La jeune société française Verso Energy a signé, le 5 septembre, un contrat avec l'aciériste allemand SHS par lequel elle s’engage à produire de l’hydrogène « vert » à Carling-Saint-Avold, en Moselle, afin d’aider le groupe à réduire les émissions de C02 de sa production. Le précieux gaz sera acheminé sur 25 km via le futur réseau de transport d’hydrogène transfrontalier MosaHYc. Mais il faudra à Verso Energy consolider le financement des 100 millions d'euros du projet.
La plus minuscule molécule de la chimie va verdir l'une des plus grosses industries émettrices de CO2 : la sidérurgie. L’énergéticien français Verso Energy a signé en effet, le 5 septembre à Dillingen (Allemagne), à 15 km de la frontière française, un contrat avec le sidérurgiste allemand SHS (Stahl Holding Saar) par lequel il s’engage à lui fournir 6.000 tonnes d’hydrogène par an à partir de ses futures installations de Carling-Saint-Avold (Moselle).
Ceci n’est qu’un premier pas, car SHS aura besoin à terme de 120.000 tonnes d’hydrogène annuellement pour atteindre ses objectifs environnementaux : pas de l’hydrogène gris généré par du combustible fossile, mais bien une version d'origine renouvelable, à partir d’énergies solaire ou éolienne.
Ce marché émergent a été investi par Verso Energy. La start-up a été fondée en 2019 par Antoine Huard et Xavier Caïtucoli, le fondateur de Direct Energie qu’il a revendu en 2018 à TotalEnergies, elle est également active dans les projets de carburant alternatif au kérosène dans l'aviation, avec un projet à Epinal-Chavelot (Vosges).
Après la signature de ce premier contrat commercial de dix ans avec SHS, le duo d’entrepreneurs va devoir convaincre un pool bancaire de cofinancer les plus de 100 millions d’euros nécessaires à la construction de leurs installations industrielles sur la plateforme mosellane. Il table sur un démarrage des travaux fin 2026 pour la construction d’un premier électrolyseur de 70 mégawatts, une unité qui utilise l'électricité pour diviser l'eau (H2O) en ses éléments constitutifs (H2 et O2).

A sa mise en service, à l’horizon 2030, le site connecté à un poste très haute tension 400.000 volts devrait employer une trentaine de salariés. « Il s'agit du premier projet en Europe visant à fournir de l’hydrogène renouvelable pour décarboner une usine sidérurgique existante », assure Antoine Huard, directeur général de Verso Energy. Le dirigeant parle également du deuxième plus important projet de production d’hydrogène en France, après celui d’Air Liquide à Port-Jérôme (Seine-Maritime). « Cette première installation a vocation à grandir en fonction des besoins de SHS, mais aussi de ceux des autres industriels du territoire pour atteindre jusqu’à 300 MW de puissance », ajoute Xavier Caïtucoli, le président de la jeune société française.
Objectif - 55 % d'émissions

Le choix de la plateforme de Carling-Saint-Avold n’est pas dû au hasard. Le site a vocation à se connecter au futur réseau transfrontalier de transport d’hydrogène MosaHYc porté par le gestionnaire de réseau NaTran (ex-GRTgaz) et son homologue allemand Creos. Le gaz vert sera acheminé sur 25 km jusqu’à l’aciérie de Dillingen par une canalisation de gaz naturel existante convertie au transport d’hydrogène. Une coopération transfrontalière louée par le président de SHS, Stefan Rauber, qui a invoqué « le pouvoir de la grande région SaarLorLux (Sarre, Lorraine, Luxembourg) », estimant qu’il n’y a « rien de comparable à ce que nous faisons .»
SHS, un groupe de 13.000 personnes (chiffre d’affaires de 7 milliards d’euros) n’est pas un total inconnu en France. Sa filiale Saarstahl a racheté le laminoir à rail de Hayange (Moselle) et l’aciérie Ascoval (Nord) mis en vente en 2021 par Liberty Steel. L’industriel, troisième plus gros producteur d’acier en Allemagne, s’est engagé ces dernières années à investir 3,5 milliards d’euros dans la construction de nouvelles installations de réduction directe de l’acier et de deux fours à arc électrique à Dillingen et Volklingen en Sarre.
Son projet d’abaisser de 55 % ses émissions de CO2 à l’horizon 2030 a reçu le soutien du gouvernement fédéral allemand et du Land de Sarre à hauteur de 2,6 milliards d’euros. Les futures installations de SHS consommeront annuellement les 6.000 tonnes d’hydrogène vert fournies par Verso Energy, mais aussi 115.000 tonnes de gaz naturel. La réduction du bilan carbone sera donc apportée majoritairement par le gaz naturel, 60 % moins émissif que le charbon utilisé dans les actuels hauts-fourneaux.
L’aciériste a néanmoins l'intention, à termes, de consommer 100 % d’hydrogène renouvelable, si les tarifs le permettent… En ce sens, le président de SHS a insisté sur « la nécessité de prix compétitifs à l’international pour l’hydrogène vert » et annoncé lancer « un nouvel appel d’offres en 2026, avec l’objectif d’en initier un chaque année. »
Candidat malheureux au premier appel d’offres hydrogène de SHS, l’exploitant de la centrale thermique de Saint-Avold GazelEnergie a annoncé maintenir son projet d’investissement de 400 millions d’euros dans la production d’hydrogène bas carbone. L’enquête publique pour l’aménagement d’un premier électrolyseur doit se tenir d’ici la fin de l’année. Cette filiale du groupe EPH détenu par le milliardaire tchèque Daniel Křetínský a également présenté, le 2 septembre dernier, son projet d’injecter 100 millions d’euros afin de convertir sa tranche électrique du charbon vers le gaz naturel. Cette dernière pourrait fonctionner pour l’hiver 2027-2028. L’énergéticien vient aussi de démarrer l’aménagement d’un second parc de batteries pour 50 millions d’euros et il prévoit de se positionner pour accueillir des data centers.













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