Une consommation globale en recul, mais un déploiement confirmé, du côté de la production, d’installations reposant sur les énergies renouvelables : les bilans 2024 du transporteur GRTgaz rebaptisé NaTran affichent des similitudes en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est. A l’exception de l’usage industriel, qui a baissé dans la première région et augmenté dans la seconde.
Dans les deux régions de l’Est, le gaz naturel est un peu moins tendance. Les chiffres 2024 de son transporteur NaTran, le nouveau nom de GRTgaz, en attestent. Au léger repli de 1,4 % de sa consommation en Bourgogne-Franche-Comté l'an dernier, répond une baisse plus significative de 10,5 % dans le Grand Est, bien supérieure aux - 5,5 % mesurés à l’échelle nationale. Les consommations respectives se sont ainsi situées à 16 térawattsheures et 52,9 TWh.
Dans le Grand Est, « le recul est la conséquence d’une meilleure disponibilité du parc nucléaire par rapport à 2023 qui a entraîné une bien moindre utilisation des trois centrales à gaz de la région », expose Vincent Rousseau, délégué territorial Nord-Est du transporteur.
L’industrie génère un contraste, en revanche. En Bourgogne-Franche-Comté, elle s’inscrit dans le mouvement général baissier, avec une diminution de 4,4 % que NaTran mesure auprès des clients raccordés au réseau de transport, ce qui correspond aux gros consommateurs comme le site Syensqo (anciennement Solvay) de Tavaux (Jura). « La chimie et la métallurgie ont concentré 75 % de cette consommation. Si l’on étend l’analyse à l’horizon de quelques années en arrière, on peut considérer que la tendance est à la stabilité », relève Bérangère Préault, déléguée territoriale Rhône-Méditerranée de NaTran, un périmètre englobant la Bourgogne-Franche-Comté.
Dans le Grand Est à l’inverse, l’utilisation industrielle a rebondi de 12 % d’une année à l’autre, cependant Vincent Rousseau reste prudent quant à en tirer des conclusions de long terme. « Parmi les grandes sources, la chimie évolue sur un marché mondial fluctuant, et l’agroalimentaire sur un marché plus local qui a été visiblement porteur s’agissant du recours au gaz naturel dans le Grand Est. Mais dans les Hauts-de-France voisines, ce secteur s’affiche en baisse dans notre bilan 2024 », rapporte-t-il.
L’effet Secalia sur la montée du biométhane en Bourgogne-Franche-Comté

Une évolution paraît en revanche bien s’ancrer dans le temps, au chapitre cette fois-ci de la production de gaz naturel : le recours à des sources renouvelables, que d’aucuns qualifient de « verdissement », terme à prendre avec quelques pincettes. La méthanisation en constitue le vecteur. En Bourgogne-Franche-Comté, sa croissance en 2024 a été tirée par le dossier de taille exceptionnelle Secalia, l’unité portée par Dijon Céréales et le Danois Nature Energy à Cérilly (Côte-d’Or) la plus importante de France d’origine agricole. Sa mise en service permet la production annuelle de 230 gigawattsheures (Gwh), « correspondant à 10 % de la consommation résidentielle de gaz en Côte-d’Or », rappelle NaTran.
Elle contribue au bond à 719 Gwh des capacités régionales, « l’équivalent de la consommation réunie de Belfort et Chalon-sur-Saône », mais elle n’a pas été seule dans ce cas : « Les 11 nouvelles unités portant le total à 26 marquent une vraie accélération et la dynamique semble se poursuivre. Le potentiel est là pour atteindre l’objectif d’un quadruplement (à 3 Twh) du gaz renouvelable et bas carbone en Bourgogne-Franche-Comté en 2030 », expose Bérangère Préault.
Le Grand Est a vu, pour sa part, l’arrivée de 121 Gwh supplémentaires de biométhane en 2024 pour parvenir à un total de 2,7 térawattsheures représentant près de 20 % de la capacité nationale injectée. Toutefois, la région approche peut-être d’un plafonnement : « Nous recensons peu de nouveaux projets », rapporte Vincent Rousseau. L’acceptabilité sociétale plus délicate dont témoignent des contestations de projets peut faire partie des freins, outre les conditions économiques. Si la région veut remplir ses objectifs, elle devra encore cravacher : ils sont situés à 6,7 Twh, soit plus du double de l’existant, pour 2030.
Capter la future dorsale européenne

Au niveau des infrastructures, Ies deux régions administratives sont appelées à former le lieu de passage d’une même artère : Hy-Fen, l’épine dorsale européenne de transport de l’hydrogène sur 1.300 km de Barcelone à Francfort. En oeuvrant à ne pas être qu’une zone de transit : « Nous travaillons à en faire le point d’irrigation de tout le territoire régional, par ramifications », souligne Bérengère Préault pour le cas de la Bourgogne-Franche-Comté. Les études de faisabilité en cours, objet d’une subvention européenne de 35 millions d’euros, visent à donner réalité à Hy-Fen en 2030.
Dans le Grand Est, le projet Rhyn doit en constituer la section de circulation le long de la rive alsacienne du Rhin et pour le passage en Allemagne. Et son homologue mosaHyC (100 km visés en 2028) pourra prolonger Hy-Fen vers une autre zone frontalière allemande, la Sarre en vue notamment de fournir en énergie « verte » l’aciérie Saarstahl.



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