A moins de trois semaines de l’édition 2025 du salon Be 5.0 – Industries du futur les 25 et 26 novembre, nous vous proposons un nouveau rendez-vous de focus sur les initiatives régionales dans cette thématique, en association avec le Parc Expo de Mulhouse, hôte de la manifestation. Aujourd’hui : Socomec. Le groupe familial au rayonnement mondial dans les solutions électriques pour les professionnels s’est engagé progressivement dans l’industrie du futur, à partir de sites-tests. Le siège alsacien de Benfeld en constitue un principal. Il abrite également un laboratoire d’essais aux prestations presque sans équivalence en France.


Socomec et l’industrie du futur, c’est une histoire déjà ancienne, qui n’a pas toujours été linéaire. Le groupe familial alsacien d’équipements et solutions électriques à usage industriel pour la coupure de sécurité, la commutation, la conversion d’énergie et la mesure (4.700 salariés dans le monde dont 1.800 sur les sites autour du siège de Benfeld, pour un chiffre d’affaires de 924 millions d’euros en 2024) fait remonter à 2016 sa rencontre avec le concept, à partir de son expertise du lean management et de son apprentissage de la réalité augmentée.

 

PE Mulhouse

 

Cette première approche parcellaire a cédé la place rapidement à une vision d’ensemble. En 2018, l’industrie du futur devient un axe stratégique à l’échelle de l’ensemble du groupe, impulsé ainsi par la direction générale auprès du président Ivan Steyert. La concrétisation mettra cependant davantage de temps que prévu à s’opérer. La crise sanitaire et d’autres facteurs vont se conjuguer pour générer une période de stand-by, avant une mise en œuvre plus significative, à compter de 2022.

La matérialisation prend alors notamment la forme de « fab labs » avec leur implantation sur le site d’Huttenheim à côté de Benfeld (Bas-Rhin) et en Tunisie, au service de la numérisation du prototypage et de l’impression 3D. A partir de là, le process se met en marche. Le  groupe va entamer, côté « physique », le déploiement de cobots et de robots mobiles, les AMR capables de modifier leur parcours dans un atelier ou un entrepôt pour éviter un obstacle imprévu, tout en organisant le software sous les principes du MES (manufacturing execution system)

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Les robots AMR d'acheminements de matières et pièces dans un atelier commencent à s'installer depuis cette année chez Socomec. © Socomec

 Pour autant, l’entreprise ne se départit par d'une « humilité » affichée face à l’industrie 5.0. C’est ainsi que les AMR ne s’implantent qu’au compte-gouttes. Le groupe aux 12 sites de production dans le monde en utilise cinq, depuis le début d’année. Ces pionniers sont répartis entre la Tunisie et Benfeld. Il affiche l’intention de passer à 12 à court terme, loin donc d’une accélération fulgurante. « Un tel outil a besoin de faire encore ses preuves et de s’adapter au contexte de chaque site. En somme, il requiert de mener une réflexion et une profonde analyse préalables. La systématisation ne nous semble pas une approche pertinente en la matière », énonce Vincent Werner, responsable de la performance industrielle et pilote de l’industrie du futur chez Socomec.

A la rencontre de l’IA Socomec Tesla Power Lab - ©Fred-Laures (1)

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Composé de 50 personnes, le laboratoire d'essais baptisé en hommage à l'inventeur Nikola Tesla apporte un support de proximité et de disponibilité immédiate aux développements des nouveaux produits du groupe. Benjamin Le Caër (ci-dessus) en assure la direction. © Mathieu Noyer

 

L’année 2026 doit marquer une expansion des cobots, dont les premiers modèles avaient été implantés dans l'usine Socomec en Chine. Mais là encore, sans précipitation. D’autant plus que l'ETI (entreprise de taille intermédiaire) anticipe un bouleversement de l’usine 5.0 du côté du software avec l’émergence d’un nouveau phénomène : l’intelligence artificielle, bien sûr. Plus précisément, l’IA apprenante. Elle fait son apparition depuis le début de l’année dans le groupe alsacien qui a recruté en conséquence plusieurs data scientists, « un nouveau métier pour nous », souligne Vincent Werner.

