En cette première partie d'été, nous revenons sur quelques actualités marquantes dans l'Est relatées depuis avril dernier. Aujourd'hui : Norske Skog. Le papetier norvégien a inauguré, le 25 juin dernier, deux installations essentielles pour la pérennisation de son site de Golbey (Vosges) où travaillent 380 personnes. L’investissement total d’un peu plus d’un demi-milliard d’euros a permis la conversion d’une ligne à la fabrication de papier pour carton ainsi que la construction d’une centrale de production de vapeur et d’électricité à partir de déchets de bois. L'évolution est indispensable compte tenu du déclin inexorable du papier journal, le marché historique de l'usine vosgienne née en 1992.

ARTICLE PUBLIE LE 1ER JUILLET 2025. Des nappes de papier marron de 8,8 mètres de large s’enroulent autour de lourds cylindres dans un bruit assourdissant, celui des moteurs de la nouvelle unité de production de Norske Skog à Golbey (Vosges), près d’Epinal. Cette mécanique aboutit toutes les heures à la production d’une spectaculaire bobine de 85 tonnes. Le process est interrompu plusieurs fois par le retentissement d’une alarme indiquant un défaut quelque part sur les 190 mètres de ligne industrielle : cette fabrication de papiers pour carton d’emballage est encore en phase de montée en charge sur le site vosgien.

Mais le 25 juin dernier, son propriétaire norvégien Norske Skog, groupe de 2.100 salariés au chiffre d’affaires annuel de 15 milliards d’euros, a tenu à saluer le chemin accompli, en coupant le ruban de cet investissement stratégique de 330 millions d’euros, gage de pérennité de l’usine sur les 30 prochaines années et du maintien de ses 380 emplois

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Geir Drangsland, son président-directeur général, qualifie l’investissement comme « le plus important dans l’histoire de notre groupe fondé en 1962. » Cinq longues années se seront écoulées entre l’annonce du plan,  le 17 juin 2020, et son inauguration. « Pour nos actionnaires, pour nos financeurs, pour nos partenaires, ce projet était trop long, mais nous avons tenu bon », reconnaît Yves Bailly, le président de la filiale locale Norske Skog Golbey.

Ce programme était quasi vital pour l'ultime site de production de papier journal en France. Il  a toujours assumé son ambition d’être « le dernier des Mohicans » sur un marché en décroissance constante depuis quinze ans. Mais il avait conscience qu'il ne pouvait s'en tenir à cette posture presque héroïque et devait trouver une nouvelle vie. Ainsi, le plan mis en oeuvre assure la conversion de la ligne la plus ancienne de Golbey à la production de papier pour carton d’emballage (à la cadence de 550.000 tonnes par an) ainsi que l’adaptation de la seconde ligne à la production de papiers journaux (300.000 tonnes annuelles) à partir de vieux papiers. 

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En sortie de ligne, les bobines de papier "filles" sont stockées dans l’attente de leur expédition chez des cartonniers. © Philippe Bohlinger


Ces changements ont eu pour conséquence majeure l’arrêt de la fabrication de pâte à papier à partir de fibres de bois début 2023, une pâte vierge qui était mélangée aux fibres recyclées.  « Le marché des papiers journaux qui totalisait encore 12 millions de tonnes en 2010 sur notre zone de chalandise d’Europe de l’ouest est descendu à 2 millions en 2025 », rappelle Yves Bailly.  A l’inverse, sur le même périmètre géographique, le dirigeant évalue les débouchés en ressource pour carton d’emballage « entre 20 et 30 millions de tonnes par an », en précisant que « ses 2 % de croissance annuelle suffisent à absorber la production d’une machine comme la nôtre. »

Le changement de destination de la ligne mise en service en 1992 dans les Vosges devrait doter Norske Skog d’une capacité totale de 760.000 tonnes par an à destination du packaging, en comptabilisant la machine déjà convertie à Bruck, en Autriche. Chez la filiale de Golbey, dont le chiffre d’affaires était passé sous la barre des 200 millions d’euros en 2023 suite au démantèlement de la ligne de papier journal, le niveau devrait repasser au-delà des 400 millions d’euros, avec la montée en charge de la nouvelle unité.

Le Graal d’un papier à 70 grammes par mètre carré 

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Le président de Norske Skog Golbey, Yves Bailly, reconnaît que le projet a mis de longues années à se concrétiser. © Philippe Bohlinger


La ligne conçue par le fabricant allemand Voit bénéficie des dernières technologies. A terme, elle devrait être capable de produire du papier-carton de 70 grammes par m2, « alors qu’auparavant, les grammages tournaient plutôt autour de 130 à 150g/m² », précise Yves Bailly. Un Graal pour les cartonniers qui transforment les lourdes bobines (jusqu’à 4 tonnes) produites à Golbey.

Les consommations énergétiques de l’équipement ont également été optimisées. Après une première étape d’égouttage, le mélange de fibres et d’eau passe par une phase de pressage dont la technologie permet d’abaisser le taux d’humidité de 79 à 55 %. « Grâce à une zone de pincement très large, la pression sur le papier est particulièrement forte. Or 1 % d’eau en moins, c’est 4 % d’énergie gagnés pour sécher le papier. Il en résulte que ce système réduit de 70 % le besoin en vapeur à l’entrée de la sécherie », détaille Jean-Claude Pierrot, directeur de la stratégie commerciale et des finances chez Norske Skog Golbey. Le gain est assurément conséquent sur une ligne qui tourne en continu, 24 heures sur 24, sept jours sur sept. 

PE Mulhouse

Une cogénération biomasse à 200 millions d’euros

La nouvelle ligne de Norske Skog Golbey dispose d'un important avantage de compétitivité sur un marché fort disputé : elle est alimentée par une centrale de cogénération biomasse, un investissement supplémentaire de 200 millions d’euros également inauguré le 25 juin sur le site industriel. « La combustion de bois déchets puisés dans un rayon de 250 km conduit à abaisser les émissions de CO2 de 210.000 tonnes par an par rapport à une source fossile », indique Pierre Rellet, directeur général de Pearl Infrastructure Capital. Ce fonds d’investissement est actionnaire à 80 % de la société Green Valley Energie qui porte le projet de cogénération biomasse aux côtés de Norske Skog et de Véolia  à hauteur de 10 % chacun.
Le géant français des services à l’environnement s’est vu confier l’exploitation de l’installation pendant une durée de 19 ans, synonyme de recrutement de 40 personnes. Mise en service en janvier 2025, l’installation de 100 mégawatts (MW) thermiques et de 25 MW électriques est présentée comme la plus importante en France dans sa catégorie. Elle a été lauréate, en décembre 2019, du dernier appel à projets, à ce jour, de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pour l’installation de centrales de cogénération biomasse.
Principale source de revenus de Green Valley Energie, l'électricité « verte » produite représente la consommation annuelle de 13.000 foyers. Elle est réinjectée dans le réseau, tandis que la vapeur alimente les lignes du site papetier-cartonnier. Cette nouvelle unité vient compléter la centrale de cogénération biomasse déjà existante sur le site qui dégage des puissances de 77 MW thermiques et 12 MW électriques.

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