La jeune entreprise de Besançon lance la seconde version de son appareil photo télémétrique qui concurrence rien de moins que Leica. Pour faire de son lancement mondial une réussite, Pixii doit relever le défi de l’industrialisation.


Est-il possible de bâtir une aventure industrielle en fabricant un appareil photo en France, alors même que le marché des boîtiers photographiques s’est effondré sous les assauts des smartphones ? David Barth, le président fondateur de Pixii à Besançon veut le croire, avec quelques arguments à l’appui.

D’abord un vrai succès d’estime pour le premier modèle qui, s’il ne s’est vendu qu’à une centaine d’exemplaires, a largement intrigué dans le monde de la photo. Pensez, voilà un boîtier numérique dépourvu d’écran arrière, qui met en avant l’expérience « pure » de la photo, réglages manuels inclus, et à visée télémétrique (*), segment réduit sur lequel règne l'allemand Leica.

 

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« Mon pari, c’est d’intéresser le public à l’expérience de la photographie façon argentique, mais avec un boîtier du XXIe siècle », lance David Barth. Ainsi, bien que l’appareil soit dépourvu d’écran, les photos sont automatiquement et instantanément transmises sur le smartphone du photographe, qui les visualise sur celui-ci. Après tout, aucun écran intégré ne peut rivaliser avec les écrans des téléphones actuels. « Philosophiquement, on fait de meilleures photos quand on n’est pas pollué par un écran », assure le chef d’entreprise... et photographe.



Un vrai soutien financier

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Pixii travaille à un réseau de distributeurs mondial, le premier appareil a été essentiellement vendu en direct, depuis le site Internet de l’entreprise.


Autre atout, Pixii bénéficie d’un vrai soutien financier et a levé, en octobre 2020, 700.000 € auprès de BFC Croissance et BFC Angels avec le soutien de BpiFrance, la Région Bourgogne-Franche-Comté, la Banque Populaire et BNP Paribas/WAI. L’entreprise a, en outre, été rejointe par Fabrice Barbier, qui figure parmi les investisseurs. L’homme est un poids lourd du secteur de l’image numérique : il a conduit le développement des caméras GoPro de 2011 à 2017 comme Senior Vice President Consumer Devices. 



Première conséquence de l’arrivée de cette recrue de choix, Pixii a pu équiper la seconde version de son boîtier d’un capteur 26 MP APS-C Sony, le leader du marché. « Sony ne travaille pas sur de petits volumes comme les nôtres, l’arrivée de Fabrice a suffi à les convaincre », note l’entrepreneur. Pixii, installée dans d’anciens locaux horlogers rue de la Mouillière à Besançon, emploie 3 personnes et deux stagiaires. Cette année, son chiffre d’affaires devrait osciller entre 300.000 et 500.000 €, grevé par la pénurie mondiale des semi-conducteurs.

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Avec une équipe aussi réduite, développer ex-nihilo un appareil photo numérique relève de l’exploit. Ce n’est pas le seul à mettre au crédit de Pixii : « Notre budget de développement est une fraction de celui de nos concurrents, environ 500.000 € pour la première version de Pixii », commente David Barth. Malgré ses moyens limités, l’entreprise travaille au dépôt de 5 brevets, notamment concernant sa dernière innovation : un viseur dynamique qui affiche numériquement les informations de prise de vue directement dans l’image de visée.

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Pour l'heure, l'assemblage des appareils photos est fait par l'équipe de Pixii.


Pour faire du lancement mondial de la seconde version une réussite, la SAS doit relever le défi de l’industrialisation. Elle espère atteindre le millier d’unités vendues pour la mi-2022 et doit, pour y parvenir, optimiser son flux de production. « Aujourd’hui, nous assemblons tout dans nos locaux. La partie mécanique de l’appareil est fabriquée dans les Vosges, l’électronique vient en partie d’Allemagne, en partie de Shenzhen en Chine. Nous négocions avec nos sous-traitants pour qu’ils nous fournissent des sous-ensembles déjà montés, afin de simplifier l’assemblage final », décrit le chef d’entreprise.
La conception du Pixii évolue sans cesse, les pièces étant optimisées d’une série sur l’autre. « Nous travaillons dans une optique "design for manufacturing", en adaptant nos composants à l’appareil de production de nos fournisseurs, pour réduire nos coûts de production », poursuit-il.

 

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Pour parvenir à décoller, Pixii mène deux chantiers de front : d’abord bâtir un réseau mondial de distributeurs – le premier appareil a été essentiellement vendu en direct, depuis le site Internet de l’entreprise –, avec un focus sur les marchés le plus porteurs, notamment le Japon. Ensuite lever des fonds pour nourrir sa croissance. « Nous sommes dans le hardware, et lever des fonds y est toujours plus compliqué que dans le logiciel. Nous cherchons entre 3 et 5 millions d’€ dès la fin de cette année », annonce David Barth.

Qui est David Barth ?

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David Barth, au centre et son équipe. © J.C. Pollen

Titulaire d’un Master en informatique et d’un Bachelor en économie, David Barth a fait toute sa carrière dans le numérique. D’abord chez le fabricant de périphériques LaCie, puis chez les éditeurs Linux Mandriva et Canonical (éditeur d’Ubuntu, la distribution grand public la plus populaire au monde). Passionné de photo, David a baigné enfant dans le design, avec un père architecte d’intérieur, et porte une grande attention à la prise en main de son appareil photo.
« C’est le dilemme de l’innovateur qui m’a lancé dans l’aventure entrepreneuriale. J’étais convaincu que mon idée d’appareil photo était bonne, mais que personne d’autre que moi ne la concrétiserait. J’ai mis toutes mes économies dans ce projet auquel je crois. Et je trouve que le cheminement d’entrepreneur est vraiment passionnant », conclut le quinquagénaire.


(*) La visée télémétrique permet de mesurer la distance entre l'appareil photo et le sujet.

Photos fournies par l'entreprise sauf mention contraire.

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