La société de capital-investissement Antin Infrastructure Partners a annoncé son entrée en négociations exclusives pour prendre une participation majoritaire dans Matawan, l’entreprise de smart mobility née à Mâcon en 2012. Cette opération, qui devrait être finalisée d’ici la fin 2025, marque une nouvelle étape pour une pépite de la French Tech en pleine hypercroissance.

L’heure est à l’accélération pour Matawan. Le champion français de la mobilité intelligente annonce être entré « en négociations exclusives en vue d’une prise de participation majoritaire » avec le fonds international Antin Infrastructure Partners. Créée en 2012 à Mâcon (Saône-et-Loireà sous le nom Ubitransport par Jean-Paul Medioni sur une idée novatrice – utiliser le numérique pour optimiser les réseaux de transport scolaire, urbain et interurbain –, la SAS Matawan s’est imposée en quelques années comme l’un des principaux acteurs européens de la billettique connectée et de la gestion intelligente des flux de transports en commun. « Nous avons introduit une véritable rupture dans la façon de penser les systèmes de transport, en plaçant la donnée au cœur de notre plateforme », souligne le fondateur, qui restera actionnaire et membre du conseil de surveillance. « L’arrivée d’un fonds comme Antin met en perspective toutes les opportunités devant nous et nous donne les moyens de franchir un cap », poursuit-il.

 

Cessions aquisitions

 

Avec plus de 330 réseaux de transport équipés dans six pays – du Canada à la Suisse en passant par l’Espagne et la Belgique – et un chiffre d’affaires qui avoisine les 50 millions d’euros en 2024, la société connaît une croissance spectaculaire, supérieure à 30 % chaque exercice en moyenne depuis trois ans, et à 50 % sur celui en cours. Ses effectifs de 250 collaborateurs sont répartis entre Mâcon, son siège social, Lyon, Sophia-Antipolis, Paris et Besançon. Ils témoignent de son ancrage territorial, particulièrement fort en Bourgogne-Franche-Comté (une centaine de salariés) et dans le Grand Est. Elle y équipe plus de la moitié des réseaux de transport, notamment auprès d’acteurs comme Keolis et Transdev.

L’entrée d’Antin s’inscrit dans le cycle naturel d’évolution du capital. Le fonds français Essling Capital, arrivé à maturité, cède sa place à un investisseur d’envergure internationale. « Il nous fallait un partenaire capable de nous accompagner à l’échelle mondiale », explique Jérôme Trédan, directeur général depuis 2022, qui restera en place à l’issue de la prise de participation majoritaire. « Antin est un fonds dimensionnant, présent dans l’énergie, le transport et les infrastructures sociales. Nous partageons la même vision : faire émerger des champions européens qui veulent devenir globaux », note-t-il.

Jérôme Trédan, CEO de Matawan
Jérôme Trédan, CEO de Matawan, restera en place à l'issue de la prise de contrôle par Antin, © Matawan

 

Accélérer le développement international et renforcer les investissements

L’accord devrait permettre à Matawan de renforcer ses investissements en R&D, notamment dans le cloud, la donnée et les équipements embarqués, mais aussi d’accélérer son expansion internationale. Déjà présente en Amérique du Nord, la société cible en priorité l’Europe du Sud et l’Amérique du Nord, sans exclure à terme l’Afrique et l’Asie. « Nous allons poursuivre notre stratégie de croissance organique, mais aussi examiner des opportunités de rachats », indique le dirigeant, qui cite l’exemple de Mobireport, société acquise en 2022 pour enrichir la plateforme de services. « C’est typiquement le type de petite entreprise qui nous intéresse », précise Jerôme Trédan.

 

preventalis

 

Pour Antin, cette opération représente le septième investissement de son fonds NextGen Infrastructure, doté d'1,2 milliard d’euros. « Matawan est idéalement positionnée pour devenir un acteur majeur du transport public en facilitant la transition vers des réseaux intelligents et décarbonés », déclarent l'ancienne ministre Nathalie Kosciusko-Morizet (désormais Senior Partner) et Nicolas Mallet (Partner NextGen). L’expertise, des dirigeants, notamment en matière de relation avec la puissance publique a pesé lourd dans la balance de la société mâconnaise. « Ils représentent un vrai levier d’expertise et sont, en outre, des investisseurs payeurs, pas de simples conseils, ce qui est intéressant pour nous. De notre côté, nous conservons la maîtrise de notre destin tout en bénéficiant du soutien d'un puissant partenaire », confie Jean-Paul Medioni.

La transaction, qui devrait être finalisée d’ici la fin de l’année 2025, reste soumise aux procédures réglementaires et à la validation des autorités. Mais elle illustre déjà l’ambition d’une société qui, en un peu plus d’une décennie, est passée du statut de start-up régionale à celui de référence internationale. « Nous avons toujours eu l’ambition de créer une entreprise mondiale », conclut Jérôme Trédan. « Aujourd’hui, les planètes sont alignées pour franchir une nouvelle étape, sans rien renier de notre ADN : innovation, impact social et ancrage territorial. »

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