Sous les feux des projecteurs après l’annonce de la fermeture de deux de ses usines de l’ouest de la France, le groupe Michelin envoie un signal positif en Bourgogne. Il investit 4 millions d'euros sur son site de la région à Blanzy (Saône-et-Loire) dans le but de réduire sa consommation d’eau et de maintenir ainsi son activité en cas de sécheresse.
Tout sourire, Sascha Kettler, directeur du site Michelin de Blanzy (Saône-et-Loire), désigne du bras une vaste bassine de rétention d’eau, d'importance. Elle incarne le projet nommé « Hydraloop ». Or, « grâce à lui, nous pourrons disposer de 10 jours d’autonomie de fonctionnement en eau, en cas de sécheresse et de restrictions sur l’usage », explique-t-il.
Dans une collision dont l’actualité a le secret, Michelin, qui a annoncé en octobre dernier son intention de fermer ses sites de production de Cholet et de Vannes dans l'ouest de la France, entend montrer au contraire son implication environnementale sur l'un des ses plus important sites français en surface, celui de Blanzy- Montceau.
Le timing n’est guère idéal, mais le projet est d’intérêt et d’ampleur. Hydraloop vise à faire atteindre à l’usine son autonomie en eau à l’horizon 2030, avec une réduction de sa consommation de 80 % dès l’année prochaine 2025. Pour y parvenir, le groupe français réalise d’importants travaux destinés à constituer une boucle de récupération et de réutilisation de la ressource.
Aujourd’hui, le site prélève environ 160.000 m3 chaque année au niveau de l’étang de la Sorme, principalement pour des opérations de refroidissement et de nettoyage. L’eau est ensuite filtrée, puis rejetée dans la Bourbince, la rivière qui passe à proximité. Le groupe d’ingénierie de la construction et d’exploitation Egis a été missionné pour penser Hydraloop, dont la réalisation a été confiée à un groupement conduit par Eiffage, incluant l’entreprise Allayrat de Saint-Vallier (Saône-et-Loire) pour le terrassement et le groupe Sade pour le gros œuvre.
Le projet représente un investissement de 4 millions d’euros, dont 980.000 euros de subvention de l’agence de l’eau Loire-Bretagne. Un bassin de rétention de 8.000 m3 collectera les eaux usées et pluviales, lesquels passeront par l’unité de filtration existante.
Cette « eau brute » est ensuite envoyée vers une nouvelle zone de traitement, située au sein même de l’usine, où elle subit un processus de filtration avancé, recourant au charbon actif. Puis, elle est acheminée dans l’usine, en vue une nouvelle utilisation.
Un site stratégique pour l'organisation européenne du manufacturier

Celle-ci s’avère, en effet, cruciale pour l’organisation du manufacturier en Europe. « Notre site multi-activités de Blanzy se situe au cœur de l’Europe, ce qui nous permet de relever le challenge logistique de l’approvisionnement de nos usines du continent », détaille Sascha Kettler.
Au sein de ses ateliers de 400.000 m2, Michelin fabrique des « semi-finis », mélanges et tissus gommés qui entrent dans le processus de fabrication des pneumatiques, à destination d’autres usines du groupe. Cette activité de production emploie 550 personnes. Un investissement structurant de quelque 50 millions d'euros l'avait renforcée au milieu des années 2010. L’usine fabrique également des produits finis, en l’occurrence des pneumatiques de très grande taille, pour le génie civil (engins de chantier, grues…) et l’armée, avec un autre effectif dédié de 550 salariés, sur environ la moitié de la surface du site. Les services support ainsi qu’un bureau d’études portent à 1.200 le nombre de collaborateurs à Blanzy.
Au niveau mondial, le groupe Michelin emploie 132.500 personnes. Il a réalisé un chiffre d’affaires de 13,48 milliards d’euros au premier semestre 2024, et de 28,3 milliards d'euros sur l'ensemble de 2023. Cette même année, son résultat opérationnel a atteint un niveau record de 3,6 milliards d’euros.
Le 5 octobre dernier, Michelin a annoncé son intention de fermer, au plus tard début 2026, ses sites de Cholet (Maine-et-Loire ) et de Vannes (Morbihan), employant au total 1.254 salariés. Le site de Blanzy n’est, à ce stade, pas impacté par ces décisions. « Aujourd’hui à Blanzy, il n’y a pas de souci », veut assurer son directeur.

© Arnaud Morel
La logistique du site de Blanzy s’avère cruciale à l’échelle du groupe Michelin. Et l’entreprise, en la matière, bénéficie de son excellent positionnement géographique, ainsi que de la présence des deux plateformes multimodales d'Aproport le service de transport fluvial de la CCI, en Saône-et-Loire, à Mâcon et Chalon-sur-Saône. « Nos matières premières, du caoutchouc naturel ou de synthèse, arrivent par containers des ports du Havre et de Fos-sur-Mer. Ils sont acheminés par voie fluviale jusqu’aux deux plateformes de Mâcon et Chalon, puis êlles partent par fret ferroviaire à Montceau », explique Sascha Kettler, directeur de Michelin Blanzy. Seuls les derniers kilomètres du parcours empruntent la route.



















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