Les vents ont déjà été plus favorables à la logistique. Les exposants à l’édition 2024 d’Euro Supply Chain, troisième du nom, tenue ce 11 juin à Mulhouse (Haut-Rhin), n’ont pas caché la complexité de la conjoncture de leur secteur. Pas plus que celle du recrutement de main d’œuvre, thème qui a formé, avec l'incontournable décarbonation, l'un de ses fils conducteurs au salon organisé et hébergé par le Parc Expo. Mais leur confiance sur le long terme ne se dément pas, comme en atteste la hausse du nombre des exposants (+ 20 %) et des visiteurs à Euro Supply Chain 2024. Elle les incite à concrétiser ou lancer les investissements pour être au rendez-vous du rebond attendu à court terme. Focus sur quelques-uns de ces acteurs régionaux bien installés dans leurs starting-blocks, qui nous ont accueillis sur leur stand ce 11 juin.


• 
Kleyling s’agrandit au Pays des Trois Frontières

20240611_141603 (002)
Thierry Leidemer, directeur général, souligne la « confiance » de Kleyling qui a décidé l'entreprise à lancer sans contrat ferme préalable la construction d’un nouvel entrepôt à Village-Neuf (Haut-Rhin). © Traces Ecrites


Le « Projet 2024 » de Kleyling se met bien en route. Le transporteur-logisticien familial lance la réalisation de son nouvel entrepôt à Village-Neuf (Haut-Rhin). Les 8.500 m2 concernés représentent un investissement de 8 millions d’euros pour une mise en service prévue entre l’automne 2025 et le début 2026. Compte tenu de la restructuration d’une partie des surfaces actuelles, les capacités sur place seront portées de 6.000 à 11.000 m2. L’entreprise prend le pari d'une construction « en blanc », sans signature préalable ferme de contrat. Une démarche toute mesurée, cependant : « Nous avons confiance dans le dynamisme de ce secteur des Trois Frontières à l’intersection de la France, de l’Allemagne et de la Suisse. Nous misons sur le bouche-à-oreille et des contacts en résultent d’ores et déjà », souligne Thierry Leidemer, directeur général.

Le nouveau bâtiment se distinguera par sa hauteur de stockage de 13 mètres. Il conforte l’implantation sud-alsacienne de Kleyling, venant compléter les 15.000 m2 de son siège d’Algolsheim (Haut-Rhin), accolé lui aussi au Rhin, ce qui confère un profil résolument franco-allemand au portefeuille de clientèle de l’entreprise. Employant 165 salariés, celle-ci réalise un chiffre d’affaires annuel de 45 millions d’euros, réparti entre l’affrètement (63 %), le transport en propre au moyen de 80 véhicules moteur (30 %) et la logistique, appelée à croître.

expo mulhouse


• 
Charpiot installe son principal entrepôt près du Rhin

20240611_100351
Jacques Weill, directeur commercial, attend pour la deuxième moitié 2025 la mise en service des 10.000 m2 neufs de Charpiot à Bartenheim (Haut-Rhin). © Traces Ecrites


Chez Charpiot aussi, l’heure est à l’investissement . L’entreprise donne rendez-vous au second semestre 2025 pour l’entrée en fonction d’une plateforme de 10.000 m2 à Bartenheim (Haut-Rhin). Il annonce en avoir déposé la demande de permis il y a un mois. La nouvelle infrastructure va nettement augmenter les surfaces logistiques de Charpiot, situées aujourd’hui à 6.000 m2 au cumul des implantations de Delle (Territoire de Belfort) et Sierentz (Haut-Rhin). « Nous aurons ainsi la faculté de répondre à des demandes diverses d’industriels, de plusieurs milliers de m2 d’un seul tenant jusqu’aux prises en occupation plus modestes en taille, mais toujours pour des projets structurants : un tel site ne fera pas du stockage de débord », expose Jacques Weill, directeur commercial.

Présente également à Dijon-Longvic via une agence d’affrètement, la société de transport-logistique de 100 salariés (chiffre d’affaires de 26 millions d’euros en 2023) compte ainsi capter des flux d’affaires frontaliers, tout en capitalisant sur ses deux marques d’identité : les prestations de douane avec la Suisse assurées depuis plus d'un siècle d’existence (à Bâle, Delle-Boncourt, Genève et entre Morteau et Le Locle) et l’adossement au groupe BBL (2.100 salariés) qui procure les complémentarités d’offre, notamment depuis son propre fief de la région lyonnaise et pour l'« overseas » au-delà de l'Europe.

