Bourgogne voient leur chiffre d’affaires progresser, au global.


L’heure est au soulagement au sein du monde viticole bourguignon. Ce sentiment a été clairement exprimé lors de la traditionnelle conférence de presse post-vendanges du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), mercredi dernier. « 2022 s’annonce comme un millésime de grande qualité et de volume exceptionnel. La saison culturale s’est déroulée de manière idéale, avec peu de maladies ou de graves incidents climatiques, sinon de la grêle dans l’Auxerrois et le Mâconnais. Les fortes précipitations du mois de juin ont grandement profité à la vigne, qui a une nouvelle fois témoigné de son adaptabilité climatique », s’est félicité François Labet, président du BIVB.

Après une année 2021 très difficile, marquée par de forts épisodes de gels et une récolte historiquement basse de 97.000 hectolitres (au lieu des 145.000 hl habituels) soit 132,9 millions de bouteilles, l’année 2022 signe le retour à une production normale.

 

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L’heure est à la vinification : « Ce que nous avons déjà pu goûter témoigne dès à présent de vins superbes, pétillants de fruit et de saveurs. Si l’on cherche une comparaison, c'est l’année 1959, l’un des plus grands millésimes du XXème siècle, qui vient à l’esprit », décrit François Labet.

La petite récolte 2021 a révélé certaines faiblesses du marché des vins de Bourgogne. Les ventes « sorties de propriété », au négoce ou directement aux clients du viticulteur, se sont contractées de 15 % cette année, quand la production globale s’effondrait, elle, de 30 %. « Nous avons raclé “les fonds de terroir”, si j’ose dire, pour essayer de satisfaire nos clients. La conséquence est que nous n’avons plus de stock, nous sommes à l’os », témoigne Laurent Delaunay, président délégué du BIVB.

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Le président du BIVB François Labet et le président délégué Laurent Delaunay ont présenté le bilan préfigurateur du nouveau millésime. © Arnaud Morel


Surtout, cette année voit les vins de Bourgogne se conformer à une tendance qui ne les touchait pas jusqu’alors : la baisse des ventes dans la grande distribution. Sur les huit premiers mois de l’année 2022, ce recul s’établit, en volume, à -25 %, mais il se limite à 16 en valeur. Autrement dit, il se vend moins de vins de Bourgogne en grande surface, mais plus cher. « Le consommateur est inquiet, notamment du fait du contexte géopolitique et de l’inflation, ce qui le pousse à hiérarchiser ses achats, au détriment des vins », analyse Laurent Delaunay.

Dans l’hôtellerie-restauration en revanche, le climat est au beau fixe. Les excellents chiffres de la fréquentation touristique cette année de reprise post-covid l'expliquent largement. De janvier à août, il s’est écoulé 55 % de plus en volume dans ce secteur, et 35 % en valeur.

 

Chiffre d'affaires en hausse à l'export

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Les ventes ont baissé en volume, mais moins en valeur voire ont été en hausse sur certains segments, dont l'export. © BIVB / Hendrick Monnier

 
À l’exportation, après trois années record, la profession enregistre un ralentissement de 10,6 % en volume de vente sur le premier semestre. Là aussi, cette diminution ne se retrouve pas au niveau financier puisque l’export progresse, sur cette même période, de 12,4 % en chiffre d’affaires. La faible disponibilité des vins consécutive à la récolte 2021 explique largement ce phénomène. Il n’inquiète pas la profession outre mesure. « Les volumes que nous venons de récolter, associés à la faiblesse de l’euro face au dollar, devraient redonner des couleurs à nos ventes à l’export cette année » assure François Labet.

Au niveau de la hiérarchie des marchés étrangers, peu de changement s’observe. Les États-Unis demeurent le premier débouché (-10,6 % en volume, +4,4 % en valeur sur les 6 premiers mois de 2022), suivis par le Royaume-Uni (- 8,6 % et + 18 % respectivement), le Canada (-15,6 % et +10,1 %), le Japon (- 12,4 % et + 11,5 %) et la Belgique (- 30,9 % et - 1,7 %). La Suède devient le sixième importateur de vin de Bourgogne, grâce à une progression du volume des ventes de 3,5 % en volume et de 24,7 % en valeur. « Les Suédois adorent nos vins pétillants, et, globalement, les vins de Bourgogne. Il s’en vend plus, dans ce pays, que de vins de Bordeaux », se félicite Laurent Delaunay.

 

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L’école des Vins démarre bien dans la Cité Internationale de Dijon

L’interprofession se prépare à l’inauguration, mi-avril prochain, des trois Cités des Climats et vins de Bourgogne de Beaune, Mâcon et Chablis. Celles-ci sont en voie d’achèvement, et le travail se porte aujourd’hui sur le parcours culturel qui ambitionne de raconter l’histoire des vins et des Climats de Bourgogne depuis la formation géologique de la côte jusqu’à la dégustation. À cet égard, les premiers retours de l’école des Vins de la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin de Dijon, ouverte en mai dernier, sont scrutés de près. Ils s’avèrent très satisfaisants, avec déjà 2.300 personnes ayant suivi l'un des parcours de dégustation proposés. « Les visiteurs se montrent très satisfaits dans nos enquêtes. Le parcours est pédagogique et immersif, et les vastes écrans participent à l’immersion dans le monde du vin », souligne Benoît de Charette, président de l’association de la Cité des Climats et vins de Bourgogne.

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