Entre les discours sur la réindustrialisation de la France et la réalité du terrain, l’écart demeure immense. Le cas de Pixii à Besançon en témoigne. Le seul fabricant français d’appareils photo, ce qui le rend concurrent du célèbre Leica allemand, fait face à un cruel dilemme : trouver des partenaires pour se constituer un besoin en fonds de roulement (BFR) confortable ou « végéter » malgré le succès de ses boitiers que leur degré de technicité rendrait légitime.
Dans ses bureaux et ateliers implantés au sein de l’historique immeuble de l'ancienne horlogerie Sidhor, rue de la Mouillère à Besançon (Doubs), David Barth, le président de Pixii, sait qu’une année cruciale débute pour le développement de son entreprise. 2025, il veut le croire, marquera le décollage industriel pour sa société, unique fabricante française d’appareils photo télémétriques. Ce qui viendrait couronner une décennie passée à bâtir une offre solide et concurrentielle et à fidéliser un petit noyau de clients.
« Nous nous trouvons à la croisée des chemins aujourd'hui. Nous sommes susceptibles de multiplier par 10 notre volume de ventes si nous parvenons à améliorer notre structure financière, notamment à satisfaire notre besoin en fonds de roulement (BFR). Sans cela, nous risquons de continuer à végéter », analyse-t-il.
L’entrepreneur cherche à lever 1,5 million d’euros avant l’été, afin de répondre aux demandes clients des beaux jours et surtout de ne pas rater les ventes de fin d’année. « Nous pouvons compter sur nos partenaires historiques que sont BFC Croissance (*), BFC Angels (**), Bpifrance et son Fonds régional d’aide à l’innovation (FRI), mais nous devons trouver de nouveaux investisseurs pour ce tour de table », estime-t-il. Le dirigeant confie approcher « à pas feutrés deux gros poissons de la technologie française, le patron trublion d’un opérateur télécom et un important industriel fortement implanté dans l’électronique haut de gamme .» Actionnaire majoritaire à 65 % de sa SAS (société par actions simplifiée), David Barth espère limiter la dilution lors de cette levée.
En 2020, Pixii a lancé son premier modèle d’appareil photo, avec deux innovations : un capteur global shutter, qui capture en une seule fois l’intégralité d’une image, et pas de manière progressive comme la plupart de ce type de pièces, ainsi qu’une visée télémétrique. Celle-ci permet de mesurer précisément la distance entre l’appareil photo et le sujet en superposant deux images dans le viseur. Il y a ajouté un coup de poker : l’appareil est dépourvu d’écran de visualisation de la photo, celle-ci s’affichant uniquement sur le smartphone du photographe.

Mais ce premier Pixii pèche par un capteur de trop faible résolution. Il a été vendu à moins de 100 exemplaires, dont 2 seulement en France. Fin 2021, la jeune entreprise sort alors un nouveau modèle, faisant grimper la résolution à 26 millions de pixels. Depuis, deux autres versions ont suivi, avec, fin 2022, le premier appareil photo doté d’un processeur 64 bits très puissant.
Cette année, l’entreprise frappe encore très fort, en sortant un nouveau modèle disposant d’un capteur « full-frame », plus grand que les capteurs APS-C (Advanced Photo System type-C, appliquées aux appareils reflex), permettant d'utiliser les optiques à leur focale réelle. Pour la première fois, Pixii propose ainsi deux références à son catalogue, une entrée de gamme à 2.800 euros et ce modèle « Max » full frame à 4.000 euros. Ces tarifs le placent sur les segments de marchés des professionnels ou des amateurs éclairès prêts à débourser de telles sommes pour assouvir leur passion.
« Nous sortons un nouveau modèle tous les 12 à 18 mois, mais notre développement n’est qu’une suite de stop-and-go, nous ne parvenons pas à satisfaire la demande, encore moins à l’anticiper », explique David Barth. Limité par son endettement et l’étroitesse de son fonds de roulement, l’entreprise ne peut commander des volumes suffisants de pièces, notamment des capteurs Sony qui équipent ses boîtiers. Tous les exemplaires de son dernier modèle ont été écoulés en un mois, et son prochain lot de capteurs, environ 300, ne sera livré qu’à la fin du premier trimestre 2025. Entre-temps, Pixii se contente d’ajouter ses clients potentiels sur une liste, longue de plus d’un millier de noms. Évidemment, tous ne convertiront pas l’intérêt exprimé en achat, surtout avec des délais d’attente aussi allongés.
Une amorce de réseau de vente à l’international

Ayant écoulé environ 700 boîtiers en quatre années de commercialisation, Pixii jouit ainsi d’une bonne notoriété dans son segment. Ses modèles figurent en haut du palmarès du classement de référence qualité DxOMark, dépassant l’offre du célèbre leader du secteur, l’Allemand Leica. Elle capitalise sur cette réputation établie pour créer un embryon de réseau de vente d’ampleur mondiale autour de deux grossistes, Panda Camera, installé à Hong-Kong pour l’Asie (hors Chine continentale) et B&H, un célèbre distributeur américain. « Nous exportons dans 25 pays. Près de 40 % de nos ventes sont réalisées aux USA, 30 % en Asie et 30 % en Europe », détaille le dirigeant.
Les boîtiers sont assemblés à Besançon, où l’entreprise réalise également les soudures en phase vapeur de ses capteurs, ainsi que l’assemblage de ses télémètres. Elle se fournit en capteurs et en électronique de base en Asie, et travaille pour ses pièces mécaniques avec des fabricants à Toulouse, dans les Vosges et en Bourgogne–Franche-Comté.
Outre les ventes, Pixii construit un business récurrent avec sa politique de mise à jour. Chaque client peut effectuer la mise à niveau payante de son boîtier, de sorte à le doter des caractéristiques des nouveaux modèles. L’appareil est renvoyé à Besançon, où l’entreprise change les composants concernés.
Pixii emploie 4 personnes à temps plein, ainsi que deux intérimaires. Son chiffre d’affaires demeure confidentiel, mais se situe en dessous du million d’euros annuel. « Avec notre levée de fonds l'été prochain, nous espérons dépasser enfin notre plafond de verre et vendre autour du millier de boitiers à l’année. Nous devrions recruter au second semestre 2025 pour atteindre la dizaine de salariés », estime David Barth.

Concurrence oblige, David Barth reste discret sur son portefeuille de brevets. « Nous savons que nous avons livré des boîtiers en Allemagne et en Asie, chez nos concurrents », sourit-il. Outre sa marque, Pixii, et ses dessins et modèles, déposés en Europe, aux Etats-Unis et en Chine, l’entrepreneur a déposé aux USA et prochainement en Europe le design de son télémètre ainsi qu'une technologie monochrome inédite utilisée sur son Pixii Max. « Notre algorithme permet de capturer toute la profondeur du noir et blanc malgré l’utilisation d’un capteur couleur Bayer », détaille-t-il.














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