Christophe Weibel succède depuis cet été à Didier Coindoz à la tête du fabricant de verre trempé que cet entrepreneur avait créé en 1999 à Courson-les-Carrières. PME et jeune, Trempver détonne par ce double profil dans son univers mais elle a su s’y faire sa place, grâce notamment à sa qualité de service. Son nouveau patron entend capitaliser de tels atouts et installer encore mieux l’entreprise comme référence des verres techniques.
Trempver ouvre l’acte II d’une histoire qu’elle espère inscrire dans le temps long qui caractérise son secteur d’activités, où l’âge de certaines entreprises se compte en siècles. Le transformateur de verre à Courson-les-Carrières (Yonne) voit son fondateur en 1999, Didier Coindoz, céder les rênes à Christophe Weibel, qui avait été entre autres le directeur général de Tubauto (*) non loin, à Sens.
Un Lyonnais, atterri dans l’Yonne grâce à une bonne mobilisation du territoire pour son projet qu’il cherchait à implanter à proximité de la région parisienne le fief de ses clients, transmet ainsi depuis cet été à un Alsacien d’origine le flambeau d’une société qui fait un peu figure de Petit Poucet dans son univers avec son effectif de 48 salariés, et plus encore de « jeunette » avec son à peine quart de siècle d’existence. Mais une société en forme, ayant réalisé un chiffre d’affaires de 7,7 millions d’€ l’an dernier, « et qui poursuit une trajectoire de croissance », souligne Christophe Weibel.
Créer en France un nouvel acteur de la transformation du verre avait constitué un petit événement, dans un secteur dont l’appareil de production s'inscrit souvent dans une certaine immuabilité. Mais Didier Coindoz s’était forgé une conviction : il y aurait de la place sur le marché pour un nouveau venu en mesure d'atteindre un taux de services élevé, autrement dit, un acteur capable d'assurer une prestation impeccable sur le plan commercial, grâce à des délais de livraison raccourcis. « Lui-même, dans sa carrière dans cet univers, avait rencontré…et subi les critiques de clients quant à une écoute insuffisante. Il a voulu faire de Trempver un contre-exemple », rappelle Christophe Weibel.

Le pari a été réussi. La PME a su s’imposer comme une référence en terme de qualité dans sa spécialité, dont sa dénomination traduit bien la nature : le verre trempé. A savoir la phase qui termine le process de transformation de la matière pour en figer la forme, la couleur et les caractéristiques, par un soufflage à l’air ambiant d’une durée variable en fonction de l’épaisseur, de sorte à ramener la température de 700°C à environ 30°C.
Particulièrement technique, cette étape est gourmande en investissement. Dès lors, les grands groupes verriers ont tendance à l'externaliser à quelques spécialistes. Comme Trempver. La PME icaunaise vient elle-même d’injecter 1,5 million d’€ dans la modernisation de ses équipements. « Cet effort, mis en œuvre encore par Didier Coindoz avant la transmission, nous met bien à jour pour nous permettre de nous concentrer, à court terme, sur les développements commerciaux », salue Christophe Weibel.
Cet investissement récent ne dispense pas de continuer à optimiser l'outil de production. Un objectif qui passe aujourd’hui par la maîtrise autant que possible des dépenses et des consommations d’énergie, dans un secteur glouton en la matière. Le fabricant travaille par exemple à s’équiper en panneaux solaires en vue d’une autoconsommation pas négligeable : « Ils devraient pouvoir couvrir 18 % de nos besoins en électricité, notre source d’énergie unique », souligne Christophe Weibel.
80 % de produits unitaires

Le nouveau président fixe comme priorité d’accroître la notoriété de Trempver auprès des clients, estimant que son offre doit pouvoir séduire encore davantage les professionnels de la miroiterie, de la serrurerie-métallerie ou encore de l’emballage. « Nous confectionnons des produits techniques comme les verres pare-feu, qui voient s’ouvrir de belles perspectives devant eux », juge-t-il.
La palette de Trempver comprend le façonnage de verre plat et bien sûr la production de verre trempé, feuilleté ou non, coloré ou incolore, aux épaisseurs et aux formes variées. La gamme s’est élargie au fil du temps, vers les parois de douche anti-calcaire, les écrans de cantonnement pour le bâtiment, etc. et les métiers se sont enrichis, pour s’étendre depuis quelques années jusqu’à la sérigraphie, autre vecteur potentiel de croissance.
Le sur-mesure est la norme dans les ateliers de Courson-les-Carrières : « sur nos 200 à 250 commandes quotidiennes, 80 % concernent des produits unitaires » souligne le nouveau dirigeant. Cultiver ce profil du sur-mesure et l’esprit de disponibilité permanente envers la demande, Christophe Weibel érigent ces buts en un mot d’ordre résumé dans cette formule, pas si courante que cela dans l’univers de Trempver : « On ne doit plus dire non à un client. »

avec l'accompagnement, côté secteur public, de la région Bourgogne-Franche-Comté représenté par son vice-président à l'économie Nicolas Soret (2ème à gauche) et, côté privé, d'UI Investissement avec son directeur associé Patrick Blasselle (tout à gauche)
et son chargé d'affaires Hugues Béringer (à droite).
La cession de Trempver constitue une belle histoire de mobilisation des compétences pour sa réussite. Une fois que Didier Coindoz, au printemps 2022, a acquis la conviction que Christophe Weibel était cette personne physique partageant les valeurs de la PME et le souci d’ancrage local qu’il recherchait, la concrétisation a été la résultante d’une « somme de bienveillances », ainsi que l’a qualifiée Nicolas Soret, vice-président de la région Bourgogne-Franche-Comté au développement économique, lors de sa visite sur place jeudi dernier 28 septembre. L’Agence économique régionale (AER), le réseau départemental de création-reprise Initiative 89, la CCI de l’Yonne ou encore Bpifrance ont ouvert leurs carnets d’adresses au candidat à la succession. Accompagné par Réseau Entreprendre Bourgogne, le futur chef d’entreprise a trouvé dans un trio de business angels l'apport de « love money » et un tremplin important vers l’accès aux nécessaires moyens financiers, dont Christophe Weibel avoue sans ambages qu’il n’était pas pourvu de lui-même.
Pour restructurer le capital, tout en laissant la majorité au nouveau patron, une « vraie complicité » est née avec la société UI Investissement et son chargé d’affaires Hugues Béringer, de sorte à constituer un pool d’investisseurs avec les banques régionales : Banque populaire (via sa filiale BFC Croissance) et Caisse d’Epargne (BDR Invest). Ajoutez des outils publics comme Transitions Pro pour la transition professionnelle, et l’affaire a abouti, un peu plus d’un an
après la pose de ses premiers jalons.
Photos fournies par l'entreprise.
(*) Christophe Weibel avait débuté sa carrière chez le fabricant de portes et fenêtres alsacien Tryba lorsque celui-ci s’est lancé dans la vitrerie, à la fin des années 1990. Il a également dirigé la filiale AMCC de ce groupe Atrya-Tryba à Châteauroux (Indre), puis, après Tubauto et avant Trempver, l’entreprise Trigano Remorques en Centre-Val-de-Loire.

































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