Pascal Gautheron, fondateur et président du groupe dijonnais Fimadev, nous explique l’utilité du télétravail qui lui a permis de maintenir une activité pour les trois centres d’appels de sa filiale Centre Relations Clients (CRC). Seulement, il ne s’improvise pas en termes d’organisation, de gestion, comme d’équipements à fournir. Aussi pour se généraliser, il mériterait une évolution du code du travail. Entretien à J+1 du déconfinement.

 

• Comment se porte le groupe Fimadev depuis le déconfinement ?

Comme la plupart des entreprises, nous subissons une baisse importante d’activité, mais nos résultats précédents étaient bons, nous avons des fonds propres, ce qui nous a permis d’obtenir des prêts garantis par l’Etat de nos banques pour envisager l’avenir sans trop d’angoisse.
D’autant que certaines de nos filiales ont su rebondir, comme Inlingua®, spécialisée dans la maîtrise des langues étrangères ou encore Centre Relations Clients (CRC) qui gère trois centres d’appels. Et ce grâce au télétravail.

 

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• Pour CRC, vous ne pouviez pas utiliser vos plateaux où les téléconseillers sont très proches les uns des autres, a t-il été facile de les faire travailler de chez eux ?

Le télétravail est dans nos gènes et tout particulièrement dans les miens. En Bresse bourguignonne, le soir lorsque j’étais enfant, nous montions après le dîner des petites voitures en plastique pour des fabricants d’Oyonnax. Cela s’appelait à l’époque du travail à domicile ou à la maison. Il se pratiquait également beaucoup dans les zones de montagne l’hiver, comme le Jura avec l’horlogerie.
Il y a sept ou huit ans, lorsqu’une de mes employées, dont je ne voulais pas me séparer, a voulu vivre à La Rochelle, nous l’avons doté du matériel adapté. De même, pour une autre qui a voulu un peu plus tard s’installer à Reims, nous avons fait de même.
J’ajoute pour la période actuelle que notre taille d’ETI, notre culture informatique et numérique, ainsi qu’un management bienveillant, et j’y veille, ont grandement facilité la tâche. Les mentalités et l’outil étaient prêts.

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Dominique Bailly, téléconseiller chez CRC en télétravail. © Dominique Bailly


• Qu’elle a été la réaction de vos téléconseillers ?

Plutôt très bonne, car avec le confinement et les gestes barrières imposés, ils étaient rassurés d’être à l’abri de risques de contamination. En outre, nous les avons doté de tout le matériel nécessaire : casque et ordinateur. Et puis, Sylvain Coulon, responsable de la production à CRC, ainsi que quelques autres cadres, ont voulu anticiper.
Dès la fin février, ils m’ont alerté sur une organisation et une gestion de télétravail à mettre en place. Le 9 mars, nous étions prêts à épauler nos clients (Lire l'encadré sur Bergère de France). Bilan des courses, sur la centaine de téléconseillers que nous employons, 80% travaillent de chez eux et l’activité qui avait chuté aux trois quarts est remontée à la moitié.

Le cas Bergère de France

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En difficulté économique (*), l’une des dernières filatures françaises de fil à tricoter, née en 1946 et installée à Bar-le-Duc (Meuse) utilise CRC pour gérer ses commandes sur Internet. La raison : un manque de souplesse de ses infrastructures téléphoniques pour dispatcher les appels vers de multiples points extérieurs.
« Cela a permis un équilibre des ressources et d’assurer auprès de nos clients une disponibilité moyenne convenable, évitant ainsi une cessation provisoire d’activité », souligne Arnaud Delafont chez Bergère de France.

(*) En plan de continuation, après un redressement judiciaire en 2015, la filature, qui compte encore 150 salariés, souhaite vendre son site représentant 67.114 m² de foncier et 38.000 m² d’immobilier pour plus de 2 millions d’€. Elle en deviendrait ensuite locataire.

 

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• Parmi les changements à opérer demain, le télétravail est-il à généraliser ?

Lorsque c’est possible dans certains métiers, oui et non, car il ne faut jamais couper le lien physique avec l’entreprise qui est avant tout une communauté de femmes et d’hommes. Je suis pour une formule qui marie le télétravail au travail classique, disons à parité. Il faudrait alors faire évoluer avec plus de souplesse le code du travail, ainsi que la mentalité des employeurs, pour transformer le contrat de travail en contrat de confiance.
Comme autre avantage et non des moindres pour l’environnement, j’ajoute qu’on éviterait ces kilomètres d’embouteillages matin et soir à l’entrée et à la sortie des villes. Sans compter le temps gagné sur le repos de chacun.

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Rémy Chang, directeur de clientèle chez CRC, coordonne à distance le télétravail, ici sur le plateau de Dijon. © Traces Ecrites

 
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Le groupe Fimadev

Constitué progressivement de 1088 à 1999, Fimadev, acronyme pour Finance, marketing et développement, est entièrement détenu par Pascal Gautheron et sa famille. Il s’appuie sur six filiales, emploie 350 équivalents temps plein et réalise un chiffre d’affaires de 11,6 millions d’€.
Fimainfo s’occupe des développements informatiques et solutions Internet du groupe, et commercialise aussi ses logiciels pour d’autres. Inlingua® forme au langues étrangères ; Centre d’affaires Plus loue des bureaux ; Essencia réalise des enquêtes et sondages ; Excelliance exploite six cabinets de recrutement (CDI et intérim) dans l’Est et Rhône-Alpes, et Centre Relations Clients (CRC) gère trois centres d’appels à Dijon, Autun et Villeurbanne avec au total une centaine de téléconseillers.

 

Qui est Pascal Gautheron ?

Jeune soixantenaire (61 ans), ce Bressan d’origine - il est originaire de Louhans (Saône-et-Loire)- ponctue ses discours d’une myriade d’expressions de son cru. Parfois un rien sybillines. A titre d’exemple : « c’est à marée basse que l’on voit si les gens ont un slip ou pas. »
Le dirigeant, doublement diplômé d’un DESS, est un ancien de Manpower où il est resté dix ans. L’Union patronale de l’Yonne, aujourd’hui rebaptisée Medef Yonne, le recrute ensuite pour cinq ans et puis, c’est le grand saut dans l’entreprenariat. Pascal Gautheron a été président du Medef 21 de 2006 à 2012.
1 commentaire(s) pour cet article
  1. rodolphe delacourdit :

    Content d'avoir des nouvelles mon cher Pascal. Je suis toujours auto-entrepreneur et je travaille avec le Maroc (sauf en ce moment) à bientôt. Amicalement Rodolphe

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