Porté par Bois Croisés de Bourgogne et ses six associés transformateurs de bois, Batichêne a inauguré, le 28 novembre dernier à Charolles (Saône-et-Loire), une usine de fabrication de panneaux en lamellé-croisé (CLT) à base de chêne, destinés principalement au bâtiment. La structure compte bien se frayer une place dans un marché en plein essor, jusqu’alors occupé par les résineux. L'investissement pour y parvenir se montera à 3,5 millions d'euros.
Dans le vallon du Charolais, Batichêne mène sa petite révolution. Alors que le CLT (panneau en bois lamellé-croisé) est habituellement confectionné à base de résineux, ici, on en fabrique en chêne.
Créée par Bois Croisés de Bourgogne la réunion de six entreprises de transformation du bois de la région née association puis devenue société (*), cette structure projette de produire dans trois ans 12.000 mètres carrés de CLT à partir de plantations de l’arbre feuillu, issues de qualités de second niveau.
Les panneaux confectionnés sont composés de trois plis (représentant une épaisseur de 62 millimètres) ou de cinq (104,5 mm). Ils peuvent être intégrés dans des habitations classiques, des établissements recevant du public ou encore des locaux industriels, ainsi qu'en surélévation et par extension.
Le marché est porteur. La production du CLT atteint le cap des 10 millions de mètres carrés dans le monde dont 700.000 m2 en France, où un accroissement de 10 % aura été enregistré en 2024. Batichêne, quant à lui, a réalisé un premier chiffre d’affaire d’un million d’euros cette année. Sa toute nouvelle usine de 1.600 m2 à Charolles (Saône-et-Loire) s’est équipée d’une presse et d’équipements de manutention adaptés, un projet soutenu financièrement par France 2030. À terme dans cinq ans, les investissements atteindront 3,5 millions d’euros et 6 à 8 salariés devraient être recrutés, sans compter l’augmentation d’activité attendue dans les scieries d'approvisionnement qui font partie de Bois Croisés de Bourgogne.

La modernisation des scieries de chêne

Le choix en alternative au résineux est tout à fait logique pour Nicolas Douzain, délégué général de la Fédération nationale du bois. « La France est le troisième plus important pays au monde en matière de chêne et 40 % de la réserve nationale se trouve en Bourgogne-Franche-Comté », expose-t-il. De plus, les process ont évolué, ajoute Thibault Chastagnier directeur technique du groupe bourguignon Ducerf : « Nous avons de nouvelles technologies de sciage et nous pouvons utiliser des scanners à base d’IA. »
Ces moyens modernes étaient jusqu’alors réservés aux scieries de résineux compte tenu de leur haut débit de production. Nicolas Douzian précise qu'« aujourd’hui, on perd 4 % de scieries de chêne par an, alors que la productivité augmente de 5 %. » Ce qui entraîne un resserrement de l’activité autour des entités de transformation de feuillus les plus importantes, recourant aux dernières technologies.
Un bois de construction annoncé plus vertueux

D’après l’ONU, « le secteur de la construction est de loin le plus gros émetteur de gaz à effet de serre, représentant 37 % des émissions mondiales. La production et l'utilisation de matériaux tels que le ciment, l'acier et l'aluminium ont une empreinte carbone importante. » Le CLT compte parmi les solutions pouvant contrecarrer cette tendance, toutefois le bois de construction n’est pas sans impact lui non plus. La France importe en effet 45 % de sa consommation totale en bois d’oeuvre (essentiellement du résineux), soit l’équivalent en valeur de 1,6 milliards d’euros. A contrario, le chêne, davantage approvisionné par des circuits courts, offrirait une alternative diminuant l’impact carbone. En outre, avancent ses promoteurs, le CLT de Batichêne stockerait en moyenne 60 % de CO2 en plus que son homologue en résineux.
Batichêne l’a bien compris et renforce cet impact plus vertueux par une proximité des scieries partenaires de Bois Croisés de Bourgogne. Elles sont situées dans un rayon de 150 km. Edouard Ducerf, PDG du groupe (**) et nouveau président de l'organisation interprofessionnelle régionale Fibois BFC, croit en une logique vertueuse autour de cette matière noble « nous voulons faire du chêne une démarche plus responsable dans la construction », déclare-t-il.
Les « retours non quantifiables » du chêne pour compenser ses surcoûts

