À Mignovillard, dans le Jura, la plus grosse scierie de Franche-Comté a investi près de 30 millions d’euros dans la création d’une usine de granulés de bois de chauffage. Modèle d’intégration verticale avec ses deux filiales Pro Lignum et XLam-Industrie, la PME familiale entend ainsi valoriser au maximum les 220.000 m3 de résineux qu’elle débite chaque année.
L'industrie de la première transformation du bois est parfois critiquée pour sa frilosité à vouloi se moderniser. Un tel reproche ne peut être adressé à la scierie Chauvin, implantée depuis bientôt 100 ans dans la commune jurassienne de Mignovillard, entre Champagnole et Pontarlier. Quatrième génération à la tête de la PME familiale de 72 salariés (pour un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros), les deux frères Stéphane et Fabrice Chauvin disent en effet avoir investi « 100 millions d’euros depuis 20 ans. »

Sous leur impulsion, la scierie a acquis une dimension industrielle. Installée depuis 2010 sur un site de 20 hectares en rase campagne, elle débite annuellement 220.000 m3 de grumes d’épicéas et de sapins abattus dans le massif jurassien. Ce volume lui confère le rang incontestable de premier scieur de résineux en Franche-Comté (*).
Le dernier investissement en date - « d’un montant de près de 30 millions d’euros » - a fait émerger, sur 10.000 m2, une usine automatisée de granulés de bois d’une capacité annuelle de 80.000 tonnes, complétée d’une chaudière biomasse d'une puissance de 10 mégawatts.
Démarrée en avril 2023, l’entité baptisée Jura Pellets permet à Chauvin de valoriser à 100 % sa matière première en recyclant tous les produits connexes du sciage : la sciure et les plaquettes sont transformées en pellets, tandis que les écorces et les chutes du parc à grumes alimentent la chaudière. Cette dernière assure la déshydratation de la sciure. Elle chauffe aussi les bureaux et les cellules de séchage du bois scié.
14 emplois créés


« En termes de valorisation, on peut difficilement faire mieux », estime Fabrice Chauvin. La nouvelle activité, qui a déjà généré 14 emplois, ne tourne pas encore à plein régime, sa production ayant atteint 55.000 tonnes sur la première année de fonctionnement. De qualité « premium », les granulés sont principalement commercialisés en marque blanche par trois distributeurs nationaux. Le reste est vendu sous les couleurs de Jura Pellets en Suisse et en direct, dans le Jura et le Doubs.
Cette diversification n’est pas la première. Dès 2001, les Chauvin s’étaient alliés avec trois confrères pour fonder Pro Lignum. Établie à Frasnes (Doubs), cette PME (18 salariés, chiffre d'affaires de 30 millions d’euros) s’est spécialisée dans les poutres en bois contre-collé. Pionnière dans ce domaine en France, et toujours leader national « surtout en bois blanc », elle fabrique également du lamellé-collé en petite section ainsi que du bois massif abouté, sans compter « un peu de négoce », glisse Fabrice Chauvin.
Nouveaux débouchés avec le CLT

En 2020, poursuivant cette logique d’intégration verticale, la scierie a investi un marché émergent mais prometteur : le bois lamellé-croisé ou CLT (abréviation de cross laminated timber en anglais), un matériau présenté comme une alternative au béton pour les murs et les planchers. De l’association avec un agent commercial expérimenté est née la société XLam-Industrie (18 salariés, chiffre d’affaires annuel de 15 millions d’euros) qui est hebergée dans les locaux historiques de Chauvin, au centre de Mignovillard.
Formés par plis croisés, les panneaux de grande hauteur (jusqu’à 16,50 m) en CLT permettent « d’utiliser du bois sec voire du bois bleu [ndlr : coloré par des champignons] car 70 % des lames mises en œuvre ne sont pas visibles », expose Fabrice Chauvin. Deuxième producteur français à miser sur ce créneau chronologiquement, après Piveteaubois en Vendée et avant le Suisse Schilliger en Alsace, XLam-Industrie est aujourd’hui le premier client d’une scierie dont les affaires ne semblent pas pâtir de la crise du bâtiment : « La rénovation et l’habitat collectif ne vont pas si mal que ça. Nous avons du travail parce nous sommes très souples et multispécialistes », poursuit le dirigeant.
Cette polyvalence s’incarne dans l’impressionnant site industriel déployé sur 15.000 m2 autour de deux lignes de sciage complémentaires. La première, un canter circulaire automatisé, est dédiée aux petits bois. Rapide et productive, elle traite entre 10 et 12 billons par minute. Plus traditionnelle et flexible, la seconde ligne à ruban, dirigée par un opérateur, débite des gros bois et des grandes longueurs.
Dotée d’outils de dernière génération, la scierie Chauvin s’est récemment équipée d’un trieur intelligent qui scanne les quatre faces des planches afin de garantir un classement parfaitement homogène. À l’été 2025, fidèle à sa politique, elle prévoit d’investir « autour de 4 millions d’euros » dans l’installation d’un second trieur automatisé du même type.

© Laurent Cheviet
La scierie Chauvin est née en 1925 au centre du village de Mignovillard. Elle a connu un premier essor à partir de 1964 sous l’égide de Léon et Maurice, les petits-fils du fondateur.
En 1995, l’entreprise s’est scindée en deux. Franck et Laurent, les fils de Maurice, ont créé Chauvin Construction Bois à Mont-sous-Vaudrey (entre Dole et Arbois), tandis que Stéphane et Fabrice reprenaient l’activité de sciage.
Depuis lors, les cousins continuent à travailler ensemble. La scierie a approvisionné le constructeur en poutres de bois massif jusqu’à ce que ce dernier opte pour le contre-collé au début des années 2000. C’est d’ailleurs pour ne pas perdre leur principal client, les « chalets Chauvin », que Stéphane et Fabrice se sont lancés dans l’aventure Pro Lignum.
(*) Le volume scié par Chauvin correspond à lui seul au quart du total prélevé annuellement dans la forêt résineuse franc-comtoise, soit environ 900.000 m3.



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