L’usine lorraine du sidérurgiste Saarstahl voisin en Sarre compte sur le durcissement de la fiscalité du C02 promise par l’Union européenne pour combler l’écart de compétitivité qui sépare encore ses rails bas carbone des versions standard du produit. Depuis sa reprise en août 2021 par le groupe allemand, le site lamine principalement des barres fournies par une aciérie électrique.
Les rails bas carbone de l'Allemand Saarstahl à Hayange (Moselle), dans la vallée lorraine de l’acier, seraient-ils non seulement plus écologiques, mais aussi moins chers ? C’est ce qu’a laissé entendre le ministre belge de la Mobilité en mai dernier, dans la foulée du contrat signé entre le groupe sidérurgique et Infrabel, le gestionnaire du réseau ferroviaire en Belgique. « Avec la solution innovante de Saarstahl, nous démontrons que l’approche environnementale et circulaire est celle qui s’avère être la plus intéressante sur le plan économique », a déclaré à cette occasion le ministre Georges Gilkinet.
En réalité, les rails « verts » qui sortent du laminoir mosellan affichent encore un tarif supérieur de 10 à 15% à ses homologues « gris » davantage chargés en carbone. « Nous avons conscience de cet écart. Après un calcul de prix minutieux, nous avons cependant réussi à soumettre l'offre la plus compétitive », éclaire Nadine Artelt, co-directrice de l’usine Saarstahl de Hayange.
Avec son montant de 200 millions d’€ pour la livraison de 2.800 kilomètres de rails verts sur quatre ans, le marché Infrabel méritait bien un effort. Depuis août 2021, date de la reprise de l’usine par Saarstahl (groupe Stahl Holding Saar), les produits laminés sur place le sont à partir de barres d’acier fabriquées par l’aciérie électrique Ascoval de Saint-Saulve (Nord) également reprise par le sidérurgiste de Sarre au terme d'un feuilleton très médiatisé.
La fabrication de ces barres ou « blooms » nécessite deux ingrédients principaux : de l’énergie électrique et de la ferraille, autrement dit de l’acier recyclé. A l’inverse, les hauts-fourneaux qui alimentaient auparavant Hayange s'alimentent en minerai de fer et de coke, un dérivé du charbon, importés. La comparaison des bilans carbone est sans appel : la réalisation des rails verts en France émettrait 70% de CO2 en moins.
Le ministre belge n'a peut-être fait qu'anticiper ce qui pourrait advenir dans quelques années. « Le marché européen du carbone accorde actuellement d’importants quotas d’émissions gratuits aux industriels. Ces gros émetteurs vont bientôt devoir payer ces quotas. En conséquence, l’acier vert deviendra réellement plus compétitif que l’acier gris », complète Nadine Artelt.
L’Union européenne (UE) envisage en effet de réduire à partir de 2026 les quotas gratuits accordés aux usines du continent, avant de les faire disparaître totalement en 2036. En parallèle, elle a promis une taxe carbone aux frontières. Si elle voit le jour, celle-ci imposera aux importateurs de déclarer le contenu carbone des aciers importés. Ces derniers commenceraient à être soumis au paiement de droits d’émissions dans trois ans.
Fours au gaz vieillissants

Pour le moment, les rails verts de Saarstahl intéresseraient surtout les marchés français et suisse. Mais le site de 440 salariés battant désormais pavillon germanique estime avoir de bonnes chances de conquérir le réseau ferroviaire allemand, dont il est actuellement absent.
En attendant de percer outre-Rhin, Hayange se concentre sur l’essentiel, à savoir le renouvellement de son contrat avec la SNCF en 2024, un marché qui pèse rien moins que la moitié de son activité. Le groupe construit actuellement son offre inédite pour lui qui n'exploitait que des hauts-fourneaux avant la reprise de l’aciérie de Saint-Saulve. Pour Nadine Artelt, « nous savons très bien évaluer les enjeux de fluctuations des prix des matières premières pour les hauts-fourneaux. En revanche, la prise en compte des variations des cours du mégawatt électrique constitue un exercice nouveau pour le groupe. Nous sommes particulièrement vigilants. »
La direction bicéphale mise en place il y a un an aide à appréhender ces nouveaux enjeux. Avec douze ans d’expérience au sein du groupe allemand, Nadine Artelt apporte la culture Saarstahl dans les parties administrative, commerciale et financière. Son binôme, Adrien De Bastos, amène quant à lui le savoir-faire technique et la connaissance du site de Hayange où il a travaillé pendant sept ans. Cette année, Hayange devrait produire 290.000 tonnes de rails pour un chiffre d’affaires de 370 millions d’€, contre 300 millions d’€ en 2022.
Depuis la reprise, 7 millions d’€ ont été investis pour la remise en état des outils de Hayange et de Saint-Saulve. L’enjeu consistera maintenant à remplacer les deux anciens fours au gaz utilisés sur le site mosellan pour réchauffer les blooms avant de les laminer. Le groupe étudie la faisabilité de cet investissement de près de 40 millions d’€. Un budget à mettre dans la balance avec de potentiels économies en gaz, en maintenance et aussi en certificats carbone.







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