Soutenu dans sa phase d’expérimentation notamment par la Région, l’Etat (direction régionale de l’agriculture et de la forêt), l’Ademe, Fibois et la Banque des territoires, le projet a pu être testé depuis 2017 sur un chantier de réhabilitation au sein du lycée professionnel Jeannette-Guyot à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), où 1.600 m2 de panneaux ont été posés aux murs et au plafond. « Le chêne est un matériau noble qui amène le respect. Depuis les travaux, il n’y a pas de dégradations. Les élèves et les professeurs se battent pour utiliser les salles », observe son architecte, le Chalonnais Olivier Le Gallée, spécialisé en solutions constructives en bois et paille.
Face aux coûts supérieurs du chêne par rapport au résineux, l’architecte met en avant ce qu’il nomme « les retours non quantifiables » comme ce respect, mais aussi le fait que « il n’y a pas besoin de peinture ni de plâtre. Donc, il faut raisonner autrement. » La recherche ne s’arrête pas là. Batichêne poursuit actuellement une étude avec l’Ensam (Ecole nationale supérieure d'arts et métiers) de Cluny (Saône-et-Loire) sur le CLT à base de peuplier, mais aussi sur un mix qui associerait des résineux et des feuillus.

1. Il faut bien identifier la qualité du bois pour déterminer sa destination. Le chêne utilisé en CLT provient d’une qualité secondaire. Il offre de bonnes qualités de robustesse.
2. Le sciage des grumes s’effectue en plusieurs étapes afin de minimiser les pertes.
3. Les planches vont ensuite être sciées de sorte à constituer des bandes de bois au sein des planches brutes, c’est la phase de délignage.
4. Les bandeaux de bois sont tronçonnés pour devenir des avivés, purgés de leurs éventuels défauts. Les meilleures qualités seront utilisées pour l’industrie du parquet et de la tonnellerie, les autres continuent d’être transformées.
5. Les avivés sont ensuite taillés en dent de scie sur les extrémités pour être assemblés bout à bout et fabriquer des pièces plus longues.
6. Le panneautage rassemble les lames de bois qui sont collées à haute fréquence entre elles, puis pressées. Cette étape permet de contrôler la dimension et l’épaisseur du produit, tout en jouant sur les textures naturelles du bois.
7. Enfin, les panneaux sont assemblés en couches croisées puis collées. Chaque couche est orientée perpendiculairement aux précédentes de sorte à renforcer leur résistance. Leur nombre peut varier de 3 à 7. Puis, elles sont pressées sous vide pour s’assurer d’un bon collage entre elles. Le panneau doit ensuite passer en phase de durcissement avant les étapes finales de découpe, ponçage ou traitement de surface.

(*) L’association Bois Croisés de Bourgogne est née en 2012 pour rassembler des professionnels autour du chêne. En 2023, la structure s’est transformée en une SAS (société par actions simplifiée) autour du groupe Ducerf, de Bongard-Bazot & Fils (BBF), des scierie Gaitey, Petitrenaud et Sirop Bois et de Covre Charpente. Ce travail collectif a valu au groupe d’être lauréat du prix Carnot 2024 dans la catégorie « partenariats s’inscrivant dans la durée. » Depuis 10 ans, Bois Croisés de Bourgogne travaille avec l’Ecole nationale supérieure d’arts et métiers (Ensam) de Cluny, en vue d’adapter la technique CLT au chêne, en confiant à l'établissement des essais approfondis de collage et de mécanique.
(**) qui a fourni le bois pour la charpente et la flèche pour la restauration de Notre-Dame de Paris








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