Les vendanges qui ont débuté tardivement en Bourgogne, vers le 20 septembre, s’achèvent ces jours-ci. Les premières estimations annoncent une demi récolte. Côté business, ça va plutôt bien avec la commercialisation actuellement des millésimes 2018 à 2020.


Le gel printanier n’est désormais plus un accident météorologique en Bourgogne. Cette année plus encore que les précédentes, il a frappé le vignoble, durant trois jours en avril, épargnant peu de parcelles, du Chablisien au nord au Mâconnais au sud en passant par les côtes de Beaune et de Nuits-Saint-Georges.
Conséquence de cette « annus horribilis » selon les termes du président délégué du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB) François Labet qui faisait le point hier 5 octobre. La vendange dont les derniers coups de sécateurs sont donnés ces jours-ci, serait selon les estimations, moitié moins importante que la moyenne des dix dernières années.

La récolte du millésime 2021 est estimée entre 750.000 hl et 900.000 hl ; l’an dernier, la vendange fut de 1,56 million d’hl, une année moyenne en volume. Ce sont les Chardonnay (vins blancs) qui ont le plus souffert. Ainsi que les appellations régionales, en blanc et en rouge, qui représentent habituellement la moitié de la production des vins de Bourgogne, les grands crus ne pesant pas plus de 1,5%.


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Face à la baisse récurrente de la récolte d’année en année, les professionnels bourguignons se posent la question de savoir jusqu’à quand ils réussiront à préserver suffisamment de stock pour maintenir le volume de commercialisation, les années moins productives. En dix ans, ces derniers se sont réduits de trois ans à deux ans. Une lecture plus fine montre que le stock des grands crus est plus important (trois ans) tandis que dans certaines appellations régionales, notamment le Chablis, il est inférieur à deux ans.

Car le vin de Bourgogne se vend toujours bien. Tous les facteurs d’inquiétude, la Covid-19, le Brexit et la taxe Trump ont finalement peu affecté les ventes sur 2020 et jusqu’à aujourd'hui. Dans l’hexagone, premier marché, elles ont généré un chiffre d'affaires supérieur à 2019,  294 millions d'€ (+19 millions, soit +6,9%), avec la vente de 1,8 million de bouteilles supplémentaires.

Elles se répartissent, étonnamment, de manière égale entre les cavistes et la restauration d'une part, la grande distribution d'autre part. Fermés pendant plusieurs mois l’an dernier, les restaurants ont rattrapé leurs ventes depuis leur réouverture. Les cavistes ont multiplié ventes à emporter et en ligne pour maintenir leur activité pendant la crise sanitaire. Quant à la grande distribution, elle a pleinement profité de l’augmentation de la consommation à domicile (+17% en volume et + 22% en valeur) avec la particularité d’avoir monté en gamme. « Et cet été, nous avons retrouvé les touristes européens et américains », complète Frédéric Drouhin, le président du BIVB.

 

Conserver le pinot noir et le chardonnay, « l'identité de notre région  »

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Vendanges d'une parcelle de Chevalier-Montrachet, dans la Côte de Beaune. © BIVB

 

Satisfaction à  l’export aussi : le maintien du marché pendant la Covid a été suivie d'une envolée depuis le début de l'année. La suppression de la taxe Trump a fait décoller les ventes aux Etats-Unis. Quand au Brexit, il n’a pas eu d’incidence sur les achats des Anglais. Les résultats se trouvent à ce jour supérieurs à 2019 (+22,1% en volume et + 26,2% en valeur). Une bonne tenue des marchés donc, sans grosse hausse des prix, affirme le BIVB. Cette sagesse vaudra t-elle pour le millésime 2021, très cher à produire en raison des faibles volumes ? « Nous avons des opérateurs raisonnables, et personne n’a envie de perdre des marchés », répond François Labet.

Les sources d’inquiétude de la profession se situent à plus long terme. Voilà une décennie que les viticulteurs bourguignons rencontrent des problèmes climatiques, gel et sécheresse, si bien que les volumes des récoltes ont diminué de 30% en 10 ans, exception faite de quelques millésimes, 2017 et 2018.

L’an dernier, le BIVB a pris le taureau par les cornes. « Nous avons effectué un virage technique avec un budget conséquent, passé de 1,4 million d’€ à 2 millions », affirme Frédéric Drouin. Le pôle technique de l’interprofession, bénéficant de l'appui d’AgriMer et de chercheurs notamment des  Inrae (Institut national de recherche agronomique) de Colmar, Montpellier et Bordeaux, travaillent sur les facteurs de dépérissement de la plante.

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L’origine remonte à la faible diversité de porte-greffes (la partie enterrée du pied de vigne qui sert de support au greffon et qui avait originellement la faculté de résister au phylloxéra). Les professionnels portent de grands espoirs sur la formidable bibliothèque de porte-greffes anciens qu’ils possèdent (450 lignées de pinot noir et de chardonnay) et de laquelle ils espèrent isoler les plus tolérants à la sécheresse, puis convaincre les vignerons de les adopter.

Des expériences sont en cours depuis quelques années. Car contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer avec le réchauffement climatique, pas question pour les Bourguignons d’abandonner le pinot noir et le chardonnay contre des cépages plus "méditerranéens". « Ils sont l’identité de notre région », insiste Frédric Drouhin.

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Frédéric Drouhin, président du Bureau Interprofessionnel du Vin de Bourgogne (à droite) et François Labet, président délégué. Les deux devraient se représenter à l'assemblée générale du 17 décembre. Il est de tradition qu'un duo soit élu, avec une présidence tournante tous les deux ans. © Traces Ecrites

 
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