(2) SALON BE 5.0 2024 


• 
Tym-Dupessey sait maîtriser les risques 

20240611_104643
De gauche à droite : Luc Martel responsable grands comptes chez Dupessey, Imad Mankhar responsable d’exploitation à Illzach et Jean-Yves Funfschilling directeur du pôle Alsace du groupe. © Traces Ecrites


Filiale depuis 2015 du groupe familial rhônalpin Dupessey, la société Tym poursuit sur la lancée de sa dernière extension, remontant à 2019. Elle avait alors doublé ses surfaces à Hombourg (Haut-Rhin) pour les porter à 22.000 m2 et cumuler ainsi 62.000 m2 avec son vaste entrepôt d’Illzach en périphérie de Mulhouse. L’implantation au bord du Grand canal d’Alsace et près du Rhin s’inscrit dans un environnement industriel fort et exigeant, auquel l’opérateur sait répondre : « Ce site se distingue par son régime d’exploitation Seveso seuil haut », relève Luc Martel, responsable grands comptes. Il se dédie notamment à la chimie et opère le stockage sous douane. Les prestations de la société de 110 salariés, officiellement dénommée Tym by Dupessey&Co et spécialiste par ailleurs du transport de matières dangereuses, dépassent le simple cadre du traitement et redistribution de flux de marchandises : « Elles incluent la préparation de commandes et le copacking », rappelle Imad Mankhar, responsable d’exploitation à Illzach.

PVF_ 2024 - 640x90 

• Hays dénoue la complexité des recrutements

20240611_102010
Tom-Edouard Tambone souligne la croissance du pôle transports-logistique-achats de l'agence du cabinet de recrutement chargée de l'Alsace et du Territoire de Belfort. © Traces Ecrites


Le triptyque transport-logistique-achats a le vent en poupe chez Hays à Strasbourg. L’agence régionale du cabinet international de recrutement a porté en quelques années de 1 à 6 personnes les effectifs du pôle qu’elle dédie à cette activité, parmi la trentaine de collaborateurs qui la composent pour la couverture de l’Alsace et du Territoire de Belfort. Cette équipe a fort à faire pour permettre aux employeurs d’atteindre leurs objectifs d'embauche : le secteur d’activité est connu pour rencontrer des difficultés à attirer les compétences, et Hays Strasbourg ne peut que le confirmer. « Les priorités d’attente des candidats ont changé : bien avant le salaire, ils mettent désormais en avant la flexibilité d’organisation des entreprises. Ils jaugent la capacité de celles-ci à leur faire concilier vie privée et vie professionnelle, et à leur offrir la possibilité du télétravail », note Tom-Edouard Tambone, consultant en recrutement. Cette dernière opportunité n’est évidemment pas généralisable dans le transport-logistique, mais les employeurs se doivent de prendre en compte le phénomène, pour autant.

Tom-Edouard Tambone voit remonter une autre tendance auprès du pôle transport-logistique-achats : le recours accru au portage salarial. « Pour accéder à de l’expertise ponctuelle (pic d’activité, nouveau projet…) qui ne se trouve pas dans l’intérim, mais aussi pour pallier le déficit de candidatures à des CDI. » Hays compte aussi Dijon (pour la Bourgogne, le Doubs et la Haute-Saône), Nancy et Reims parmi sa vingtaine d’implantations en France.
 

Les chargeurs invitent les étudiants

Fidèle à Euro Supply Chain, l’Acuta (Association des chargeurs et utilisateurs de transport en Alsace) a réitéré pour cette 3è édition son invitation à participer aux élèves de l’IUT de Mulhouse préparant le BUT (bachelor universitaire de technologie) « management de la logistique et des transports. »

C’est ainsi qu’une quarantaine de futurs professionnels qui se forment en contrat d’alternance ont pu arpenter les stands et participer à plusieurs temps d’information préparés également pour ses adhérents par l’association, représentant la branche alsacienne de l’AUTF (Association des utilisateurs de transport de fret) : la décarbonation du secteur du transport-logistique autour du programme national de la filière Fret 21 d’une part, des exemples des groupes Dachser et Portmann d’autre part, ainsi que les relations au mode ferroviaire (les problèmes rencontrés par les chargeurs, l’enjeu des installations terminales embranchées-ITE, la digitalisation…). « Une belle opportunité pour eux de se plonger dans les sujets qui les attendront bientôt », commente Jean-Marc Rohlmann, président de l’Acuta.


• 
Horrenberger Spedition und Logistik se tient en embuscade à la frontière

20240611_151018 (002)
Stéphane Horrenberger a fondé en 2017 son entreprise de transport-logistique qui regroupe 40 remorques à Neuenburg-am-Rhein, au bord de la rive allemande du fleuve. © Traces Ecrites


L’Alsacien Stéphane Horrenberger ne perd pas de vue sa région d’origine. La création en 2017 de sa société Horrenberger Spedition und Logistik le place à proximité immédiate de la frontière franco-allemande, à Neuenburg-am-Rhein. « Nous ciblons en priorité la catégorie des grosses PME, régionales, familiales, telles qu’on les trouve en Allemagne, mais aussi en Alsace », souligne-t-il. L’entreprise de 20 salariés répartit son chiffre d’affaires annuel de 3 millions d’euros à parité entre le transport, la logistique (6.000 m2 d’entrepôt), la commission de transport (affrètement) et l’organisation de navettes dédiées pour les flux entre sites d’un même chargeur. En fonction du développement de clientèle sur la rive française du Rhin, Horrenberger y « regardera » les opportunités d’une implantation.

Commentez !

Combien font "10 plus 4" ?