Le projet de géothermie profonde de Fonroche, dont les travaux ont été arrêtés par ordre préfectoral, devait contribuer à l’objectif de l’Eurométropole de Strasbourg de devenir un territoire qui couvrirait 100 % de sa consommation par les ressources renouvelables en 2050. Quelle énergie pourrait remplacer la géothermie ? Revue de détails des scénaris plausibles.


Exit donc la géothermie à Vendenheim (Bas-Rhin). La succession de séismes ressentis, au nombre de sept du 28 octobre au 4 décembre dans le cadre de tests, aura eu raison du projet de l’énergéticien Fonroche sans que l’on sache à ce jour si l’événement déclencheur, une secousse en novembre 2019 qui a fait diligenter les tests de vérification, est d’origine industrielle ou naturelle. La préfète du Bas-Rhin a prononcé le 4 décembre, l’arrêt définitif des travaux sur ce site. [ Lire ici l’article de Traces Ecrites News ]


L’application du principe de précaution préfectoral s’élargit à la géothermie profonde en général dans l’agglomération de Strasbourg, puisque d'autres projets moins avancés sont gelés : ceux de Fonroche encore à Hurtigheim et Eckbolsheim, et celui du groupe ES à Illkirch. Voilà qui pose la question de l’avenir local de cette énergie et par ricochet, celle de la capacité de l’agglomération à tenir son objectif : devenir un territoire qui couvrirait 100 % de sa consommation par les ressources renouvelables en 2050.

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Son instance politique, l’Eurométropole (EMS) n’est pas disposée à enterrer sans autre forme de procès la source de chaleur et d’électricité puisée à plusieurs kilomètres sous terre. « Nous ne renonçons pas au principe de la géothermie », a déclaré le 15 décembre sa présidente Pia Imbs.
« Ce dont nous avons besoin, c’est de mieux faire expertise  [ la technologie, NDLR ], en terme de qualité de sous-sol, de profondeur des forages  [ celui de Vendenheim descendait à un niveau de moins 5 kilomètres qui est conséquent mais pas exceptionnel ni incompatible avec un fonctionnement normal comme le prouve depuis plusieurs années la centrale de même profondeur en service de Soultz-sous-Forêts, NDLR ]. En somme nous avons besoin de donner du temps, six mois, neuf mois… avant de prendre des décisions », a-t-elle ajouté, en donnant ainsi le sens à la mission d’information et d’évaluation soumis au vote du conseil de l’EMS le vendredi 18 décembre.


Un pilier majeur de la stratégie locale du zéro énergie fossile

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La centrale géothermique d'Illkirch dont les travaux ont été suspendus suite aux événements de Fonroche, va chauffer des logements. 


La position de l’Eurométropole se comprend : par sa régularité et surtout par ses volumes, la géothermie constitue un pilier majeur de la stratégie locale du zéro énergie fossile. S’en passer imposerait un sacré défi. Le Plan climat de la collectivité voté il y a un an renseigne bien sur les enjeux. En 2017, la production d’énergies renouvelables représentait 14 % de la consommation du territoire de l’Eurométropole. A elles deux, les centrales géothermiques de Vendenheim et d'Illkirch, conçues pour chauffer 31.000 logements et équivalents, porteraient cette part à 19 % soit 5 points de plus, dans une hypothèse de consommation constante, selon le Plan. 



Les deux autres centrales (Hurtigheim et Eckbolsheim) feraient gagner quelques points supplémentaires encore, de sorte qu’en 2050, le taux de couverture de la consommation par la géothermie profonde serait de 11 %, selon les vœux du Plan climat et du Schéma directeur des énergies qui lui y est lié. Converti en chiffres absolus, le pourcentage aboutit à quelques 600 gigawattsheures par rapport aux 5.400 de besoins pour les consommations visés dans trente ans, qui marqueraient une réduction de 55 % par rapport à celles mesurées en 2012 (11.890 Gwh).
Les capacités projetées des trois projets hors Vendenheim (Fonroche) devraient être en mesure de couvrir ce besoin de 600 Gwh : elles se situent à 850 Gwh/an, « mais il faut tenir des effets de saisonnalité, la comparaison est plus subtile », tempère un spécialiste de la géothermie.  

