C’est un produit alimentaire très convoité en ce moment : les pâtes, qui sont une très ancienne tradition en Alsace. Pour honorer ses commandes qui ont doublé en 10 jours depuis l'épidémie du Covid-19, Valfleuri fait tourner son usine de Wittenheim, près de Mulhouse, une journée de plus, du lundi au samedi. En dehors de cette période inédite, la PME familiale a bâti sa croissance sur une stratégie d’innovation des produits et un approvisionnement local et national de ses matières premières.


En dix jours, le fabricant de pâtes Valfleuri a enregistré le double de commandes. Pour les honorer, l'entreprise familiale a ajouté un jour de production : l'usine de Wittenheim, près de Mulhouse (Haut-Rhin), tourne du lundi au samedi au lieu du lundi au vendredi, et les programmes de fabrication ont été simplifiés.
Pour l'heure, le n° 1 des pâtes en Alsace et numéro 3 français n'a pas de problèmes d'approvisionnement en matières premières, ses fournisseurs étant localisés en France, voire localement.  Reste que, prévient la direction jointe hier, si la période de confinement s'allonge, elle risque de rencontrer des problèmes de transport jusqu'aux lieux de distribution.

 

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Entreprise famiiale dirigée par la troisième génération, Valfleuri a réussi à s'imposer dans les rayons des supermarchés, face à des mastodontes comme Barilla et Panzani. Sa recette ? « Par l’innovation produit et par l’emploi de matières premières françaises et de qualité. Depuis 2010, toutes nos pâtes sont élaborées avec des œufs de poules élevées en plein air », répond Jérôme Marienne, le directeur commercial de l’entreprise. 

Chaque année, le laboratoire R&D imagine de nouveaux formats ou de nouvelles recettes pour séduire les consommateurs. En 2018, la société a lancé une gamme bio de pâtes aux légumes et aux épices douces avec une cuisson en trois minutes. En 2019, elle s’est enrichie des "Mini’Pat", également à la cuisson rapide, orientée vers les enfants. Et cette année, la marque commercialise "Com’O jardin", des pâtes bicolores aux légumes bio.
Valfleuri développe également des produits saisonniers comme les pâtes de Noël en forme de sapins, d’étoiles, de cadeaux… Lancée il y a huit ans, cette collection rencontre un franc succès chaque année.
L’usine de Wittenheim conçoit aussi des pâtes sur mesure pour l’industrie des plats cuisinés, pour la restauration et les marques de distributeurs en France et à l’export.


Une taille d’entreprise qui permet la réactivité

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L'atelier de conditionnement de Valfleuri. © Julie Giorgi

« Les grandes marques ne peuvent pas innover comme nous car nous fabriquons souvent des petites séries », explique Jérôme Marienne. Avec 100 salariés, Valfleuri produit 16.000 tonnes de pâtes par an, dont 45% partent à l’export (surtout en Europe) et réalise un chiffre d’affaires de 28 millions d’€. 
Depuis sa création en 1922, l’entreprise est devenue le 1er fabricant de pâtes en Alsace et le 3e en France, derrière Panzani (détenu par le groupe espagnol Ebro) et Lustucru Rivoire & Carré.
Pour rester compétitif sur le marché, l’industriel alsacien investit chaque année entre 1,2 et 1,3 million d’€, ce qui représente 4 à 5% de son chiffre d’affaires. Au cours des hui dernières années, l’atelier de conditionnement a été entièrement rénové et les tâches répétitives ont été automatisées. Et récemment, l’entreprise a investi dans des robots de palettisation.
Un plan de formation des salariés accompagne depuis un an l’évolution de ces installations de plus en complexes. « Les process et les demandes des clients évoluent tellement vite qu’on doit se former continuellement », affirme Matthieu Kuentz, le PDG de la société.


Des filières agricoles locales en cours de création

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Pour se distinguer des mastodontes comme Barilla et Panzani, la marque régionale Valfleuri créé chaque année de nouvelles recettes. © Valfleuri

La démarche orientée vers la qualité et le développement durable se traduit par l’utilisation d’œufs de plein air comme de semoule de blé dur en provenance de France. Pour les recettes de pâtes aux légumes, l’approvisionnement auprès d’agriculteurs français est privilégié. « Nous souhaitons travailler davantage avec des fournisseurs de proximité et avons pour projet de monter des filières avec les agriculteurs », annonce le directeur commercial, sans plus de précision pour le moment… 

Mais en faisant le choix d’utiliser des matières premières d’origine France, l’entreprise a également pris le risque de subir une hausse de prix des matières premières, de plus en plus fréquente. « Si la récolte de blé a été mauvaise en France, mais généreuse au Canada par exemple, nous devons expliquer aux distributeurs et aux consommateurs que nous sommes obligés d’augmenter un peu nos prix par rapport à un industriel qui va se fournir en blé canadien », indique Matthieu Kuentz. Les variations de récoltes et donc de prix seront encore plus sensibles au sein de filières agricoles locales. « Mais nous sommes prêts à jouer le jeu », confirme Jérôme Marienne.

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En ce début d’année, le fabricant alsacien a déjà dû négocier une hausse de ses tarifs auprès des distributeurs de la GMS pour compenser l’augmentation du prix de la semoule de blé dur. En un an, l’indice blé dur est passé de 235 € la tonne à 286 € en janvier 2020 selon les chiffres du syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires de France (SIFPAF). « Il y aura un impact sur le prix du paquet de pâtes pour le consommateur mais qui sera seulement d’un ou deux centimes. La plus grande partie de la hausse sera digérée par nous, fabricant et par le distributeur », assure le directeur commercial. Les négociations avec les distributeurs viennent de s’achever fin février…


D’où vient la tradition des pâtes aux œufs en Alsace ?
Depuis le XVIIe siècle, les Alsaciens fabriquent des pâtes aux œufs. Une tradition partagée avec l’Allemagne du Sud, la Suisse, l’Autriche et le nord de l’Italie. À cette période, l’Alsace était une région riche où le blé, cultivé en abondance, servait de nourriture aux poules qui pondaient beaucoup d’œufs que l’on mettait dans les pâtes…

Qui est Matthieu Kuentz ?

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Matthieu Kuentz , PDG de Valfleuri. © Julie Giorgi
Ingénieur des Arts et Métiers, Matthieu Kuentz a d’abord travaillé deux ans en Allemagne dans une société d’installation électrique, avant de rejoindre l’entreprise familiale en 1997 au poste de gestionnaire de la production.
En 2016, lorsque son père, Frédéric Kuentz, cède sa place à 83 ans, il reprend la direction de la société avec sa sœur, Sabine Marienne, lui comme PDG et elle comme directrice générale.
C'est en 1922 que leur grand-père avait créé Valfleuri dans un atelier artisanal de boulanger à Guebwiller.

 

 

 

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