Campus présentant la particularité de s’être installé dans l’enceinte de l’hôpital civil multiséculaire du centre-ville de la capitale alsacienne, Nextmed a attiré à lui un premier groupe pionnier de 15 entreprises, start-up et structures de recherche pour un total de 350 emplois, dans un bâtiment réhabilité. L’Eurométropole initiatrice de ce projet prépare la construction de nouveaux immeubles dans l’optique de passer le cap du millier de postes sur place, vers la fin de la décennie. Le concept voulu complémentaire des parcs d’activités de périphérie attire l’attention de fiefs mondiaux de la santé.


Le campus des technologies médicales d’un genre particularité émerge à Strasbourg. Nextmed, son nom, abrite 15 sociétés et instituts de recherche représentant 350 emplois, pour la plupart déjà présents dans l’agglomération. 

L’incubateur Quest for Health, l’Inserm, l’Inria, Biovalley le pôle de compétitivité des sciences de la vie, un centre de recherche de GE Healthcare sur le dosage des rayons X pour les thérapies, et diverses jeunes sociétés en caractérisation de dispositifs médicaux, digitalisation de la prise en charge en orthopédie (OrthoMaster), lutte contre la surdité (Sounduct)et le diabète de type 2 (AdipoPharma), télémédecine (TokTokDoc) ou de numérisation appliquée à la médecine (Pixacare, Omnicell)…. composent ce groupe pionnier. Ils ont investi les premiers bâtiments rendus disponibles depuis l’an dernier.
 

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Les combles longtemps désaffectées de l'ex-pavillon ORL ont été spectaculairement transformées par le cabinet d'architectes Richter en un dernier étape à la charpente majestueuse, qui abrite les recherches de l'Inserm. © Luc Boegly


Où ? Là se situe la caractéristique principale de Nextmed : la matière grise s’installe à l’endroit où bat le cœur de la santé, l’hôpital civil dont l’origine remonte à 1398. L’emplacement emporte à la fois des siècles d’histoire et les dernières technologies de pointe déployées dans le bâtiment NHC (Nouvel hôpital civil) ou celui de l’IHU (Institut hospitalo-universitaire).

Il signifie une localisation en centre-ville à laquelle l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), initiatrice de Nextmed, a voulu donner tout son sens. « Elle procure au campus la proximité avec un écosystème exceptionnel de compétences de recherche et développement en santé, parfaitement complémentaire de nos offres en périphérie d’agglomération, dont le Parc d’innovation d’Illkirch », souligne Anne-Marie Jean, vice-présidente à la stratégie économique de l’EMS. L’opportunité est indéniable pour les start-up, centres de recherche et équipes de développement de sociétés plus matures appelés à remplir le campus. « Nous commençons à inspirer des métropoles prestigieuses de la santé : des personnes de Genève sont venues nous voir ces derniers jours afin de découvrir ces lieux dont elles nous ont dit ne pas connaître l’équivalent en Europe et même au-delà », appuie Nicolas Pellerin, directeur de Nextmed.

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Le programme additionne 6.000 m2 de bâtiments anciens et 19.000 m2 neufs. La partie réhabilitée a été la première à démarrer, avec ses études en 2018. Elle abrite ainsi les premiers locataires, depuis juillet dernier dans un ancien bâtiment de soin rebaptisé eXplora. « Un lieu surprenant au premier d’abord, mais inspirant », confient des chercheurs de l’Inserm. Installés au dernier étage, ils phosphorent sous le « couvert » d’une ample charpente, véritable cathédrale de bois que les architectes de l’agence strasbourgeoise Richter & associés ont littéralement révélé, alors qu’elle se disiimulait dans l’anonymat de combles désaffectées.

« La situation en centre-ville est précieuse, et pour un loyer abordable. Elle évite les pertes de temps pour rencontrer les partenaires locaux », apprécie Nicolas Schaettel, le fondateur de la start-up Hypno VR qui marie réalité virtuelle et vertus thérapeutiques de l’hypnose.

Un autre pavillon plus modeste, surnommé La Pagode pour sa forme inspirée de telles constructions asiatiques, attend d’accueillir à la fin de l’année les services (restaurant, etc.) devant créer « une offre de type urbaine », souligne Anne-Marie Jean. A sa proximité, un premier immeuble neuf s’érige d’ici à la fin de l’année, conçu par l’agence Devillers & associés. Il assure la transition avec la « vraie » partie neuve du projet, constituée de 16.500 m2 en trois bâtiments. Le groupement chargé de sa construction et de son exploitation doit être désigné avant l’été, l’arbitrage s’opérera entre les deux dossiers encore en lice, celui mené par Patriarche l’opérateur du Campus2 de la santé à Dijon et le tandem formé d’Icade et de Novaxia.
 

Des brèches dans la « forteresse »

Plan Nextmed
Le campus s'insère dans un écosystème dense de la santé au sein de l'hôpital civil de Strasbourg. © Eurométropole Strasbourg


Une fois ces constructions livrées, en 2027, Nextmed vise un remplissage qui doit faire franchir au campus le seuil des 1.500 emplois, vers 2030. Il sera ouvert sur la ville, ce qui constitue une révolution pour la « forteresse » hôpital, véritable ville dans la ville avec son enchêvetrement de rues que le projet Nextmed doit contribuer à rationaliser.

Chargée de l’étude urbaine préalable à la construction des surfaces neuves, l’agence d’architecture alsacienne Dea s’est engouffrée dans la brèche, au sens propre et figuré : l’ablation d’une petite partie de l’imposant mur d’enceinte historique de l’hôpital civil, consentie par l’architecte des Bâtiments de France. « Elle a apporté l’opportunité de constituer un espace urbain à un point nodal de l’emprise de Nextmed, dans le prolongement du bâtiment ORL, à proximité d’arbres remarquables, et à l’orée de la partie neuve, ceci sur des dimensions assez conséquentes (une trentaine de mètres de largeur, Ndrl) », expose Guillaume Delemazure, le dirigeant de Dea.
 

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Les différentes interventions d’architectes, urbanistes et paysagistes) rendent Anne-Marie Jean optimiste quant à la « capacité à éviter une situation à deux vitesses entre ancien et neuf : les qualités de prestations seront tout à fait équivalentes. » Nextmed entend donc bien faire un tout.

 

Une concession à un peu plus de 40 millions d’euros

Le campus des technologies médicales Nextmed s’étend sur une surface foncière d’1,4 hectare. Sa concrétisation est régie par une concession confiée à la société d’économie mixte strabourgeoise Sers ( Société d’aménagement et d’Equipement du Rhin Supérieur). Etendu à la construction et à l’exploitation pour la tranche ancienne, le document tel que modifié depuis sa signature en 2018 prévoit un bilan prévisionnel d’opération de 41,3 millions d'euros HT jusqu’au terme de 2033, avec l’objectif d'équilibrer le coût des travaux par 16,3 millions d'euros de recettes de location de bâti et vente de charges foncières, une subvention de 7 millions de l’Eurométropole et le rachat de la valeur non amortie. 

Depuis l’origine du projet, la Sers a été rejointe par la Banque des territoires pour constituer la nouvelle société porteuse Medtech, détenue par les deux associés à hauteur respectivement de 70 et 30 %.

 

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