 

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Et si ces projets étaient à leur tour enterrés, quelle énergie pourrait remplacer la géothermie ? « Les potentiels se situent dans la biomasse, le solaire et la méthanisation », identifie Pia Imbs. Le solaire, thermique et photovoltaïque additionnés, représentait 20 Gwh/an en 2017. Le biogaz se situait à 36 Gwh, grâce à la méthanisation des boues de la station d’épuration communautaire (la solution « Biovalsan » de Suez) avec le renfort des 13 Gwh, depuis quelques mois, du site de méthanisation de déchets organiques du groupe Lingenheld. Les comparaisons quantitatives d’une énergie à l’autre sont à manier avec des pincettes, mais on devine que la montée en puissance devrait être considérable en se focalisant sur une seule source.

 

Un mix de toutes les énergies renouvelables, hormis l'éolien

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Mini-centrale solaire sur un plan d'eau à Ilkirch @ Traces Ecrites


Le salut, si besoin, viendrait d’un effort tous azimuts. D’ailleurs le mix visé en 2050 se répartit assez équitablement : outre la géothermie à 11 %, elle prévoit 25 % par l’hydraulique, 20 % par la biomasse, autant par le solaire, 12 % par la chaleur fatale et 9 % par les pompes à chaleur. Une « contribution » supplémentaire d’un ou quelques points par chacun semble un scénario plus réaliste, sachant que l’option de l’éolien est écartée.

La chaleur fatale paraît représenter le gisement le plus prometteur : la récupération des excédents d’énergie, notamment des industriels. Le projet d’alimentation de plusieurs quartiers par la chaleur résiduelle de l’aciérie allemande BSW de Kehl est dimensionné pour 80 Gwh pour commencer – mais suppose de construire une méga-conduite sous le Rhin. Un chantier désormais lancé au port de Strasbourg pourrait procurer jusqu’à 160 Gwh (voir encadré).  


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Si ces voies ne suffisent pas, il en reste trois, isolées ou cumulées, toujours dans l’optique du zéro fossile. Tabler sur l’émergence de technologies aujourd’hui inconnues ou marginales, puisque trois décennies nous séparent encore de 2050. Augmenter la part des renouvelables « importées » depuis plus loin par rapport aux 50 % inscrits dans le Plan climat. Enfin, agir sur l’autre donnée du ratio : la consommation, en la diminuant encore. Mais ce scénario paraît hypothétique : respecter l’objectif de moins 55 % par rapport à 2012 n’est déjà pas gagné, compte tenu que la consommation d'énergie est repartie de la hausse de 2014 à 2017…
 

 Le salut par le port ?

portstrasbourg Alors que la géothermie profonde bat de l’aile pour alimenter les réseaux de chaleur de Strasbourg, ceux-ci voient se dessiner une autre source. Le Port autonome de Strasbourg (PAS) a annoncé la mise en chantier d’un réseau d’un potentiel de 160 Gwh/an, soit 35.000 logements chauffés selon lui, à partir de sa zone.
Quelques 60 % de ce total (100 Gwh) proviendraient des excédents de calories (la chaleur fatale) du papetier Blue Paper, avec une première mise en service pour 40 à 50 Gwh dès l’année prochaine. 

L’investissement s’élève à 27 millions d’€ dont 13 millions pour cette phase initiale : 3 millions de l’industriel et 10 pour la construction d’équipements et de 3 km de canalisations par la société porteuse du projet, R-PAS.
Cette dernière rassemble le port (10 %), la Banque des territoires (8 %) et principalement l’opérateur alsacien de réseau de chaleur urbain R-CUA, commun au distributeur bas-rhinois de gaz R-GDS et au suisse Prime Energie (ex-EBM).
Ce premier réseau va connecter à ceux des quartiers Coop et Wacken. Les développements suivants impliqueront 9 km supplémentaires de canalisations et la mise à disposition de chaleur par d’autres industriels.

 

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Les sites de géothermie profonde dans le Bas-Rhin. Source : Préfecture du Bas-Rhin

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