Les deux principaux fabricants alsaciens de pâtes progressent dans la constitution d’une filière locale d’approvisionnement en blé auprès des exploitants locaux. Les volumes restent marginaux, pour des raisons de diversité d’approvisionnement, mais témoignent d’une volonté de collaboration avec les apporteurs de matière. Et de promotion des produits régionaux que l’on retrouve dans le club Saveurs d'Alsace.


Changement d’actionnaire majoritaire, mais pas de cap, pour les Pâtes Grand’Mère. Crédit Mutuel Equity a pris, en septembre dernier, le contrôle d'Aster Développement, la société de tête d'Alpina Savoie, le fabricant de crozets acquéreur, il y a bientôt deux ans, du fabricant alsacien. « Un mouvement capitalistique, qui reste sans impact, ni sur la stratégie, ni sur le fonctionnement de l’entreprise », souligne Philippe Heimburger. Le descendant de la famille fondatrice en 1933, qui avait transmis la société début 2022, reste aux manettes opérationnelles comme directeur général.

Le fabricant de pâtes de Marlenheim (Bas-Rhin) affiche également une « stabilité » au niveau de ses effectifs de 95 salariés et de son chiffre d’affaires, qui s’établira à 22 millions d’€ cette année 2023. Présentes en GMS (grandes et moyennes surfaces), restauration hors foyer et restauration collective, les Pâtes Grand’Mère ont renforcé leurs liens avec le terroir d’origine, par la constitution d’une filière locale d’approvisionnement en blé dur, sur une terre dominée par le maïs.
 

PATES GD MERE RIDEAU PATES
Les Pâtes Grand'Mère sont fabriquées depuis 90 ans à Marlenheim (Bas-Rhin). Les volumes actuels de blé dur, environ 10.000 tonnes, font appel à la culture alsacienne à hauteur de 10 %. © Traces Ecrites


L’effort de longue haleine a débuté en 2012. Il porte ses fruits selon le dirigeant : « La filière progresse. Via le Comptoir Agricole, nous avons contracté avec une trentaine d’exploitants sur une surface cumulée de 200 hectares. Ces partenaires couvrent 10 % de nos besoins. C’est un niveau déjà très satisfaisant », relate Philippe Heimburger. La PME consomme chaque année entre 10.000 et 11.000 tonnes de blé au total.

Imaginer un approvisionnement exclusivement ou très majoritairement local serait toutefois irréaliste, prévient Philippe Heimburger, « du fait de la sécurité que représente la diversité géographique des approvisionnements, si l'une de nos sources subit une mauvaise récolte. ». « Les volumes disponibles seraient de toute façon insuffisants. Nous avons, pour le symbole, une gamme 100 % Alsace représentant une part anecdotique », poursuit-il.

 

expo mulhouse

 

Une démarche similaire a été mise en place par Valfleuri, l’autre producteur principal alsacien de pâtes, à Wittenheim (Haut-Rhin). Il travaille depuis 2018 avec la Coopérative Agricole de Céréales (CAC) regroupant des agriculteurs du Haut-Rhin. « La récolte de blé dur de cette année est à nouveau de qualité et atteint un bon total de 600 tonnes », annonce l’entreprise familiale centenaire de 100 salariés (chiffre d’affaires de 30 millions d’€).

Là encore, elle reste à relativiser par rapport au total consommé de 14.000 tonnes par an . « Nous en ciblons l’usage là où il fait sens : pas en marque distributeur ou en circuit professionnel, mais pour une gamme « à l’ancienne » sous notre propre marque, vendue prioritaorement dans les hyper- et supermarchés alsaciens », expose Jérôme Marienne, directeur commercial.

La céréale cultivée à proximité apporte en tout cas ses vertus de qualité et de respect de l’environnement. Philippe Heimburger souligne que « nous n’y avons constaté la présence d’aucun résidu de pesticides ». Et d’ajouter : « Ce partenariat est vraiment une action collective : chaque partie prenante y trouve son intérêt ».

 

Un club pour progresser de concert 

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L'association de producteurs alsaciens mène des opérations communes de promotion pour ses 12 adhérents,
dans les supermarchés de leur territoire de prédilection. © Club Saveurs d'Alsace


Le collectif, le dirigeant de Pâtes Grand’Mère le porte aussi à l’échelon de la branche agroalimentaire, dans la mesure où Philippe Heimburger précise le Club des Saveurs d’Alsace. Créé en 1996, celui-ci regroupe 12 entreprises « emblématiques de la gastronomie alsacienne » (*), une démarche d’entraide qui fut inédite à son origine. Farine de blé tendre bio pour les bretzels, graine de moutarde, cornichons, légumineuses s’ajoutent au blé dur pour souligner la volonté des adhérents de tisser des liens avec les fournisseurs locaux. 

A l’autre bout de la chaîne, ils s’efforcent de maintenir aussi des relations directes avec les directeurs de supermachés locaux, lorsque le rouleau compresseur des centrales d’achat n’est pas encore passé. Ils assurent des animations collectives en GMS et font appel aux compétences locales sur de nouveaux enjeux comme l’économie circulaire et la gestion des déchets, à l’instar du charcutier Pierre Schmidt à Obernai (Bas-Rhin) pour leur méthanisation avec le lycée agricole de la même ville.

 

pvf2023 

 

Réveillé après le sommeil du Covid, le Club s’est structuré en un groupement d’intérêt économique, « ce qui nous donne plus de légitimité pour agir collectivement et devenir l’une des représentations de la profession », relève son président. Il contribue au comportement du « consommé local » qui n’est pas une vue de l’esprit en Alsace : 8 % des produits régionaux couvrent plus de la moitié (53 %) des besoins des ménages sur les produits de grande consommation, soit le quadruple de la moyenne nationale.

(*) Alélor (moutarde), Arthur Metz (Vins), Boehli et Burgard (bretzels), Carola (eau), Feyel (foie gras), Fortwenger (pains d’épices et désormais chocolats), Meteor (bière), Meyer’S (distillerie), Pâtes Grand’Mère, Pierre Schmidt (charcuterie), Sati (cafés). Ces PME cumulent un effectif de 1.600 salariés, un chiffe d’affaires de 360 milions d’€ (en 2022) et un volume de ventes de 91.650 tonnes.

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