L’équipementier familial voit dans ce bouleversement des opportunités, en particulier dans la relation entre l’humain et le matériel : l’interface hommes-machines est une réalité quotidienne, qui évolue vers le pilotage par les opérateurs des nouvelles technologies dont les robots mobiles AMR. « Nous sommes bien engagés sur la trajectoire consistant à confier les tâches de valeur ajoutée aux collaborateurs et de les délester de celles de moindre plus-value à confier aux machines, moyennant la montée en compétences par la formation », poursuit Vincent Werner.

Le responsable le concède : « l’industrie du futur ne se décrète pas avec une baguette magique ». Mais au contraire, « par l’implication de tous les échelons, de la direction générale à l’opérateur, par l’appui sur les fonctions supports et IT et par la mise en place de groupes de travail transversaux. Car chaque situation génère ses propres caractéristiques ». Loin donc d’une standardisation.

Le Tesla Lab Power, laboratoire de validation des innovations

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La chambre climatique du Tesla Power Lab permet de tester des solutions dans une amplitude de température de - 80°C à + 220 °C. © Mathieu Noyer

Il est bien antérieur à la marque automobile éponyme et son nom s’inspire du génial inventeur en électricité : depuis 60 ans, le Tesla Power Lab accompagne Socomec dans ses développements. Il rassemble aujourd’hui 50 personnes hautement qualifiées sur 3.000 m2 au siège de Benfeld pour réaliser un millier de tests par an, en grande majorité (80 %) pour les besoins internes du groupe, aux trois stades successifs de la conception de prototypes, de la qualification pour s’assurer de la conformité des nouveautés aux normes, et de la certification pour garantir l’autorisation  d’accès des produits aux différents marchés mondiaux obéissant à leur règlementation, comme l’UL aux Etats-Unis. Le reste de l’activité s’adresse aux clients moyennant clauses de confidentialité, elle procure un chiffre d’affaires de l’ordre d’1 million d’euros.
« Les spécialités du Tesla Power Lab concernent les coupures de sécurité et la métrologie : elles portent principalement sur les interrupteurs, les commutateurs ou encore les compteurs », résume son directeur, Benjamin le Caër. Plus précisément, une  vingtaine de type d’essais se cumulent, en électromagnétique, électronique (pour la compatibilité électromagnétique CEM), connexions et de plus en  plus en cybersécurité par simulation d’attaques par des hackers.  
Le premier domaine présente la déclinaison la plus variée. A partir de trois transformateurs, il amène à tester par exemple l’efficacité de courts-circuits jusqu’à de très hautes intensités (100.000 ampères en courant alternatif), l’endurance dans le temps, la gestion de l’effet joule à savoir la chaleur dégagée par le passage du courant dans un matériau – sa température doit se stabiliser à un certain niveau pour qu'il ne prenne pas feu – l’étanchéité à l’eau et à la poussière (en se soumettant à la propagation de  talcs de plus en plus fins), le comportement dans toute condition d’hygrométrie de 0 à 100 % et dans une amplitude de température de – 80 à + 220°C, dans une « chambre climatique. »
Témoin des mutations de Socomec au fil des décennies, le laboratoire le reste. « Plusieurs défis se présentent : des puissances toujours plus fortes, ou encore la montée du courant continu caractéristique d’énergies renouvelables alors que nous évoluons traditionnellement dans l’univers du courant alternatif », souligne Benjamin Le Caër.
Par ailleurs, le Tesla Power Lab alsacien essaime là où Socomec se développe, aux Etats-Unis, en Chine ou encore Inde, dans une logique de proximité et de disponibilité qui fait sa force, selon son responsable. « De tels laboratoires sont rares, donc très demandés. Nous permettons ainsi au groupe d’opérer ses essais sans délai, là où il faudrait attendre des mois un rendez-vous en externe. » Ces  infrastructures restent liées à des industriels, et celle de Benfeld, accréditée Cofrac (*)  ne connaît guère qu’un équivalent en France, un laboratoire du groupe Schneider Electric.

(*) Comité français d’accréditation

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